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02/03/2019 12h:59 CET | Actualisé 02/03/2019 12h:59 CET

Comme un baiser en étoile sur le drapeau

Reuters

Jusqu’à ce 1er mars 2019, javais une représentation qui devenait pointilliste de certains jardins et paysages urbains en Algérie. Je me souviens cependant quon accéde au jardin dessai à Alger par la rue Hassiba Ben Bouali, coté mer, et je ne peux oublier pas que leurs lumières la consolaient  de tous les maux.

Je me souviens des grains de riz que lon jetait sur ma mère et moi en nous intimant de ne pas nous retourner afin que ce geste nous ramène très vite au pays.

Je me souviens des objets que sa mère rangeait lors de notre deuxième départ dOran: le mortier, le voile de soie blanche, la théière et quelques branches de menthe.

Pourtant, aujourdhui dans le Vercors, le vent se déploie et la pluie va arriver pour laver le ciel de la ville. Durant ma vie javais franchi l’étape et je me rapproche du gîte où je pourrait me reposer. Bien sur certains moments, le souffle a manqué et je savais que mon coeur pouvait flancher, me mettre en rade, loin de tout rivage et, me laisser étrangère aux herbes et aux pierres.

Cependant, cette nuit avait craqué les doigts et le ciel s’était levé gai. Certains jours lanodin des jours est bousculé; un mot plus léger que les autres apparait sur la cime des montagnes .

Aujourdhui 1er mars 2019, on marche à Alger, Oran, Constantine, Tizi, Tiaret, Ouargla, Mostaganem, Marnia, Sétif .

Dans le bâillement des volets, une douceur a caressé mon visage comme un baiser en étoile sur notre drapeau.

Samir Toumi a écrit ”en 2013 jai écrit Alger le cri. Aujourdhui en 2019 cest Alger la parole, une parole collective, précise et construite”.

En France comme souvent quand on parle de lAlgérie, les éléments de langage sont comme une langue nouvelle pour masquer la paresse intellectuelle ou performer la griffe sur les mémoires pas encore guéries de lhistoire .

Nen déplaise aux fâcheux, au spécialistes des catastrophes que leurs inconscients  souhaiteraient auto-réalisatrices, les Algériens ont marché, la paix et la joie dans leurs poitrines, la liberté dans les cheveux des jeunes filles, les drapeaux sur les épaules, les étoiles en horizon.

Alors demain comment faire avec ce soleil qui vibre, maintenant qu’ils ont noyés les roses de Damas  et renvoyer les épines aux dictateurs de tout bord ?

Vienne l’heure du départ des rapaces repus ! Vienne la pluie qui nous lavera de leurs oripeaux !  Les bractées* sont déjà là et les bougainvilliers vont fleurir.

 

 (*): Les bractées qu’on prend souvent pour la fleur font la transition entre les feuilles et les pétales sur certaines plantes dont le bougainvilliers .