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26/05/2018 15h:43 CET | Actualisé 26/05/2018 15h:43 CET

Chroniques ramadanesques - version Tunisienne: Prêts? À vos marques. Consommez! (Épisode 3)

Il existe une habitude, une façon d’être, une philosophie en soi, typique du ramadan à la Tunisienne.

FETHI BELAID via Getty Images

Synopsis : Alors que la consommation du Tunisien s’élève en moyenne de 30% durant le mois saint, c’est avec peine que les autorités tunisiennes parviennent à tempérer cette fièvre consommatrice et à freiner son cours.

Certaines habitudes et traditions ont au mois de ramadan, en Tunisie, un charme particulier: la rupture du jeûne en famille, les ballades dans les rues pavées de Sidi Bou Saïd où se côtoient l’enivrante odeur du narguilé et celle, alléchante, du bambalouni... 

Aussi sacrée que ces rituels, il existe une habitude, une façon d’être, une philosophie en soi, typique du ramadan à la Tunisienne.

C’est en fait une fièvre qui n’épargne rien ni personne, qui fait des ravages, qui vous rend fou, qui vous asservit.. La fièvre de la consommation.

Comme se préparant au siège de leurs villes par je ne sais quel ennemi, comme se tenant prêts à la fin du monde ou à la troisième guerre mondiale, les Tunisiens font leurs provisions pour le mois saint…

C’est la veille de ramadan.

Selim, jeune père de famille, ayant à peine quitté son poste de travail, se dirige à la hâte vers le marché le plus proche. Il compte acheter des provisions, faire sa “oula” pour le mois à venir. Et il sait ce qui l’attend…

À peine arrivé, c’est avec un mouvement de recul, et avec appréhension que Selim note l’ambiance au marché: grouillant comme des fourmis, occupant chaque centimètre carré, jouant des coudes pour se frayer un chemin d’un étal à un autre, ou patientant fébrilement en faisant la queue (car en peuple civilisé, nous attendons notre tour… même si celle-ci ressemble à tout sauf à une queue, l’intention y est… ), chacun s’active pour s’approvisionner de ce qu’il peut.

C’est avec une ardeur et une fougue particulières, qu’un instinct quasi-primal pousse tout ce beau monde à s’adonner à une partie d’achats quasi-compulsifs… C’est dans un état second, un véritable état de transe, que, fébrilement, on se saisit de ces centaines de grammes d’épices, que l’on demande à découper ce blanc de poulet, que l’on se sert ces fruits et légumes, ou que l’on fait disparaître ces feuilles de brik tant convoitées dans son panier... 

Et bien sur, hors de question de créer une file “parallèle”, comme sur les routes Tunisiennes, ou de manoeuvrer pour gagner une place ou deux. Tout se fait dans le respect, courtoisie et les bonnes manières. Et le sourire bien sur (ou ce qui y ressemble ..)!

Bousculé par un passant venant juste de s’engager dans cette folle course, Selim se ressaisit, prend une grande inspiration, et se lance dans ce brûlant bain de foule.

Arrivé à l’étal de l’épicier, Selim se dit que les familles nombreuses ne sont pas si rares que ça en Tunisie… Car tout s’achète en grande quantité, tout est bon à emporter, les étals sont rapidement dévalisés… Et les feuilles de brik sont déjà en rupture de stock à 15h! 

Il faudra en chercher ailleurs…Et c’est au prix d’un véritable parcours du combattant que Selim trouvera ces satanées feuilles de brik chez le 4ème épicier qu’il aura visité. “Ouf!” car inutile d’espérer rentrer à la maison sans cet ingrédient indispensable au dîner ramadanesque qui l’attendrait le lendemain…

Sa famille ne lui aurait jamais pardonné un tel affront! 

Et c’est la même fièvre, qui sévit chez le pâtissier.

Inutile d’espérer trouver la fameuse kounafa à cette heure-ci… dévalisée comme les feuilles de brik, emportée par la même folie furieuse précédant le mois saint de quelques heures…

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