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18/04/2019 14h:56 CET | Actualisé 18/04/2019 14h:56 CET

Climat du processus électoral: La cour constitutionnelle, le fondamental alarmant

L’environnement général de l’année électorale suscite des préoccupations sur le climat socio-politique qui précèdera les élections.

Anadolu Agency via Getty Images

Tunisie, pays de cœur, demeure l’étoile filante de la région en termes de démocratie, de l’unicité de l’expérience, de notre magnifique spécificité, et notamment en terme de liberté d’expression. Bien que le peuple tunisien ait pu arracher le luxe d’une liberté relative, lui permettant de munir des débats autour de problématiques fondamentales, le processus est aujourd’hui loin d’être achevé. Et c’est dans la durée que s’inscrit le changement.

Les élections dessineront les traits d’une nouvelle Tunisie, et procureront probablement plusieurs risques sur la continuité de l’Etat et les valeurs républicaines. Ceci provient d’un paysage qui risque de demeurer manipulé par les mêmes visages des pseudos politiciens qui ont prouvé leurs incompétences sur tous les plans confondus. Ces derniers incarnent, par excellence, une image associée à un échec total, et communiquent des messages potentiellement gravissimes. Certains osent même inculquer l’idée de renoncer à la liberté, sous le prétexte qu’elle ne soit pas convenable aux tunisiens et qu’on devrait se contenter de notre destin, tout en faisant appel à un passé faussement idéalisé.

De ce fait, les élections prochaines seront notre ultime arme non seulement pour confirmer l’orientation politique de la nation mais aussi pour s’accrocher aux idées révolutionnaires et de vomir catégoriquement l’idée du retour au point de départ. C’est une épreuve capitale pour soutenir l’orientation démocratique et pour s’aligner du côté des acquis suprêmes de la révolution, à savoir la liberté d’expression et la liberté des médias.

Néanmoins, l’environnement général de l’année électorale suscite des préoccupations sur le climat socio-politique qui précèdera les élections. Et dans ce cadre, des risques majeurs seront en mesure de dévier le processus vers l’inconnu.

Dans cette optique, je souligne, principalement, l’état d’esprit du tunisien. La frustration d’une grande partie du peuple implique qu’on ne croit plus en la démocratie et au changement. Parallèlement, une nostalgie à l’ancien régime, commence à s’installer, en réponse au chaos et des maux politiques et socio-économiques, dont souffre notre pays. La mascarade du bilan affreux du quinquennat actuel contribue, en grande partie, au rejet de la totalité de l’activité politique.

La démission du tunisien, des causes d’intérêt public, convient à certains partis. C’est pour cela que leur dernier souci sera l’appel à la participation à l’épreuve électorale 2019, dont le seul indicateur de sa réussite sera le pourcentage des électeurs. Seul cet indicateur est capable de confirmer la légitimité de ceux qui gouverneront.

Il sera le rôle des différents acteurs - ISIE, médias, la société civile- de non seulement insister sur l’aspect extrêmement déterminant de la réussite des élections mais surtout de mettre en valeur l’importance des législatives par rapport aux présidentielles. Il faut bien vulgariser la nature de notre système qui fait qu’un président d’un parti, ayant une masse majoritaire à l’ARP, gouverne plus qu’un président de la république. Ceci on l’a vécu en 2018, et c’est ce qui a provoqué la cohabitation politique, origine de la crise politique paralysante. Cette leçon et à retenir par un peuple, en phase d’apprentissage des pratiques démocratiques.

Cependant, sur un paysage politique médiocre animé par des conflits, des egos personnels et non pas par des visions complémentaires, les législatives sont mises en deuxième plans. Ceci conviendra aux partis qui peuvent se garantir une majorité confortable afin de continuer à manipuler les rênes de l’Etat, sans pour autant gouverner effectivement.

La sous-estimation des législatives est causée également par la nature du tunisien qui a tendance à tout personnifier. Or, cette ère est révolue, les décisions du changement ne se prendront plus au sommet, mais plutôt dans le cadre d’une démocratie participative.

L’acteur brillant de l’expérience démocratique tunisienne, la société civile est une arme à double tranchant. Bien qu’on ait une tendance à idéaliser l’expérience de la sphère de la société civile, nul ne peut nier l’existence des associations avec une vocation politique, exerçant des moyens suspects pour servir les caprices de leurs chefs. Qu’on le veuille ou pas ces associations impacteront le climat électoral.

Des pratiques anticonstitutionnelles sont en rendez-vous, au sujet de l’organisation des élections à l’étranger. La neutralité du processus est menacée par des risques fondamentaux, à la suite de la délégation des missions des IRIE au consulat, faisant partie du pouvoir exécutif. Ceci aura certainement des répercussions sur le déroulement du processus mais aussi sur le climat général.

Un risque fondamental et non négligeable est celui du déséquilibre du paysage politique. Ce qui fait que l’électeur aura l’impression qu’il doit voter dans deux sens excluants: Soit de voter pour revenir au point de départ, avec des partis qui s’autoproclament progressistes mais qui incarnent l’image nauséabonde d’une dictature maquillée, soit de s’aligner avec les islamistes qui n’auront qu’un projet rétrograde à la nation.

