MAROC
11/02/2015 13h:52 CET | Actualisé 11/02/2015 13h:56 CET

Affaire Chraïbi: Le ministre de la Santé El Hossein El Ouardi s'explique et assure vouloir réformer la loi sur l'avortement (INTERVIEW)

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Affaire Chraïbi: Le ministre de la Santé El Hossein El Ouardi s'explique et assure vouloir réformer la loi sur l'avortement

INTERVIEW - Le professeur Chraïbi, connu pour ses positions sur l'avortement, a été démis de ses fonctions en tant que chef de service à la maternité des Orangers de Rabat. Suite au tapage médiatique provoqué par cette décision, le ministre de la Santé, El Hossein El Ouardi, s'explique.

HuffPost Maroc: Le professeur Chraïbi a été destitué de ses fonctions de chef de service après sa participation à une émission polémique sur l’avortement. Comment justifiez-vous cette décision?

El Hossein El Ouardi: Ce n’est pas moi qui ai pris la décision. Chaque établissement universitaire nomme une commission scientifique, dont le président est le doyen de la Faculté de médecine, nommé par le ministère de l’Enseignement. Dans cette commission siègent des enseignants-chercheurs qui sont élus. Parmi leurs attributions essentielles, ils nomment les chefs de service, mais peuvent aussi les destituer en cas de problème grave de gestion. C’est ce qui s’est passé avec le docteur Chraïbi. Il a été démis de ses fonctions de chef de service à cause de sa gestion, et non pour ses idées.

Chafik Chraïbi réfute néanmoins les arguments avancés, qu’ils juge injustifiés…

Dans le rapport qu’elle m’a remis, la commission reproche au professeur Chraïbi plusieurs choses: l’émission de France 2 a été tournée sans autorisation préalable, le CHU et le doyen n’ont pas été mis au courant, des étudiants stagiaires ont été impliqués dans le tournage sans leur accord. La commission a également soulevé des problèmes éthiques et déontologiques graves: une des collègues du professeur a été filmée à son insu, elle a d’ailleurs écrit une lettre au doyen pour se plaindre. Des parturientes ont également été filmées à visage découvert. Le mari d’une d’entre elles s’est plaint. La commission a donc statué.

Cela n’a donc rien à voir avec ses positions sur l’avortement?

Je le répète: si l’émission portait sur les fractures du col du fémur, cela aurait été la même chose! C’est un problème de mauvaise gestion et non de point de vue. Les médias n’ont cessé de dire que j’avais démis le professeur Chraïbi de ses fonctions par conservatisme. C’est totalement faux. J’ai toujours été sur la même longueur d’ondes que le professeur, et je soutiens l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC) qu’il dirige. Nous avons les mêmes idées. En 2012, il était venu me voir dans mon bureau pour solliciter mon aide. Il voulait organiser un congrès international pour sensibiliser les gens sur l’avortement clandestin et les grossesses non désirées. Il voulait que ce congrès se fasse sous le patronage du ministère de la Santé, ce que j’ai accepté.

La décision a créé un gros mouvement de solidarité sur les réseaux sociaux, certains appelant à réformer la loi sur l’avortement. Est-il temps de le faire?

Oui. Je milite, comme lui, pour réformer la loi sur l’avortement, que je trouve dépassée et qui punit les femmes en situation difficile qui veulent avorter et les intervenants médicaux qui souhaitent les aider. Il faut légaliser l’avortement dans certaines conditions (troubles psychiatriques, inceste, malformations). Je suis plus que convaincu qu’il faut ouvrir le débat sur cette question, et je vous parle à la fois en tant que ministre et médecin. Néanmoins, le débat est difficile et ce n’est pas moi qui fais les lois, ce sont les parlementaires. Le professeur Chraïbi y va un peu trop directement, alors que moi, en homme politique, je suis obligé d'être plus prudent.

Le professeur dit vous avoir sollicité depuis qu’il a appris la nouvelle, mais il est resté sans réponse…

Je ne me sens pas obligé de lui répondre. S’il veut des explications, il peut appeler le doyen ou la commission. Ce n’est pas moi qui ai pris cette décision. Aucun représentant du ministère de la Santé ne fait partie de cette commission. Les enseignants-chercheurs ont statué, je les ai écoutés. Et quelle que soit ma réponse, il risque de mal l’interpréter. Il peut toujours saisir un tribunal administratif s’il n’est pas satisfait de cette décision.

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