ALGÉRIE
13/10/2019 09h:33 CET

Comment Nabil Karoui, le “Berlusconi Tunisien“ a construit une partie de son rêve en Algérie

Nabil Karoui, homme d’affaires tunisien est au second tour de l’élection présidentielle en Tunisie qui a lieu aujourd’hui. L’homme, âgé de 56 ans, qui suscite beaucoup de controverses, a eu un parcours algérien très particulier. Retour sur cette aventure algérienne.

NurPhoto via Getty Images
Nabil Karoui, presidential candidate and leader of Qalb Tounes, or Heart of Tunisia party, greets his supporters while giving a speech during an election rally held on avenue Habib Bourguiba in the capital Tunis on October 11, 2019, before the election silence which starts at midnight, as he campaigns for the second round of Tunisia presidential election. (Photo by Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via Getty Images)

Nabil Karoui à travers ses sociétés a longtemps travaillé non seulement en Tunisie, ou il a démarré son business, mais également au Maroc et surtout en Algérie. Avec sa boîte de communication KNRG (Karoui Nabil, Rchidi – le père des Karouis et Ghazi le frère) qui est devenue plus tard Karoui & Karoui (K&K), il démarre réellement en Algérie en devenant l’agence de communication du premier opérateur mobile privé Djezzy. 

Après une campagne de lancement ratée de Djezzy en aôut 2001, les frères Karoui offrent leurs service en récupérant les rushs du premier spot diffusé sur l’ENTV à l’occasion du lancement de la marque. Ils en font, gratuitement, un spot qui parle aux futurs abonnés. Ils viennent de réussir le test qui leur permet de signer leur premier succès en Algérie et décrocher leur premier gros contrat après celui signé avec Meditel, l’opérateur privé de téléphonie mobile marocain.

Toujours tiré à quatre épingles, Nabil Karoui, ambitieux, et doté d’un ego surdimensionné, a toujours joué son rôle de véritable maestro du business alors que son frère, non moins élégant, complétait le duo par son côté artistique et rêveur.

Kabbani arrive, ils perdent Djezzy, gagnent Nedjma

De leurs bureaux hébergés au niveau de l’hôtel El Djazair, avant de s’installer au Paradou à Hydra, ils assurent toutes les opérations de communication de Djezzy jusqu’en 2004. Ils développent leurs affaires en créant Régie 7 pour leur affichage et Interactive Algérie pour la création de contenu. L’arrivée du libanais Hassan Kabbani à la tête de Djezzy est synonyme de changement d’agence de communication, au profit d’une boîte de communication libanaise. Mais Nabil Karoui a senti le coup venir. A l’occasion de l’attribution de la deuxième licence à Watanya Telecom Algérie, les Karouis participent au pitch lancé par ce nouvel opérateur et sont retenus. Ils avaient un nouveau client avant de perde l’ancien. Ils assurent tout pour le démarrage de cet opérateur, du choix du nom – Nedjma – à la signature – Nedjma Asma3 lennour ali fik – au lancement médiatique du troisième opérateur tourné vers les nouvelles technologies. Nabil Karoui est même à l’origine de la promotion de Joseph Ged du poste de Directeur du Technique au poste de Directeur Général Adjoint avec les prérogatives de premier responsable. 

Akhir kalima… Qui veut gagner des millions...

C’est avec ce premier responsable qu’ils s’intéressent au contenu de divertissement en achetant un format d’Endemol, Akhir Kalima – diffusé sur TF1 sous le nom de “Qui veut gagner des millions“. Nedjma sera le sponsor de cette émission pour plusieurs millions de dollars et qui sera diffusé par l’ENTV, dirigée par Hamraoui Habib Chawki ( HHC), devenu l’ami de Nabil et qu’il recevait en Tunisie. L’ENTV réglait cette émission par du bartering – échange de contenu contre de l’espace publicitaire-  que Nabil revendait à Nedjma et à d’autres clients. C’est à cette époque, que Nabil Karoui nourrit le rêve démesuré de racheter Endemol, une société hollandaise cotée en bourse à plus d’un milliard de dollars. 

Les candidats de cette émission étaient recrutés en Algérie mais l’enregistrement se faisait dans les studios UTIC à Tunis, l’Algérie ne disposant pas de studio d’enregistrement capable d’accueillir ce type d’émission avec présence du public. HHC, sous la pression de la critique de cette coopération avec K&K, met la pression sur Nabil Karoui pour trouver une solution au rapatriement de l’enregistrement de l’émission. Ça n’a jamais été fait jusqu’à la disparition de l’émission.

