TUNISIE
24/04/2019 14h:01 CET

Comme Dick Rivers, mourir le jour de son anniversaire est un phénomène fréquent qui intrigue

Depuis des décennies, les chercheurs tentent de comprendre si l'on meurt plus souvent le jour de son anniversaire et pourquoi.

POOL New / Reuters

SCIENCE - Triste jour pour le rock français. Ce mercredi 24 avril, le chanteur Dick Rivers est mort des suites d’un cancer. Hasard du calendrier, Hervé Forneri (de son vrai nom) aurait fêté ses 74 ans ce 24 avril.

Un hasard qui n’en est pas totalement un. En effet, nous avons plus souvent tendance à mourir le jour de notre anniversaire. Il y a même des exemples célèbres: Raphaël, Ingrid Bergman, William Shakespeare... Une statistique si étrange qu’elle perturbe les scientifiques depuis des décennies.

Certaines hypothèses affirment que c’est parce que l’on aurait parfois tendance à retarder la mort en attendant de célébrer ce jour particulier. D’autres estiment qu’on aurait un “blues de l’anniversaire”, qui pourrait nous déprimer et nous pousser au suicide. Certains pensent aussi que c’est la célébration en elle-même qui tue. Et d’autres théories plaident pour une simple erreur statistique.

Pendant des années, plusieurs études ont montré des résultats contradictoires. Il faut dire qu’elles étaient parfois réalisées sur un nombre trop restreint de personnes, ou avec des biais importants. Mais depuis quelques années, la littérature a évolué. Voilà ce que l’on sait sur ce mystérieux phénomène.

 

Une hausse bien réelle et isolée

En 2012, une étude, l’une des premières à analyser une population de manière globale sur cette question, montrait que le risque de mourir le jour de son anniversaire était 14% plus élevé que pour chacun des 364 autres jours de l’année.

Pour arriver à ce résultat, les auteurs avaient analysé la mort de plus de 2 millions de Suisses, entre 1969 et 2008. Des résultats similaires que l’on prenne en compte les hommes ou les femmes. En dehors de ce pic, aucune hausse ou baisse n’est visible les autres jours de l’année.

Mais ces résultats avaient été accueillis avec un peu de scepticisme par certains, comme le statisticien David Spiegelhalter. Interrogé à l’époque par la BBC, il estimait que ces chiffres pouvaient être simplement liés aux données utilisées. Après tout, cette hausse ne représente que 900 morts environ, cela pourrait donc être dû à une erreur dans les registres nationaux. Soit car la date de naissance est inconnue (comme pour Shakespeare, d’ailleurs), soit par pure maladresse.

Sauf que depuis, d’autres études ont trouvé des résultats similaires. L’une d’elles, publiée en 2014, a notamment analysé un échantillon bien plus élevé: 25 millions de décès aux États-Unis, de 1998 à 2011. Résultat: les gens meurent 6,7% plus que prévu le jour de leur anniversaire.

Cette étude américaine est intéressante du fait de la taille de l’échantillon, mais aussi de vérifications faites sur la date de l’anniversaire. Ainsi, il y a plus de risques de mourir le jour de son anniversaire si celui-ci a lieu un week-end (car les risques de mourir un week-end sont plus importants). Le risque diminue également avec l’âge (25% pour les 20-29 ans contre moins de 5% pour les plus de 80 ans).

La principale limite de cette étude, c’est qu’elle n’étudie pas les causes de décès, à l’inverse des travaux suisses. Dans l’étude de 2012, les chercheurs notaient que les morts de suites de maladies cardiovasculaires augmentaient de 18,2%. Chez les femmes, les problèmes cérébrovasculaires étaient également en hausse de 21,5%. Chez les hommes, ce sont les morts par suicide (35%) et par accident (28,5%) qui avaient plus de chances d’arriver le jour de l’anniversaire.

Il y avait également une hausse des morts pour cause de cancer (comme c’est le cas pour Dick Rivers). Mais une étude de 2014, qui a analysé plus de 3 millions de décès liés au cancer en Allemagne n’a trouvé aucun lien significatif.

Des causes très différentes

Une autre étude, publiée en 2016, a elle analysé cette question des causes de mortalité le jour de l’anniversaire. Les chercheurs ont ici étudié les décès au Japon de 1974 à 2014. Cela représente deux millions de morts. Ils ont notamment analysé six causes de décès extérieures les plus répandues.

Une hausse a été identifiée à chaque fois. Le suicide augmente de 50% le jour de l’anniversaire. Mais il y a également une hausse pour les accidents de la route ainsi que ceux de la vie quotidienne (chute, étouffement, noyade). Encore une fois, la hausse est uniquement présente le jour de l’anniversaire. Ni avant, ni après.

Pour les auteurs, cela montre que les différentes théories, présentées au début d’article, ne sont peut-être pas contradictoires. Ainsi, selon eux, la hausse de suicides peut s’expliquer par un “blues de l’anniversaire”. Une intuition renforcée par le fait que les personnes célibataires “ont 55% plus de probabilité de choisir de mourir le jour de leur anniversaire, alors que les individus mariés ont 45% de chance de mourir ce jour, comparé aux autres dates”, explique l’étude.

Mais ce blues ne peut pas expliquer la hausse importante des décès par accident de la route les jours d’anniversaires chez les vingtenaires et trentenaires. Ou encore la hausse des accidents de la vie courante chez les personnes âgées. Deux augmentations qui seraient liées aux célébrations le jour de l’anniversaire: association alcool et conduite chez les jeunes, activités et sorties peu habituelles pour les plus âgés.

Les chercheurs espèrent que ces travaux permettront de mieux prévenir ces risques de décès supplémentaires.

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