MAROC
16/08/2019 10h:59 CET

Comme le voulait Trump, Israël interdit deux élues américaines d'entrée sur son territoire

Rashida Tlaib et Ilhan Omar, deux élues américaines que Trump voulait "renvoyer chez elles", ont été interdites d'entrée en Israël qui n'apprécie pas leur discours pro-Palestine.

INTERNATIONAL - Les autorités israéliennes ont annoncé ce jeudi 15 août interdire à deux élues américaines d’entrer en Israël en raison de leur soutien à la campagne de boycott de l’État hébreu.

Ilhan Omar et Rashida Tlaib devaient atterrir ce weekend à Tel-Aviv afin de visiter les Territoires palestiniens occupés, mais le ministère israélien de l’Intérieur a décidé de leur interdire l’entrée en Israël, selon un communiqué.

Donald Trump avait estimé quelques minutes avant l’annonce qu’Israël ferait preuve d’une “grande faiblesse” s’il acceptait de laisser entrer deux élues musulmanes et pro-palestiniennes du Congrès des États-Unis qui entendent se rendre dans l’Etat hébreu et les Territoires palestiniens.

Ce vendredi 16 août, face au tollé provoqué de toutes parts à la suite de cette décision, Israël a décidé de faire partiellement marche arrière en autorisant Rashida Tlaib pour motif “humanitaire”. Le ministre Arié Dery a décidé d’autoriser l’entrée de l’élue “pour une visite humanitaire à sa grand-mère”. Rashida Tlaib a aussi “promis de ne pas faire avancer la cause du boycott contre Israël durant son séjour”. 

 

Israël refuse de recevoir les personnalité qui appellent au boycott

Rashida Tlaib, représentante américaine d’origine palestinienne, et sa collègue Ilhan Omar “détestent Israël et tous les juifs, et il n’y a rien qui puisse être dit ou fait pour les faire changer d’avis”, avait affirmé le président américain sur Twitter.

Un responsable israélien avait auparavant dit qu’Israël envisageait d’interdire la visite, prévue ce weekend, de ces deux élues ayant exprimé leur soutien au mouvement de boycott de l’Etat hébreu, après avoir pourtant indiqué dans un premier temps qu’elles seraient autorisées à entrer dans le pays.

Cette décision a finalement été prise “en accord” avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères et le ministre des Affaires stratégiques, a ajouté le ministère dans un communiqué. 

“Ces élues utilisent la scène internationale pour apporter leur soutien aux associations BDS qui appellent au boycott d’Israël”, a ajouté le ministère, justifiant sa décision sur la base d’une loi israélienne permettant depuis 2017 d’interdire l’entrée en sol israélien aux partisans du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Ce mouvement appelle au boycott économique, culturel ou scientifique d’Israël afin de protester contre l’occupation des Territoires palestiniens.

“Israël est ouvert aux visites à une exception près, celle de gens appelant et militant pour son boycott”, a commenté Benjamin Netanyahu pour justifier la décision de son gouvernement de barrer la route aux deux élues américaines.

Une grande fête de famille était prévue pour Rashida Tlaib

Cette interdiction est “un acte d’hostilité scandaleux contre le peuple américain et ses représentants”, a réagi Hanane Achraoui, une haute responsable palestinienne. Il s’agit “d’une attaque contre le droit du peuple palestinien à nouer un dialogue avec le reste du monde”, a ajouté cette membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Ilhan Omar et Rashida Tlaib, membres de l’aile gauche du Parti démocrate à la Chambre des représentants et premières femmes musulmanes élues au Congrès, ont publiquement appuyé le mouvement BDS. Elles ont plusieurs fois dénoncé la politique israélienne face aux Palestiniens.

Née à Détroit (nord-est des Etats-Unis), Rashida Tlaib est la première élue américaine d’origine palestinienne, ses deux parents ayant grandi en Cisjordanie occupée. Dans le village de Beit Ur al-Fauqa, sa famille attendait avec impatience la venue de la “fierté locale”, qui devait rencontrer à partir de dimanche des organisations locales et visiter sa famille.

“Nous préparons une fête pour elle et Ilhan. Nous voulons sacrifier un mouton à leur arrivée”, a expliqué la grand-mère de l’élue démocrate, Muftia Taleb, 85 ans, entourée de membres de la famille dans la cour de la maison en pierre couleur de sable et bordée d’oliviers, peu avant que les autorités n’annoncent leur décision.

“Rashida veut rentrer chez elle”, et Trump l’en empêche

À 10 mètres à peine de la propriété, un grillage sépare la Cisjordanie occupée d’une autoroute israélienne menant à Tel-Aviv, ses tours effilées et son aéroport international où Rashida Tlaib et Ilhan Omar n’atterriront pas comme prévu. Pourquoi lui bloquer l’entrée? “Parce qu’elle défend sa nation et la cause palestinienne”, répond du tac au tac son oncle Bassam, 53 ans, qui dit attendre depuis 2006 le retour de sa nièce Rashida dans la maison familiale.

“Nous avons été surpris lorsque Trump a récemment demandé à Rashida et Ilhan de retourner dans leur pays d’origine. Aujourd’hui, Rashida veut rentrer chez elle alors pourquoi ils font tout pour l’en empêcher”, ironise Bassam.

Le cabinet de Benjamin Netanyahu a simplement concédé dans la soirée que Rashida Tlaib pourrait entrer en Israël si elle soumettait une demande d’entrée au motif de visite humanitaire à ses proches. 

Une décision dénoncée immédiatemement par les candidats démocrates pour 2020, Bernie Sanders jugeant notamment qu’Israël faisait preuve “d’un immense manque de respect” et Elizabeth Warren estimant que le pays “n’arrangeait pas son cas”.

En 2017, Israël a adopté une loi qui permet d’interdire l’entrée dans le pays aux partisans du mouvement BDS.

Les deux élues sont depuis longtemps dans le collimateur de Donald Trump, qui les accuse d’antisémitisme et qui ne cesse de les attaquer en leur demandant notamment de “rentrer chez elles”, tout comme il le fait avec Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley, deux autres représentantes démocrates de l’aile gauche issues des minorités.

Cet article a été initialement publié sur le HuffPost France.