Nessma, la “TV du grand maghreb”

 

Il rêvait également de se doter de sa propre chaîne de télévision, qui sera maghrébine pour soutenir sa présence dans les trois principaux pays du Maghreb. C’est ainsi qu’est née en 2007 Nessma, “la télévision du grand Maghreb“. Sa première opération sur cette nouvelle chaîne a été l’organisation de la première Star Academy Maghreb, avec un casting organisé dans les quatre pays d’Afrique du nord. En Algérie, seuls les abonnés Nedjma ont pu voter par SMS pour les candidats algériens, à cette star academy remportée par une marocaine. La première opération de Nessma a été un échec, surtout sur le plan financier. Nabil Karoui lance également son label musical Karoui Musique et fait signer plusieurs artistes algériens.

Ne pouvant continuer à assurer le financement de Nessma TV, les Karouis cèdent 25% de leurs parts au producteur tunisien Tahar Ben Amar et 25% à Media set de Berlusconi. 

L’année 2008, les K&K étaient débarqués par Joseph Ged. Mais Nabil Karoui retombe une fois encore sur ses pieds. Djezzy, en tant que société Orascom, avait de grandes difficultés dans ses relations avec les autorités algériennes. L’Algérie a fait valoir son droit de préemption pour empêcher la vente de Djezzy par la société mère. La crise s’est aggravée avec la qualification de l’Algérie à la coupe du monde de 2010. L’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPT) refusait de valider les offres de l’opérateur, l’ENTV imposait un embargo sur sa communication. Djezzy, avec le départ de Kabbani, fait appel aux Karouis pour gérer cette période de crise et leur permettre de redevenir par la suite leur agence de communications. La présence de Nessma dans l’offre de K&K a beaucoup compté. Nessma achète les droits de diffusion de la coupe d’Afrique des Nations de Handball au Maroc en Janvier 2012 et les propose à l’ENTV à un prix jugé prohibitif par ses responsables.C’était l’âge d’or de la chaîne, et la période faste de K&K en Algérie qui soutenait ses activités en déclin au Maroc et en Tunisie.

 

Des entrées chez les hauts responsables

Nessma TV n’a jamais obtenu d’agrément des autorités algériennes et intervenait à travers la société Interactive Algérie. Ceci ne l’a pas empêché d’assurer la couverture des législatives de 2012. Nabil Karoui, en multipliant les contacts avec les hauts responsables de l’époque, réussit à obtenir toutes les facilités pour réaliser cette couverture. De gros moyens ont été mobilisés et le plus grand plateau au niveau du Centre de Presse International au niveau de l’hôtel Aurassi appartenait à Nessma. Doté d’un car régie ramené de Tunisie, de plus de 70 tunisiens accrédités et 16 algériens, entre réalisateurs et Techniciens, envoyés spéciaux dans les wilayas, la chaîne a reçu sur son plateau des personnalités politiques et ministres tels que Amara Benyounes, Boudjerra Soltani, Abdelaziz Belkhadem, Nacer Mehal…. 

La révolution tunisienne imposa à Nabil Karoui l’abandon de ce qui a fait le succès de Nessma à travers les pays du Maghreb, le divertissement. La chaîne s’investit dans la liberté de parole redonnée aux tunisiens à travers des plateaux de débat à l’infini. C’est ce qui a certainement remis à l’ordre du jour son rêve, un peu fou, avoué à un ami algérien en 2001 : devenir le président de la Tunisie. Les années suivantes -2013, 2014- étaient également l’époque ou Nabil Karoui s’est retrouvé avec plusieurs affaires pendantes en justice à Alger notamment avec les douanes, la CNAS, l’ONDA…

 

Très affecté par la perte en 2016 de son fils aîné, Khalil, Nabil Karoui, créel’Association Khalil Tounesqui active à travers tout le pays. Il s’investit également en politique dans le parti Nida Tounes, soutient et vend l’image de Beji Caid Essebsi président, avant de créer son propre parti 9alb Tounes qui lui permet présenter sa candidature à la présidentielle en Juin 2019 et de capitaliser ses œuvres de charité entamées depuis plus de deux ans. En commercial rompu à la persuasion, il promet s’il est élu, de “vendre la Marque Tunisie“.