MAROC
16/08/2018 17h:35 CET

Contre le travail des enfants, les associations marocaines sollicitées en relais locaux

2 millions de dirhams pour les projets associatifs.

Robert van der Hilst via Getty Images

ENFANT - 2 millions de dirhams. C’est le montant de la subvention qu’accorde le ministère du Travail et de l’Insertion professionnelle aux associations opérant dans la lutte contre le travail des enfants. A destination de celles-ci, un appel a projet a été lancé par le département de Mohamed Yatim qui a partagé l’annonce sur sa page Facebook.

Les associations ont jusqu’au 14 septembre (16h) pour déposer leurs projets avec pour priorités la prévention de ce fléau en évitant donc à des enfants de travailler ou en permettant à d’autres de quitter ce milieu pour être réinséré.

Plus précisément, les projets associatifs doivent proposer des alternatives pour éviter à des enfants de travailler à un âge précoce (moins de 15 ans) et permettre à d’autres, de 15 à 18 ans, exerçant un travail dangereux, de le quitter pour retrouver une vie normale.

“La subvention accordée à une association n’est pas décidée à l’avance. Elle est proportionnelle à la note qu’obtient sa candidature”, précise au HuffPost Maroc la directrice du Travail au ministère, Salima Admi. Un projet candidat doit être nécessairement pertinent pour être retenu. Il doit également se conformer au contenu du cahier des charges publié sur le site du ministère afin de remplir le dossier de candidature comme il se doit. 

“Nous travaillons, depuis 2009, sur l’amélioration du rôle des associations dans ce cadre précis avec le Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC). Et pour nous, la proximité des ONG envers les catégories ciblées est un atout”, souligne cette directrice qualifiant les associations de “relais locaux précieux”. Et pour cause, “ces relais” ont un rôle déterminant à jouer dans deux volets concrets: la sensibilisation et la réinsertion sociale des enfants qui ont quitté le milieu du travail.

“Cette prise en charge après le retrait du monde du travail relève de la plus grande importance. Le rôle de l’inspecteur du travail s’arrête au moment du retrait et il ne peut plus rien faire après, car ses prérogatives ne le lui permettent pas”, précise Salima Admi. Et de souligner l’importance d’agir surtout sur les causes de ce fléau, rappelant que malgré leur retrait du travail, des enfants reprennent plus tard une activité ailleurs.

Une mission difficile que les ONG sont donc appelées à remplir en élaborant des projets concrets. “Le projet est noté sur un plan quantitatif du retrait des enfants du travail et sur leur prise en charge après, soit en les réintégrant dans le système scolaire ou l’alphabétisation, soit dans la formation professionnelle”, souligne la directrice du Travail au ministère. Un troisième critère de notation porte, lui, sur l’art et la manière de procéder à l’information et à la sensibilisation des employeurs, des parents et des enfants eux-mêmes.

L’appel à projet a vu la liste de ses critères s’allonger par l’ajout d’un quatrième point. “Ces deux dernières années, nous avons ajouté le travail domestique aux critères sur lesquels devraient travailler les associations après l’adoption de la loi 19-12 relative à cette activité”, précise cette responsable.

Reste à tester l’efficacité. “Le bilan, pour nous, est plus ou moins positif. Nous menons une expérience depuis bientôt 10 ans et il faut dire que ce n’était pas évident au tout début”, confie Salima Admi. Le problème venait d’un constat: très peu d’ONG marocaines sont spécialisées dans le travail des enfants. “Elles étaient nombreuses à opérer dans le secteur de l’enfance, mais pas dans ce volet précis. Toutefois, d’une année à l’autre, les associations ont commencé petit à petit à s’intéresser à la question et en faire une spécialité. Et, pour nous, c’est là où se trouve notre réussite”, estime cette responsable. 

D’une dizaine de candidatures à une quarantaine, l’engouement pour cet appel à projet s’est affirmé par la multiplication des associations spécialisées. La subvention qui, elle, avait commencé à 1 million de dirhams (2009) a augmenté graduellement pour passer à 1,5 million de dirhams avant d’arrondir le chiffre à 2 millions de dirhams depuis près de 4 ans. “Et nous n’arrêtons pas de négocier avec le ministère de l’Economie et des Finances pour augmenter le montant”, précise cette responsable.

Un partenariat que souhaite donc renforcer le ministère. A l’occasion de la journée mondiale contre le travail des enfants célébrée le 12 juin, le Haut commissariat au plan (HCP) avait indiqué, suite à l’analyse des nouvelles données de l’enquête nationale sur l’emploi, qu’en 2017, sur les 7.049.000 enfants âgés de 7 à 17 ans, 247.000 exercent un travail. Pour 162.000 d’entre eux, leur travail revêt un caractère dangereux, ce qui correspond à un taux d’incidence de 2,3%. Les enfants astreints à ce type de travail sont à 76,3% ruraux, 81% masculins et à 73% âgés de 15 à 17 ans.