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09/09/2019 01h:10 CET | Actualisé 09/09/2019 01h:10 CET

Conseil de classe: Notons le deuxième débat présidentiel de l’histoire de la Tunisie!

Une chose est sûre: Les Tunisiens voulaient plus de punch et ils ont été servis.

Télévision Tunisienne
Photo du débat présidentiel

Pour ce deuxième round des débats présidentiels, beaucoup moins d’attente qualitative que pour le premier duel car peu de candidats d’envergure nationale, quelques personnalités politique fantasques, si ce n’est caricaturales mais une chose est sûre: Les Tunisiens voulaient plus de punch et ils ont été servis.

Au menu: Elyes Fakhfekh, Mohsen Marzouk, Hamadi Jebali, Hatem Boulabiar, Hechmi Hamdi, Lotfi M’raihi, Abdelkrim Zbidi et Essghaier Nouri.

⁃ Organisation:

La structure a changé! Beaucoup plus de duels, grâce à l’apparition du “droit de réponse”, et de spectacle qui animent les moments où on aurait pu décrocher.

⁃ Animateurs:

Khouloud Mabrouk et Iheb Chaouech ont eu du pain sur la planche! Notamment, sur la fin où Hechmi Hamdi a décidé d’évoquer le favoritisme des médias envers Youssef Chahed....Contrairement à celui d’hier, ce débat était très difficile à maitriser et les deux animateurs se sont fait bousculer à de nombreuses reprises.

⁃  Thématique et débat de fonds:

Quant aux thèmes de cette soirée, on a vu beaucoup apparaitre la question de l’Islam contrairement à hier soir. En même temps, le débat comprenait beaucoup d’acteurs politiques qui se revendiquent du conservatisme. La question énergétique a également été un peu plus élaborée et clivante qu’hier.

 

L’incontestable vainqueur: 

Mohsen Marzouk - qualité

Le fondateur de Machrou3 Tounes a une qualité d’orateur exceptionnelle car doté d’un calme et d’une précision rare. Il banalise facilement les idées sans les discréditer. Il propose de créer un conseil national de la diplomatie avec différents acteurs issus de la présidence et de l’exécutif mais aussi de la sphère privée. Mise en avant de la solution nucléaire pour le déficit énergétique mais aussi pour l’agriculture.

La phrase à retenir:

“La politique Bourguibiste, dont tous le monde se revendique ces temps-ci, n’est rien d’autre qu’une vision intelligente et stratégique de la diplomatie internationale”.

 

Celui que l’on a découvert sous un autre style et ça fonctionne: 

Elyes Fakhfekh - tout à prouver 

 

  • Etendre notre influence africaine en devenant un pôle d’accueil des élites du continent.

  • Augmenter les sanctions sur les dealers et les réduire sur les consommateurs.

  • Baser notre économie sur la transition énergétique et digitale.

En termes de propositions, Elyes Fakhfekh à fait dans l’abondance! Mais, tout en gardant la carrure présidentiable nécéssaire pour casser avec l’image d’un idéologue ou d’un idéaliste. A mon sens, il aurait pu s’imposer et réagir beaucoup plus face au discours conservateurs répétitif de Mraihi et Hamdi mais il a fait le boulot. Probablement, le numéro 2 de ce débat.

Le moment à retenir:

Le débat avec Mohsen Marzouk sur “la valeur” du passeport Tunisien depuis la révolution.

 

Ceux qui sont restés dans leurs styles, et ça fonctionne aussi

Hechmi Hamdi - populus maximums

Un discours irréaliste, confus et mélangeant plusieurs concepts. Quand on lui parle de la lutte contre la drogue, il évoque l’éducation religieuse. Il promet de s’attaquer aux grossistes d’alcool et de juridiquement rétablir la place de l’Islam dans la constitution et de rendre inconstitutionnel tout ce qui touche à la culture musulmane. Il propose aussi 200DT par chômeur et l’annulation de la dette pour les agriculteurs.

