MAROC
19/07/2019 17h:34 CET | Actualisé 20/07/2019 11h:10 CET

Colère et frustration au sit-in de soutien à Hanane, violée et tuée à Rabat

"Jamais je n'aurais cru voir un tel degré de violence".

AIC Press

VIOLENCE FAITES AUX FEMMES - C’est désormais presque devenu une norme. Chaque année, de nouvelles affaires sordides de violences faites aux femmes choquent l’opinion publique. Après “l’affaire du bus” en 2017, de la “lycéenne de Marrakech” l’an dernier, l’histoire de Hanane, 34 ans, s’ajoute à cette liste déjà longue de femmes dont les agressions et viols ont été filmés puis diffusés en ligne.

Cette dernière a été tuée début juin dans la rue, dans la médina à Rabat, après avoir été violée. Le tueur et agresseur présumé a finalement été arrêté par la police après la diffusion d’une vidéo choquante le montrant violant la jeune femme.

Du web à la rue

Ce nouveau fait divers a provoqué un électrochoc en ligne que militants et acteurs de la vie civile ont transformé en mobilisation dans la rue. Ce vendredi 19 juillet, un sit-in était organisé devant le Parlement, à Rabat. Les manifestants, majoritairement des femmes, ne cachaient pas leur colère et leur frustration face à cette énième affaire de violence faite aux femmes et au manque de réaction de la classe politique.

Parmi eux, Nadia Doghmi, qui exprime son “ras-le-bol des politiques” et “en appelle au roi” pour faire changer les choses. “Comment voulez-vous qu’un garçon qui voit sa mère sans ses droits grandisse sans considérer que les femmes sont des citoyennes de seconde zone?”, s’interroge cette dernière.

Si elle se décrit comme n’étant “affiliée à aucun parti ou association”, plusieurs militantes des droits de la femme et actrices de la société civile étaient aussi au rendez-vous. Parmi elles, Fatima Maghnaoui, directrice d’Annajda, un centre qui vient en aide aux femmes victimes de violences. “On est aussi là pour dénoncer, interpeller l’État et le mettre face à ses responsabilités, car il est responsable”, affirme-t-elle.

En effet, pour elle, seul l’État a les moyens de mettre en application, mais aussi de relayer dans les médias, les articles de la loi 103-13 contre les violences faites aux femmes, entrée en vigueur en en septembre 2018. “La loi contre les violences à l’égard des femmes existe depuis l’année dernière et elle n’est ni appliquée ni relayée dans les médias. C’est leur rôle de diffuser les articles de cette loi, malgré le fait qu’elle est loin d’être parfaite. La société civile ne peut pas, seule, faire face au déluge de femmes victimes de violences”, estime-t-elle.

Pour Fatima Maghnaoui, le cas de Hanane est loin d’être isolé. “En une année on a reçu 14.000 cas à travers le royaume dans nos centres. Elle est représentative de centaines de milliers de femmes”.

AIC Press

“Non-assistance à personne en danger”

Au delà de la responsabilité de l’État, certains pointent du doigt celui des voisins et de l’entourage de Hanane, qui n’ont pas reporté son meurtre à la police. Pour Fatima Moukhlisse, membre de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF), l’affaire Hanane relève aussi de la non-assistance à personne en danger. “Son meurtrier n’a pas tué Hanane dans une forêt ou dans une montagne, mais dans une rue résidentielle. C’est impossible que personne n’ait rien entendu, et que personne ne l’ait secourue”, déplore-t-elle.

Pour cette dernière, Hanane a été victime non seulement de son meurtrier mais aussi des préjugés sociétaux: “Dans notre société on divise les femmes entre les ‘bonnes’ et les ‘mauvaises’. Les deux peuvent être victimes de violences mais celles appartenant à la seconde catégorie sont jugées et abandonnées à leur sort”. Pour la militante, c’est un changement radical du système de valeur qui doit se faire au Maroc. “On ne peut pas mettre un policier dans chaque maison, il faut éduquer les gens. Cela passe par la famille, l’école et les médias”, indique-t-elle.

“L’image que l’on véhicule des femmes dans la culture populaire est mauvaise. Elles sont humiliées dans les proverbes et les blagues populaires, les comiques dans les festivals plaisantent sur la dignité de la femme... Il y a un problème”, continue la militante. “Un homme qui peut entendre une femme se faire tuer, et le lendemain aller prier comme si de rien n’était, a un gros problème. Il faut changer les valeurs”, réclame encore Fatima Moukhlisse.

Jeudi 18 juillet, la DGSN a annoncé l’arrestation de huit autres individus, dont celui qui a filmé le viol, “pour leur implication présumée dans des actes criminels liés à la non dénonciation d’un crime et non assistance à personne en danger”. Âgés entre 33 et 61 ans, ils ont été interpellés dans le cadre de l’enquête menée suite à la diffusion, sur les réseaux sociaux, de la vidéo montrant l’agression physique de la victime, qui a conduit à sa mort.