TUNISIE
18/12/2018 18h:22 CET | Actualisé 19/12/2018 13h:36 CET

Comment les jeunes tunisiens vivent-ils leur sexualité? Une enquête inédite y répond

La sexualité chez les jeunes commence à l’âge de 15 ans

kieferpix via Getty Images

“Nous sommes dans une situation de crise”, lance Hedia Belhaj, présidente du Groupe Tawhida Ben Cheikh, travaillant sur la santé sexuelle et reproductive, au HuffPost Tunisie. Cette crise n’est pas économique, ni politique mais d’ordre sexuel :“Tout est lié”, ajoute-t-elle. 

Ce constat alarmiste est fondé sur les résultats d’une enquête menée par ledit groupe sur les connaissances, les attitudes et la pratiques des jeunes en matière de sexualité et de santé sexuelle et reproductive. 

Cette étude a été réalisée en avril 2018 sur un échantillon de 1062 jeunes âgés de 15 à 24 ans. Dans la volonté d’englober différentes catégories socio-économiques, l’enquête a couvert les quartiers d’Etttadhamen, de Daour Hicher, de Radès et d’Ennasr et El Menzah.

“Les jeunes constituent 16% de la population. L’enquête permet d’observer l’évolution des pratiques sexuelles et de pouvoir mettre en place des stratégies dans ce sens”, souligne Hedia Belhaj. 

La sexualité chez les jeunes commence à l’âge de 15 ans

L’enquête évoque “une vulnérabilité inquiétante” des jeunes avec une consommation précoce de tabac, d’alcool et de drogues (le cannabis en particulier). Chez les garçons, 47% des garçons (6% des filles) sont des fumeurs, 3/4 (contre 1/4 des filles) affirment avoir été ivres au moins une fois et 9,4% admettent qu’ils consomment du cannabis régulièrement. 

L’entrée à l’âge adulte est ainsi assez précoce pour ces jeunes, et cela englobe aussi leur sexualité: les expériences sexuelles commencent dès 15 ans.

Toutefois, les rapports sexuels accomplis débutent à 17 ans et au delà. 46,1% des garçons affirment avoir eu des rapports sexuels accomplis lors des 6 derniers mois, alors que c’est le cas pour 9,2% seulement des filles. 

Ceci “confirme l’existence d’une sexualité qui commence dès l’adolescence malgré les tabous et interdits, et se manifeste d’abord par la libération du discours chez les jeunes (taux de réponse de plus de 85%). Cependant on note un écart important dans les pratiques sexuelles entre les filles (21%), et les garçons (63%) (...) Les différences dans les pratiques sexuelles sont significatives entre les sexes et dans les différentes tranches d’âge”, souligne l’enquête.  

Cette initiation à diverses pratiques sexuelles n’est pas accompagnée par une vraie connaissance de la sexualité. L’enquête relève des “lacunes importantes” en matière de connaissance des organes génitaux ou encore de la contraception. 

60% des interrogés ne connaissent pas la pilule du lendemain, près de 50% des jeunes ne savent pas que l’avortement est légal en Tunisie, et à la question de savoir si les soins sont gratuits dans les hôpitaux et les cliniques du planning familial, 80% répondent non ou l’ignorent. 

23% des jeunes âgés de 15-16 ans ne connaissent aucune méthode de contraception. “Plus grave encore, le préservatif n’est cité que par 70% des garçons et 60% des filles”, note l’enquête. 

Entre 9,2% (El Menzah et Ennasr) et 14,1% (Douar Hicher et Ettadhamen) affirment qu’ils connaissent dans leur entourage quelqu’un à qui on a refusé un avortement. 

Lire aussi:Tunisie: En l’absence d’éducation sexuelle, les jeunes tunisiens doivent se débrouiller seuls

Des sources d’information non structurées

Les jeunes entament une vie sexuelle sans avoir des informations fiables sur la sexualité. Ainsi 20% des jeunes de 15 à 25 ans ont déclaré qu’ils n’ont pas reçu de renseignements sur la puberté avec une disparité importante entre les filles et les garçons.

78% des garçons disent avoir une connaissance sur la sexualité contre 58,4% pour les filles. “Ce décalage pourrait être dû à l’éducation répressive réservée aux filles mais aussi au fait que certaines filles interrogées s’auto-censurent par craintes”, explique la présidente du Groupe Tawhida Ben Cheikh. 

À défaut d’une éducation sexuelle (40% des jeunes n’ont pas reçu de cours sur la sexualité dans les établissements éducatifs), les garçons apprennent à travers des amis (63,9%), leur expérience personnelle (58,4%) et internet (50,7%) principalement. 

Quant aux filles, elles s’appuient d’abord sur les amis(es) (58,3%), les parents (49,6%) et internet (41,5%). 

Aussi bien pour les garçons que pour les filles, les prestataires de santé ne sont que très rarement cités (autour de 1%) comme sources d’information. 

À l’aune de ces résultats, le Groupe Tawhida Ben Cheikh appelle à mettre en place des cours d’éducation sexuelle correspondant à tous les âges, à travailler à la généralisation d’informations fiables sur la sexualité via les clubs, manifestations pour jeunes, pairs, éducateurs, etc, et ce, en impliquant les parents.

Le Groupe insiste sur le rôle du personnel de santé pour faciliter à différents services de santé sexuelle et reproductive mais aussi sur le rôle des médias dans la diffusion et le traitement de l’information. 

Hedia Belhaj fait savoir que cette enquête sera complétée par d’autres sur l’influence de la pornographie ou encore de l’éducation des parents sur les pratiques sexuelles des jeunes. 

En attendant, “il est urgent d’agir pour orienter convenablement ces jeunes”, conclut-elle. 

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