TUNISIE
16/11/2018 17h:55 CET | Actualisé 17/11/2018 00h:45 CET

Cinéma-Les fonds étrangers imposent-ils certaines thématiques aux scénaristes tunisiens?

Les fonds étrangers qui alimentent le cinéma tunisien sont-il une aubaine ou un gouffre pour les scénaristes tunisiens?

Capture écran/Corps étranger-Zizou

Les fonds étrangers qui alimentent le cinéma tunisien sont-il une aubaine ou un gouffre pour les scénaristes tunisiens? Il n’y a qu’à lire le générique des débuts des films tunisiens pour constater qu’ils sont partout, sous différentes houlettes, à contribuer à la réalisation d’œuvres tunisiennes.

Cet argent étranger qui submerge le cinéma tunisien est-il en train de noyer ceux qui osent aller à contre-courant? Ils sont nombreux- beaucoup en off, rares publiquement- à esquisser le danger du formatage du cinéma tunisien. (ci-dessous)

Galerie photo Cinéma Tunisien: Avis sur la dépendance aux fonds étrangers Voyez les images

Les bailleurs de fonds étrangers ne soutiendraient que les films qui abordent des thématiques qu’ils chérissent: une certaine vision de la femme, l’islamisation, l’immigration...

Il y en a un qui a osé le dénoncer haut et fort. Il s’agit du scénariste Walid Tayaa. Sociologue de formation, Walid Tayaa a évolué au sein de la Fédération tunisienne des Ciné-clubs (FTCC). Il a réalisé plusieurs courts-métrages comme “Madame Bahja”, “Prestige”, “Vivre”, etc. Son dernier long-métrage “Fataria” a été primé lors de la dernière édition du Festival d’El Gouna.

L’artiste tunisien a exprimé son ras-le-bol sur les réseaux sociaux. (ci-dessous)

Contacté par le HuffPost Tunisie, il a réitéré ses propos en précisant que “plusieurs jeunes scénaristes pensent la même chose, mais n’osent pas le dire parce qu’ils ont peur de trouver un jour X ou Y dans une commission ou un jury”, explique-t-il. 

“J’ai toujours dit ce que je pense et je paye cher la facture”, a ajouté Tayaa. 

Walid Tayaa raconte sa galère pour trouver un financement pour son dernier long-métrage, une comédie politique. “Si c’était un film sur une femme voilée qui fait de la danse, battue par un frère djihadiste, parti ensuite en Syrie et leur frère homosexuel, j’aurais pu avoir sans difficultés de l’argent”, dénonce-t-il.

Le réalisateur vilipende les étiquettes qui ont la vie dure et qui condamne le scénariste à se cantonner dans le même moule surfant sur l’exotisme, les raccourcis et les clichés.

Dans une déclaration au HuffPost Tunisie, Christophe Tardieu, directeur général du Centre National du cinéma et de l’image animée (CNC), ayant lancé le fonds bilatéral d’aide à la coproduction d’œuvres cinématographiques franco-tunisiennes, avait affirmé “qu’il y a eu pendant longtemps un engouement pour cet Orient fantasmé”. Et d’ajouter: ”Le fait que nous apprécions actuellement le réalisme de certains réalisateurs tunisiens prouvent que les choses évoluent à ce niveau”. 

Walid Tayaa est sceptique: “Il suffit de voir les redondances dans les films tunisiens produits récemment pour se rendre compte du contraire. Tous suivent le même ligne éditoriale”, explique-t-il. 

Quant au refus de financement, il n’est pas réellement motivé. 

S’associant souvent avec des producteurs tunisiens, les fonds étrangers sont-ils les seuls à être fautifs? Les producteurs tunisiens jouent-ils un rôle dans ce “formatage”? “Les producteurs tunisiens veulent des films qui peuvent être distribués à l’étranger, d’où leur complicité en la matière”. 

Tayaa exprime sa volonté de pouvoir faire des films poétiques par exemple, des films qui osent, qui transgressent le politiquement correct.

Certains réalisateurs tunisiens ont pu le faire, dit-il. Il cite  ceux qui ont pu sortir du lot, à savoir, Ala Eddine Slim avec son film “The last of us”, Abdelhamid Bouchnak avec son film “Dachra” et Mohamed Ben Attia avec son premier film “Nhebek Hedi”. 

Walid Tayaa invite les producteurs tunisiens à investir ensemble pour la réalisation de films “au lieu d’attendre tous devant le même guichet”. 

 

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