C’est le populisme à son apogée dans sa forme la plus poussée, mais c’est ce qui crée le spectacle dans ce genre de débats et il ne faut pas s’étonner que Hechmi Hamdi ait pu gagner des points auprès de certains électorats. Hechmi fait son gagne-pain sur une partie de l’électorat: complotiste, anti-occident et très religieuse. Et ce soir, il leur a montré ce qu’il valait.

La phrase à retenir:

“Je ne laissera plus passer les lois comme celle de Bochra Bel Hadj Hmida qui tuent la culture musulmane”.

 

Lotfi M’raihi - nouvel ancien

 

Le côté souverainiste avec l’évocation des accords de 1955 et leur influence sur la politique nationale, nos rapports avec l’Occident mais aussi le côté conservateur avec une remise en question du droit des enfants.

Lotfi M’raihi c’est le conservateur nouveau. Qualité d’orateur certaine, registre explicatif et utilisation d’un arabe très courant quand il le faut. La tendance nationaliste de droite a beaucoup attiré depuis son passage dans l’émission de Boubaker Ben Akecha, il y a de cela quelques semaines. Il confirme ses idéaux ce soir avec toujours autant d’efficacité dans la forme.

La phrase à retenir:

“Les droits des enfants ont beaucoup pris à la notion de famille”

 

Mongi Rahoui - serein

 

Comme d’habitude. Il ne semblait pas du tout inquiété par ce nouvel exercice. Un ton calme et lucide: il a su recarder Hechmi Hamdi durant la tirade conservatrice de ce dernier en rappelant la civilité de l’Etat Tunisien.

La phrase à retenir:

“La sécurité nationale touche à tout: aux enfants déscolarisés, à la pauvreté, aux inégalités sociales...on ne peut plus s’arrêter aux définitions simplistes de l’ancien temps” (en référence au décret sur la sécurité nationale signée par BCE en 2017)

 

Ils étaient attendus, ils ont déçus

 Hatem Boulabiar - Génération Y

“Deux pôles mondiaux existent: la Chine et le Moyen Orient”. Non, tout simplement. Outre les tentatives de jeunisme visible et l’incident du téléphone sur le plateau. Hatem Boulabiar était dans une forme assez faible comparé a ses collègues.

Peu de propositions et beaucoup de langue de bois. Il est resté très flou sur l’égalité successorale tout en finissant par admettre qu’il était contre.

 

Abdelkrim Zbidi - Where is my mind?

 Un mystère.. On sent qu’il a les réponses mais il n’arrive pas à les communiquer. Peut-Être que ce débat a plu à ses partisans car il est resté dans son style habituel: lent et calme sans aucune agressivité mais il est clair qu’il ne va pas étendre sa voix à d’autres cibles.

Au niveau du fond, Zbidi a eu des moments d’absences mais aussi des réponses incohérentes sur la criminalité (qu’il a lié au terrorisme, par un raccourci rapide) et sur la migration clandestine. (qu’il a lié exclusivement à Daesh).

Néanmoins, Zbidi a quand même réussi à proposer l’augmentation des banques d’investissements Tunisiennes en Afrique et le réseau de transport sur le continent. Il s’est, néanmoins, égaré sur le nombre d’ambassades. (Il y’en a 16 en Afrique et non 10)

 

Inaperçus, ou presque

Hamadi Jebali - Veni, Vidi

L’ancien Premier Ministre avait un seul objectif: insister sur l’aspect sécuritaire avec peu de propositions mais beaucoup de longues tirades sur la lutte contre la corruption. Militarisation des frontières et renforcement des institutions sécuritaires du pays (sans dire comment). Il n’a pas pris part aux clivages identitaires, malgré sa forte prononciation conservatrice et il est resté plus dans la récitation que dans la réaction.

 

Sghaier Ennouri - plus rien à perdre 

Beaucoup ont pensé qu’il serait le Amor Mansour du jour mais pas du tout. Si, certes, il ne s’est pas imposé sur l’entièreté du débat, il a eu des éclats intéressants notamment sur la gouvernance locale et sur sa conclusion, où il s’est positionné comme le seul qui représente une réelle alternative. Pas convaincant mais pas ridicule.

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