MAGHREB
26/08/2013 10h:47 CET | Actualisé 26/08/2013 10h:58 CET

Les condamnations de la Syrie se poursuivent, les plans en coulisse se précisent

AFP/Fouad

Après les réactions menaçantes de Washington, Paris et Londres que nous avons rapportées hier, c’est la Turquie qui entre aujourd’hui en scène avec fracas. Son ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu a déclaré que son pays était prêt à rejoindre une coalition internationale destinée à intervenir en Syrie, et ce même en l’absence de consensus à l’ONU.

Une enquête mort-née

Davutoğlu a appelé les Nations Unis à prendre une décision sur des sanctions après l’inspection des experts de l’ONU sur l’attaque présumée à l’arme chimique conduite le 21 août près de Damas. Il a ajouté qu’en cas d’inaction de l’ONU d’autres options sont sur la table et que près de 37 pays discutent actuellement de ces options qui sortent du cadre légal de l’ONU.

Les experts de l’ONU, qui devaient débuter leur enquête aujourd’hui, ont été la cible de tirs de snipers embusqués alors qu’ils se rendaient sur le site de l’attaque présumé à l’arme chimique, les forçant à rebrousser chemin.

Comme l’a révélé un responsable américain à l’AFP, ces pays portent peu d’espoir dans l’enquête menée par l’ONU et ne croient pas en la coopération apparente du régime car l’autorisation d’enquête arrive bien trop tard, après que les bombardements continus du régime aient fini d’altérer les preuves disponibles.

Les pays qui condamnent aujourd’hui la Syrie et appellent à une réaction vigoureuse de la communauté internationale semblent donc déterminés à agir avec ou sans la légalité internationale.

Le bruit des bottes

Une réunion de deux jours des chefs d’états-majors de plusieurs pays occidentaux et orientaux doit débuter aujourd’hui à Amman. Un responsable non identifié du commandement des forces armées jordaniennes a déclaré à l’agence officielle Pétra que le chef d’état-major interarmées américain, le général Dempsey, ainsi que les chefs d’états-majors d’Arabie Saoudite, du Qatar, de Turquie, de Grande-Bretagne, de France, d’Allemagne, d’Italie et du Canada participeront à cet évènement.

Le ministre des Affaires étrangères jordanien, Nasser Jawdeh, a indiqué que cette réunion qui était “prévue depuis des mois” permettra de discuter de la situation sur le terrain en Syrie et des divers scénarios envisageables après les “récents développements dangereux”. Pas besoin d’être devin pour comprendre que c’est une intervention militaire qui est discutée par ces hauts officiers à Amman.

Cependant si le principe d’une intervention est, semble-t-il, acquis, c’est la forme de cette dernière qui est encore indécise. Diverses options militaires sont systématiquement envisagées à chaque fois que la crise atteint un nouveau seuil d’intensité.

Parmi ces options, on compte :

  • Formation de commandos rebelles en Jordanie qui seront déployés ensuite en Syrie.
  • Armer les rebelles.
  • Des frappes aériennes chirurgicales.
  • Des opérations spéciales pour neutraliser les stocks d’armes chimiques
  • Etablissement d’une zone d’exclusion aérienne
  • Etablissement d’une zone tampon le long des frontières syriennes avec la Turquie et la Jordanie

Les américains, qui rechignent à armer les rebelles de peur de renforcer la frange extrémiste de la rébellion, auraient privilégié la formation de combattants de l’ASL, l’armée syrienne libre, dans un camp d’entraînement situé à la frontière jordano-syrienne.

Le camp syrien sur la défensive

Le président Bachar al-Assad a, quant à lui, mis en garde les américains contre une intervention militaire en Syrie qui serait nécessairement vouée à l’échec selon lui. Il a qualifié “d’insensées” les accusations d’usage d’armes chimiques portées contre son régime et “d’insultes au bon sens” les déclarations faites par les dirigeants occidentaux alors même que l’enquête de l’ONU devant dévoiler les faits n’a pas concrètement débuté.

La Russie est intervenue dans le même sens, prévenant Washington contre les conséquences régionales “extrêmement graves” en cas d’intervention militaire. Elle s’est déclarée “très inquiète” par les récentes déclarations américaines selon lesquelles Washington serait prêt à “intervenir” dans le conflit et a appelé la communauté internationale et l’opposition syrienne à laisser les experts de l’ONU faire leur travail. Moscou a réitéré son accusation contre la rébellion syrienne, déclarant à l’adresse des occidentaux qu’une “multitude de faits” montre qu’il s’agit d’un coup monté par l’opposition radicale.