MAROC
01/06/2018 18h:49 CET

"Cinéma Caméra", une expo photo poétique pour rendre hommage aux artisans de Bejaâd

Une carte postale intime de Bejaâd, loin d’être une image d’Épinal.

PHOTOGRAPHIE - M’hammed Kilito poursuit son travail socio-photographique. Après “Destinées”, un projet documentaire qui s’attachait à mettre en lumière les rêves et les réalités sociales des Marocains, le photographe est parti capturer les travailleurs de l’ombre de Bejaâd, petite bourgade coincée entre Béni Mellal et Khouribga, pour sa dernière série photographique baptisée “Cinéma Caméra”.

Mhammed Kilito

Potier, conteur, tisseuse, forgeron, projectionniste, violoniste... Le jeune photographe est allé à la rencontre de ceux que le réalisateur marocain Hakim Belabbes avait déjà choisi de mettre en lumière, il y a dix ans, dans son film documentaire “These Hands” (“Ces mains-là”).

“Je suis tombé par hasard sur ce film sorti en 2008 qui m’a énormément touché. Je l’ai regardé trois fois de suite et j’ai voulu rendre hommage à la fois à Hakim Belabbes, un réalisateur humble et modeste, à son film, un chef d’oeuvre du cinéma marocain, très poétique, et aux artisans de Bejaâd, nid de figures humaines si singulières”, explique le photographe au HuffPost Maroc.

À travers une exposition de 33 photographies, visibles à la galerie de L’uzine à Casablanca du 5 juin au 1er juillet, M’hammed Kilito revient donc sur les pas du réalisateur marocain pour tenter de savoir ce que sont devenus les artisans qui s’étaient livrés dans “These Hands” et qui ont longuement habité l’esprit du photographe après le visionnage du film.

Mhammed Kilito
Le cinéma abandonné de Bejaâd.

Dix ans après la sortie du documentaire, M’hammed Kilito s’est rendu à Bejaâd, accompagné du frère du réalisateur, où il a rencontré les protagonistes qui ont accepté de se laisser photographier. Certains ont refusé, d’autres sont morts. En plus des portraits de ceux qu’il a pu photographier, M’hammed Kilito a également capturé des lieux emblématiques de la ville.

“J’ai mené mon projet photographique autour de trois axes: un premier pour parler du cinéma abandonné de Bejaâd, qui appartenait au père de Hakim Belabbes et reste ancré dans l’imaginaire de la ville et ses habitants”, confie-t-il.

Le deuxième axe est un travail abstrait sur la ville, avec certaines prises de vue poétiques, comme cette photo de pigeons (voir ci-dessous), clin d’oeil aux oiseaux très présents dans les oeuvres de Belabbes. Un troisième axe est réservé à la galerie de portraits des différents artisans.

Mhammed Kilito

Comme pour la série “Destinées”, “Cinéma Caméra” interroge le spectateur sur le déterminisme social et la fatalité. Dans une petite ville reculée comme Bejaâd, la vie des artisans est-elle écrite d’avance? Quelle est leur destinée? Autant de questions auxquelles le photographe tente d’apporter des réponses à travers ses oeuvres. “Certains ont arrêté de travailler, d’autres vivent de petites bricoles dans une ville frappée par le chômage et la pauvreté”, raconte-t-il.

Une manière aussi, pour le photographe, de montrer la réalité des “gens ordinaires” et de mettre en lumière ceux dont les professions sont menacées de disparition, voire ont déjà disparu, comme cet ancien projectionniste obligé de se reconvertir après la fermeture du seul cinéma de la ville. En somme, une carte postale intime de Bejaâd, loin d’être une image d’Epinal.