TUNISIE
13/07/2018 17h:52 CET

Comment les jardins d'enfants sont devenus un business? Nabiha Kamoun Tlili évoque les zones d'ombre du secteur

Selon elle, l’État est en train de délaisser le secteur de l’enfance, pourtant prioritaire

Rawpixel via Getty Images

Crèches, jardins d’enfants, écoles maternelles... Ces derniers poussent comme des champignons un peu partout en Tunisie affichant des offres et des services de plus en plus attentionnés. Mais concrètement nos enfants sont-ils entre de bonnes mains? 

La réalité est parfois frappante. Selon la présidente de la chambre syndicale nationale des crèches et des jardins d’enfants, Nabiha Kamoun Tlili, plus de 50% des dirigeants des jardins d’enfants sont incompétents. “Ils ne sont pas spécialisés et n’ont pas reçu de formation pédagogique adéquate” annonce-t-elle sur les ondes de Shems Fm.

Personnel incompétent?

Entrant directement dans le vif du sujet, la responsable a levé le voile sur une dichotomie criante entre la théorie et la pratique. Elle s’est attardée sur les manoeuvres menées par ces derniers pour contourner la loi qui exige un niveau scolaire minimal auprès des cadres éducatifs. Ce critère, pourtant mentionné dans le cahier de charge, n’est pas toujours respecté.

Pour certains, le recrutement de personnel formé et spécialisé s’avère couteux, explique-t-elle. Plusieurs propriétaires de jardins d’enfants n’hésitent pas à recruter des compétences, conformément à la loi, rien que pour la création et l’obtention du certificat. “Une fois le certificat obtenu, ils s’en débarrasseront” regrette-elle.

D’après la responsable, c’est tout un système qui se rode sur l’ombre de la loi. Ce secteur est devenu de plus en plus commercial. “C’est devenu un business” martèle-t-elle. 

L’enjeu est de taille surtout qu’il s’agit de former et prendre soin des enfants, relève la présidente de la chambre syndicale nationale des crèches et des jardins d’enfants.

Pour limiter les dégâts et trouver une solution intermédiaire qui prend en considération à la fois les obstacles financiers des jardins d’enfants et garantir une bonne éducation, la chambre syndicale a proposé le recours à des formations de mise à niveau à titre exceptionnel. Une mesure, qui selon Tlili, permettra d’optimiser les compétences des dirigeants de jardins d’enfants. 

Halte à la surenchère!

Certes, l’enfant est devenu une marchandise, note-t-elle en abordant les prix exorbitants des frais d’inscription dans certains jardins d’enfants. “Nous avons proposer de fixer un prix minimal” d’inscription afin de garantir une qualité de services confie-t-elle.

Parmi les propositions évoquées figurent la mise en place d’une bourse aux parents nécessiteux souhaitant inscrire leurs enfants aux crèches et jardins d’enfants, et l’exonération des propriétaires de ces établissement de certaines charges.  

D’autre part, les jardins d’enfants coraniques restent une plaie ouverte, estime la responsable. Cette notion d’école coranique, qui n’existe même pas dans la loi tunisienne, ne cesse de se répandre malgré les efforts du gouvernement.

Elle a, toutefois, souligné la nécessité de différencier entre les écoles coraniques anarchiques et les Kotebs, une institution réglementée par la loi et qui dépend du ministère des Affaires religieuses.

En effet, contrairement aux Kotebs, les écoles coraniques procèdent à la dogmatisation, à la manipulation et au “lavage de cerveau”.

Où est le gouvernement?

Selon Nabiha Kammoun Tlili, l’État délaisse le secteur de l’enfance. Il ne s’y investit pas du tout: “L’État n’est pas en train de soutenir ce secteur” affirme-t-elle en précisant que près de 300 jardins d’enfants étatiques ont fermé leurs portes.

“Pourtant, l’enfance devrait être parmi les priorités de l’État,” conclut-t-elle.  

De son côté, le ministère de la Femme, de la famille et de l’enfance a promis une mobilisation contre les jardins d’enfants anarchiques, avec une plus grande réglementation du secteur et la réhabilitation de différents espaces dédiés à l’enfance.

“Le ministère se penche actuellement sur l’élaboration d’une loi dont l’objectif est d’organiser ce secteur et d’imposer des sanctions disciplinaires et pénales à tous ceux qui créent des écoles coraniques anarchiques” a affirmé la ministre Naziha Labidi.

“L’État ne peut pas à lui seul combattre ce fléau” a-elle noté en soulignant le rôle prépondérant des parents et de la société civile dans la lutte contre les écoles anarchiques.

Selon les spécialistes, la personnalité de l’enfant se forge dès les premières années de son existence. Les six premières années de la vie d’un enfant sont déterminantes pour son développement et son avenir, ce qui, requiert une vigilance accrue des parents, lorsqu’ils sont appelés à inscrire leurs enfants dans les jardins d’enfants.

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