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11/04/2018 17h:50 CET | Actualisé 11/04/2018 17h:55 CET

Chronique d'une femme

Je vécus toute ma vie telle une colombe dans une prison dorée, oppressée par le harcèlement parental et les normes sociales

AnastasiaRasstrigina via Getty Images

 

Amina (Nom d’emprunt) est une jeune fille instruite, à peine sortie diplômée de l’IHEC de Carthage. Cependant née dans une famille traditionnelle et conservatrice, ses parents refusent de laisser une jeune femme seule face à l’immensité de la capitale de Tunis, suite àun coup de téléphone soudain de leur part, ils lui posent un dilemme: se marier ou retourner à leurs côtés dans sa ville natale: Sfax .

Le contenu suivant relève d’une suite fictive.

Chronique d’une Femme

Je me retrouvais une nouvelle fois confinée dans cette même pièce. L’arme ultime destructrice de mes rêves de jeunesse et de mes vives lueurs d’espoir. Fixant et analysant ces murs que je ne connaissais que trop bien.

Je vécus toute ma vie telle une colombe dans une prison dorée, oppressée par le harcèlement parental et les normes sociales, portant dans mes gènes la flamme de la jeunesse rebelle et du renouveau que les embûches de la vie avaient éteints.

Pourquoi les femmes n’auraient-elles pas les mêmes droits que les hommes?

Pourquoi sont-elles en permanence soumise à une autorité masculine?

Pourquoi sont-elles refoulées et jugées par la société?

Je me posais continuellement ces questions, allongée sur du sable doré, frappée par le soleil et ses éclats lumineux, bercée par une légère brise, qui caressait régulièrement mon teint métissé et soulevait ma robe gitane colorée. Je contemplais la mer d’un regard vide et me noyais dans mes pensées. Je jetais souvent l’ancre à cet endroit précis et lançais ma nasse dans les profondeurs, dans l’espoir de happer réponses à mes interrogations. J’étais le poisson qui se fondait parfaitement dans son environnement et qui s’adaptait, qui était sans cesse à la recherche de sa voie et de sa destinée, qui était à la poursuite du succès, qui se débattait contre ses démons, mais, qui, sans cesse, se faisait harponner. Il se retrouvait ensuite dans un navire agonisant, brave et débattant. En quelques instants, il était passé de l’extase à l’enfer. Cet enfer là, c’était le mien.

Voici mon histoire.

Pendant des années, je menais une vie prude dans un minuscule habitat à Sidi Bou Said. C’était une maigre chambre de bonne à peine assez grande pour y circuler à deux. Cependant cela m’était égal, c’était mon refuge personnel. Il me ressemblait parfaitement. Ses murs étaient tapis de poésies que j’avais écrites et exposées, loin des regards de la société par laquelle ils étaient perçus comme provocateurs, jugés immoraux. J’étais une douce rose qui s’ouvrait délicatement: j’avais décroché mon diplôme. Cependant, mon père protecteur et violent refusait ma vie de célibat et d’indépendance: j’étais donc confrontée à un dilemme, rentrer à Sfax et renoncer à ma liberté que j’effleurais du bout des doigts ou m’engager dans une relation contractuelle et dépourvue de sentiments?

Ma décision était prise et trois mois plus tard, les dés étaient jetés et le contrat signé, celui du mariage ainsi que celui de ma liberté éternelle.

Pendant deux ans, on partageait le même domicile. J’étais loin de mon étroit studio étudiant et je demeurais désormais dans une immense Villa à Gammarth. Je côtoyais une classe sociale dont je ne pensais jamais franchir le seuil.

Seulement voilà; la brise de folie qui était en moi s’était envolée, cédant sa place à un souffle monotone qui rythmait mes journées platoniques .

Tous les jours, je me levais de bonne heure afin de lui préparer ses accoutrements, puis cet homme, qui m’était parfaitement inconnu, rejoignait son antre de capitaliste, et je me retrouvais seule, enfermée dans deux mille cinq cent mètres carré de marbre et de cristal. Nous étions deux inconnus qui cohabitaient et qui faisaient chambre à part. Pour lui, je n’étais qu’une fragile statue de porcelaine de plus qu’il exposait et dont il était fier. Il en voulait plus de moi, et j’avais peur de cet engagement, je n’étais pas prête. Quand il rentrait tard dans la nuit comme à son habitude, il se jetait sur moi telle une bête affamée qui se jetait sur un bout de chair et se servait de moi pour calmer ses ardeurs sexuelles. Seulement, cette nuit-là, il était particulièrement insistant. Je le repoussais, mais sa violence s’exprimait à sa place.

Je rentrais donc à Sfax, marqué d’un œil au beurre noir, symbole de mon échec. À la main, uniquement des ruines de poésie, synonyme d’une rêverie enfantine.

Je suis incomprise, ma famille qualifie mon choix d’ingratitude.

C’est donc ici que s’arrête mon histoire et mes jours, toujours entre ces quatre murs que je connais que trop bien.

Future is female, Free Woman .

Inspirée par l’histoire véridique d’Amina (Nom d’emprunt), 27 ans, combattante et résistante tunisienne.

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