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13/08/2018 14h:39 CET | Actualisé 13/08/2018 14h:39 CET

Comment nous avons vaincu le sexisme ordinaire au sein de notre propre famille

S’il est possible, mais très difficile, de changer la mentalité des adultes, ne laissons pas nos enfants entrer dans cette vilaine image de choses réservées aux filles ou aux garçons.

grinvalds via Getty Images

SEXISME - Dans ma famille et belle-famille, le sexisme n’est pas appelé comme tel. C’est plutôt une histoire de mœurs. Education à l’ancienne et traditions d’un autre temps: les femmes à la popotte et les hommes au bricolage. C’est cliché, mais c’est ainsi que j’ai été élevée, et mon mari aussi d’ailleurs.

Alors comment on fait pour faire changer les choses?

Etat des lieux

Ma maman est la dernière fille d’une famille de neuf enfants. Mon grand-père travaillait à l’usine et ma grand-mère ne travaillait pas. Ma grand-mère a eu une vie de femme à l’ancienne très difficile: pas de contraception, pas de permis de conduire, pas le droit de toucher à l’argent de la famille... Bref, les filles devaient faire le ménage et les lessives en rentrant de l’école pendant que les garçons avaient la belle vie. Ma mère a été éduquée dans le tabou du sexe et du corps en général.

Lorsque mes sœurs et moi avons été en âge de comprendre certaines choses, elle nous a expliqué ne surtout pas vouloir reproduire son schéma familial. Elle nous a expliqué ce qu’étaient les règles, nous a dit de ne jamais dépendre de qui que ce soit (sentimentalement et financièrement). On pourrait voir en elle une féministe mais plus je grandissais, plus je réalisais qu’à la maison, mon père ne touchait jamais un balai et ma mère jamais une visseuse. Et puis à dix ans je savais parfaitement faire le ménage et un lit au carré mais absolument pas manier un tournevis.

J’ai commencé à me poser des questions vers mes douze ans, je pense. J’ai demandé à mon papa pourquoi il n’aidait jamais maman à faire le ménage ou le repassage. Il m’a répondu que c’étaient des choses de maman et que lui faisait des choses de papa.

Dans la belle-famille c’est sensiblement la même chose. Mon mari bricolait avec son papa mais ne passait pas l’aspirateur. Les filles de la famille étaient réservées au ménage et mon mari, aux travaux “d’hommes”.

La prise de conscience

Je ne peux pas dire qu’il y ait eu un déclic. Cela a pris beaucoup de temps. Vers mes treize ans, j’ai commencé à m’intéresser au football. Les garçons de ma classe me prenaient pour une gourde parce qu’une fille ça n’y connait rien au foot. Sauf que quand j’étais capable de citer tous les joueurs de mon équipe favorite et de débriefer sur le dernier match du championnat, j’impressionnais tout le monde. Y compris mon papa.

Et puis quand est venu le jour de la conduite accompagnée, je me suis intéressée à la mécanique. Là encore mon papa était plutôt étonné mais étrangement ravi de pouvoir expliquer des choses “de garçons” à sa fille.

Et tout doucement je le voyais prendre un aspirateur de temps à autre, pendant que ma maman passait la tondeuse à gazon. Puis c’est devenu de plus en plus régulier, un coup de balai ou de serpillière, un débarrasse de lave-vaisselle... Ça me choquait de voir ma maman le remercier. Tout le monde participe à la vie de famille non?

Une de mes sœurs est très féministe et n’hésite pas à s’emporter à la moindre petite réflexion misogyne! Les hommes de la famille font très attention à leurs mots avec elle!

Du côté de mon mari, c’est un peu plus difficile. C’est encore récurrent que lors des repas de famille, les femmes débarrassent la table pendant que les hommes terminent leur café. Nous, la jeune génération, nous crions au scandale et sommons nos conjoints de lever leur fessier. Mais les anciens sont toujours choqués par cette attitude. Je dirais que les choses commencent à bouger, mais plus lentement.

Et avec les enfants?

Quand ma fille est née, je me suis immédiatement posée comme anti-sexisme. Je savais que ça allait être difficile mais je me suis dit que plus tôt je lui apprendrais l’égalité des sexes, plus ce serait logique pour elle (pas encore pour la société malheureusement). Maintenant que mon fils est né, lui aussi aura droit à cette éducation!

Et me voilà partie en guerre contre les réflexions sexistes des grand-parents. Parce qu’il y a encore des vestiges de leur éducation qui ont la vie dure! Un exemple? La semaine dernière ma belle-mère achète une poussette avec une poupée et une fausse tondeuse à gazon pour ma fille et son cousin (ils ont dix-huit mois d’écart). Mon neveu se jette sur la poussette et ma fille sur la tondeuse (miracle qu’ils ne convoitent pas le même jouet pour une fois!), ma belle-mère leur retire derechef leur jouet respectif parce que “la tondeuse c’est pour les garçons et la poussette c’est pour les filles”. Heureusement que ma belle-sœur et moi sommes intervenues!

Mon mari partage globalement mon point de vue mais est moins extrême que moi. Cela ne le dérange pas de dire que j’habille ma fille comme un garçon quand elle n’est pas en jupe ou en robe. Pour lui, le sexisme n’est pas vraiment réel. L’autre jour, nous étions à un spectacle et un monsieur était debout devant la scène à regarder les danseurs. Devant lui passe une femme. Il la reluque littéralement de haut en bas. Mon mari était extrêmement choqué de voir que cet homme ne prenait même pas la peine de regarder discrètement le fessier de la dame mais était en train de la scruter comme un pervers. Je lui ai expliqué que c’était le quotidien de nombreuses femmes (et encore ce n’était qu’un regard...) et la raison pour laquelle il fallait expliquer à nos enfants le respect des autres et de l’autre sexe.

Alors s’il est possible, mais très difficile, de changer la mentalité des adultes, ne laissons pas nos enfants entrer dans cette vilaine image de choses réservées aux filles ou aux garçons.

Naïvement, je pensais que ma doctrine était ancrée une bonne fois pour toutes dans la tête de ma fille: il n’y a rien que tu ne puisses faire, rien de réservé aux filles ou aux garçons. Et c’est souvent qu’elle me dit des phrases du genre: toi et moi maman on ne peut pas jouer au ballon parce qu’on est des filles. Mon cœur se brise et je me dis que la lutte contre le sexisme est une affaire de tous les jours et que rien n’est acquis.

Et toi? Tu as grandi dans une famille sexiste? Tu as des conseils ou un témoignage pour faire changer une personne sexiste? Tu penses que le sexisme est culturel? Dis-nous tout: redaction@huffpostmaghreb.com

Ce billet de blog a initialement été publié sur le HuffPost France et sur le site Sous Notre Toit.

(Le nom de l’auteur a été modifié à sa demande)