La constitution de 2014, quant à elle, ne fait pas le moindre des acquis postrévolutionnaires, bien qu’elle suscite plusieurs critiques et débats, du fait qu’elle a provoqué le dysfonctionnement politique en 2018. Ceci n’empêche qu’elle s’avère un aout, en plus, pour la mise en place de l’Etat de droit et des institutions. La consolidation de cet acquis requiert de l’endurance et de la militance, mais aussi des institutions, des vraies, qui seront en mesure de défendre la primauté de la loi et notamment la souveraineté de l’Etat.

Parlant de la primauté de la loi -dont un organe fondamental de l’Etat des droits est chargé de l’assurer en plus de la conformité des lois-, je tiens à signaler que cet organe, dite La cours constitutionnelle, n’a pas encore vu le jour, sachant qu’elle aurait du être mise en place dans un délai maximum d’un an à compter de la date des élections législatives.

Théoriquement et d’un point de vue constitutionnel, l’absence de la norme suprême n’a pas de répercussions sur le processus des élections. Selon l’affirmation du Monsieur Rafaâ Ben Achour, expliquée dans un article publié sur leaders, 29.01.2019. Par ailleurs, il mentionne, dans le même article, que cette carence constitutionnelle et institutionnelle viole la constitution en elle-même.

À ce sujet, Sana Ben Achour Professeure en droit public et sciences politiques, reconnue par son parcours de militante féministe et notamment ses compétences juridiques, annonce son retrait de la course, en publiant un communiqué, dans lequel elle précise:

“Je ne peux me remettre dans la course. Non pas, encore une fois, par dépit mais bien pour ne pas blanchir, par ma candidature, une opération en trompe l’œil qui participe de manipulations politiciennes à hauts risques pour notre devenir démocratique”.

Ce propos lance un signal alarmant! Nous continuons à toucher le fond avec les manipulations politiciennes, au rabais. Ceci met également l’accent sur une mauvaise foi, qui atteint la suprématie de la loi. Ceci est le fondamental alarmant! Et le reste n’est qu’une marge inutile de l’actualité politique que le tunisien subit sur un paysage médiatique coincé au niveau des non-évènements, nés des conflits personnels entre les supposés leaders des partis politiques.

Quant au sujet de la cour constitutionnelle, il se déroule dans une ambiance de nonchalance des politiciens et d’un silence médiatique intrigant. Ceux qui se nourrissent de cette absurdité n’ont pas intérêt à dénoncer ces pratiques, notamment ceux dont l’objectif ultime consiste à fragiliser l’Etat et ses institutions, pour finir avec des organes “garantis”.

Aujourd’hui, la division cellulaire de ce qui reste d’un parti politique, le chaos qui régnait à l’ARP et coïncidait avec l’audition du chef du gouvernement, la personnification de ce qui est appelée la guerre contre la corruption, la position d’une personne ou un parti sur la question de l’égalité dans l’héritage qui est insensée, les échanges acerbes entre un député et un ministre...autant de titres qui crées, sans doute, de l’audience mais qui ne servent absolument à rien. Dans ce contexte historique, il ne dure que ce qui institutionnel et constitutionnel, le reste n’est qu’illusion.

En définissant nos priorités sur le plan national, l’essentiel réside principalement dans le renforcement des institutions de l’Etat et dans l’implication des jeunes. Seuls les acquis constitutionnels et institutionnels et la prise de conscience de la classe juvénile confronteront la médiocrité ambiante et la barbarie généralisée et forgeront un climat sain, boussole de la phase post-élections 2019, indispensable pour construire et munir d’autres combats notamment celui de l’égalité et les libertés individuelles ou encore la guerre contre la corruption.

Dans toute cette absurdité régnante, aucun parti n’inscrit dans son discours la recommandation de la mise en place de la cour constitutionnelle, aucune volonté politique n’est explicitement exprimée à ce propos, ceci est bien compréhensible, puisque cet état d’impunité et d’irresponsabilité généralisée leurs convient parfaitement. Ceci est bien compréhensible puisque le renforcement de l’Etat, l’engagement et la conscience du peuple dérangera et détournera l’avenir contre leur opportunisme.

En tant que citoyenne tunisienne, je préférai de loin voter pour un parti, qui m’affirme son rôle déterminant dans la mise en place de la cour constitutionnelle, avec de vraies compétences juridiques, que de voter pour un parti, dont la devise est un paralogisme au rabais, adoptant le faux Bourguibisme ou l’islamisme pour un fonds de commerce servant leurs caprices et leurs intérêts extrêmement bornés.

Selon toute vraisemblance, les manipulations politiciennes vulgaires qui règnent sur le climat général, et atteindra même le processus électoral est d’une mauvaise foi et d’une non-volonté politique de renforcer l’Etat et se concentrer sur le fondamental, les vraies solutions de construction d’un avenir meilleur. Les préoccupations sont, donc, légitimes.

Ce constat n’empêche que, sans négliger le risque de basculement et la consolidation des lois de la jungle, nous avons tout pour réussir et de faire de ce processus électoral un point d’inflexion de notre histoire, pour instaurer un modèle tunisien pilote dans la région.

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