ALGÉRIE
12/03/2019 16h:26 CET | Actualisé 13/03/2019 11h:01 CET

"Conscients des ruses de Bouteflika", les étudiants promettent de "ne pas s'arrêter"

“S’ils nous obligent à prendre des vacances, nous étudierons. S’ils nous obligent à étudier, nous n’étudierons pas. En tout cas, nous, ne nous arrêterons pas”. C’est par ces paroles que les étudiants rejettent les “ruses” du président Abdelaziz Bouteflika.

Aujourd’hui, 12 mars 2019, ils étaient des milliers à se rassembler à la Grande-Poste, à marcher vers la Place Audin, puis à revenir par la rue Pasteur pour camper à nouveau devant l’édifice. Le message est clair: “Non au prolongement du 4e mandat”, pas de “4.5e mandat” et surtout, “vos manoeuvres sont une insulte à notre intelligence”.

Lundi, le président de la République a annoncé le report de l’élection présidentielle du 18 avril 2019, et sa décision de ne pas briguer un 5e mandat à la magistrature suprême. Il a également annoncé, dans une lettre qui lui est attribuée, la tenue de l’élection présidentielle dans le prolongement de la conférence nationale inclusive et indépendante ainsi que la formation d’un gouvernement de compétences nationales.

En reportant les présidentielles, Abdelaziz Bouteflika envisage de rester à son poste une année de plus, jusqu’à la tenue de la conférence nationale. Ce que  les Algériens ont déjà refusé en sortant, par millions, manifester un troisième vendredi de suite à travers le pays. “Il avait promis de ne rester qu’une année en cas de victoire le 18 avril prochain. Nous avons dis non. Alors maintenant, il décide de rester sans même passer par les élections”, fait remarquer Rahim, tendu. 

“Qu’ils se rassurent: nous nous arrêterons pas”, a-t-il rajouté. 

Hier, quelques minutes après l’annonce de ces décisions, peu avant 19H, des centaines d’Algériens sont sortis à Alger-Centre. Passée l’euphorie de cette première victoire, les manifestants ont vite répliqué en scandant leur détermination à poursuivre le “hirak”. 

“Beaucoup sont sortis dans la soirée d’hier. Certains par euphorie, pensant que Bouteflika était définitivement parti, puis ils ont réalisé qu’il reste encore dans son fauteuil”, explique Hakima, enseignante universitaire. “Sa lettre, c’est du baratin. Une supercherie. Ce n’est même pas une première victoire. Ils se sont vite rendus compte hier”. 

Salim, étudiant à Bouzareah, estime que “son remaniement et tout, c’est une vaudeville. Nous en sommes conscients. Et c’est eux qui nous rendent conscients. Maintenant, personne ne se fait avoir grâce à Facebook, SnapChat”.

“Désormais, chaque jour sa marche. A la base, nous voulions que ce soit le président qui part en vacances, et tu as le ministre qui essayent de nous forcer à aller en vacances nous”, rajoute-t-il.

“Une insulte à l’intelligence” du peuple

Hier, après la décision du président de ne pas briguer un 5e mandat, des internautes algériens s’interrogeaient rapidement quels slogans devront remplacer “Makanch el Khamsa ya Bouteflika”. Ce matin, les étudiants, eux, ne semblaient pas du tout désemparés. Ils scandaient ainsi, quelques quarts-d’heure après le début de leur rassemblement à la Grande-Poste, des slogans déjà adaptés à la nouvelle situation.

 

“Makanch Tamdid ya Bouteflika” et “Makanch el hachwa (la ruse) ya Bouteflika” fusaient de la rue Didouche. Brandissant les emblèmes nationaux, les étudiants exprimaient leur détermination à aller jusqu’au bout: “taghyir ennidham”. “Bouteflika 

“Pas de conférence nationale opaque, pas d’opposition qui ne nous représente pas, nous ne voulons ni Lamamra ni Bedoui. Les étudiants refusent le prolongement du 4e mandat”, criait une étudiante à la faculté de médecine.

Au jardin et à la Place de la Grande-Poste, les étudiants ont préféré, cette fois-ci, faire preuve de plus de pragmatisme. Les formules drôles et les “punchlines” créatives ont cédé l’espace à un message unifié, simple et clair. La marée humaine, qui s’étend de l’Esplanade de la Grande-Poste à la Place Audin, en passant par les rues Didouche et Pasteur, n’a cessé de répéter: “Non au prolongement du 4e mandat. Sytème dégage”. 

HuffPost Algérie

“Leur plan est une insulte à notre intelligence. Il faut plus que jamais s’unir et continuer à rester mobilisé”, fait savoir Abdou, étudiant à l’USTHB. “Ils veulent pas comprendre que nous sommes conscients. Nous avons mûri”. 

A la Place Audin, les étudiants ont fait de leurs revendication une fresque murale. Ils étaient des dizaines à coller des post-it sur la plaque commémorative de Maurice Audin. “Ils trouveront nos messages quand ils daigneront sortir de leurs cachettes”, commente, avec ironie, un étudiant.