ALGÉRIE
23/08/2018 09h:28 CET | Actualisé 23/08/2018 09h:28 CET

Chute de la livre turque : une crise "conjoncturelle sans impact sur les échanges avec l'Algérie"

Osman Orsal / Reuters

La chute de la livre turque, accentuée par un conflit diplomatique entre la Turquie et les États-Unis, semble conjoncturelle et ne devrait avoir aucun impact palpable sur les échanges avec l’Algérie, ont estimé des économistes interrogés par l’APS.

La monnaie turque, qui affichait déjà une courbe descendante depuis le début de l’année, s’est brutalement dépréciée après que Washington eut imposé, début août, des sanctions inédites contre deux ministres turcs avant d’augmenter fortement les taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium turcs.

En quelques heures, la livre s’était alors enfoncée de 20% face au dollar, s’échangeant à près de 7 livres contre un dollar, ce qui avait rapidement secoué les Bourses européennes et les marchés des changes et suscité les craintes sur une contagion à d’autres économies émergentes.

Mais la livre turque semble subir une crise “conjoncturelle”, provoquée par un arrêt subit de l’afflux de capitaux en dollars, suite aux menaces américaines qui ont poussé les investisseurs à opter pour des monnaies plus fiables, analyse l’expert financier Ferhat Ait Ali.

“La chute de la livre turque n’est pas durable et un retour à ses niveaux du début de l’année est à attendre, dans la mesure où cette chute fait suite à un arrêt de l’afflux de capitaux en dollars induit par les menaces américaines. Mais les capitaux vont affluer de nouveau pour conforter les capitaux déjà existants et qui sont à majorité européenne, ce qui rétablira les équilibres rompus sans préavis des investisseurs”. 

Cela veut dire que la baisse de la monnaie turque a été provoquée par un facteur psychologique qui a poussé les investisseurs à réduire la demande sur la livre. Mais comme la valeur de la monnaie change selon la loi de l’offre et la demande, la reprise logique de la demande par les investisseurs européens, présents en force en Turquie, devrait systématiquement rétablir l’équilibre de la livre.

Quand aux exportations turques vers l’Algérie, qui portent en gros sur des produits manufacturés et des biens d’équipements alors que la plupart des produits alimentaires turcs sont déjà suspendus à l’importation, dans le cadre d’un dispositif algérien de restrictions sur les importations, l’économiste observe que ces exportations sont surtout libellés en dollars.

Ceci pourrait se traduire par une meilleure compétitivité des produits turcs sur le marché algérien du fait de la baisse de la livre face au dollar, notamment pour ce qui est des articles d’habillement, le gros des magasins de vêtements pour bourses modestes étant alimenté par le marché turc.

“Soit on aura une plus grande compétitivité des produits turcs sur le marché algérien, s’ils bénéficient de la chute du cout de l’ouvraison en Turquie, soit on assistera à une stabilité en cas où les entreprises turques décident de compenser les pertes de la livre sur les marges à l’exportation”.

Cependant, “si nos commerçants s’amusent à profiter de cette situation pour augmenter leurs marges bénéficiaires, la baisse de la livre ne sera pas répercutée sur les prix des produits turcs importés en Algérie”. Il faut aussi savoir que les prix en Algérie dépendent aussi de la valeur du dinar sur les deux marchés de la devise et “si notre monnaie dévisse en même temps que la monnaie turque, l’effet sera nul en terme de prix”, soutient-il.

Quant aux exportations algériennes vers la Turquie, essentiellement constituées de gaz, l’économiste rappelle que ce marché n’obéit pas aux fluctuations de la monnaie locale, mais au cours mondiaux sur le spot et au cours négocié sur les contrats, qui se font en dollars.

En 2017, Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Turquie ont avoisiné les 4 milliards de dollars. La Turquie a été classée 6ème client de l’Algérie en 2017 avec des exportations algériennes de près de 2 milliards de dollars (+45% par rapport à 2016) et 6ème fournisseur de l’Algérie qui a, à son tour, importé auprès de la Turquie pour près de 2 milliards de dollars (+3,2%).

Les relations économiques entre l’Algérie et la Turquie enregistrent, depuis ces dernières années, une dynamique particulière à travers des partenariats industriels multisectoriels et un renforcement des échanges commerciaux.