TUNISIE
07/06/2018 18h:11 CET

Chemseddine Marzouk, celui qui offre une sépulture aux migrants morts en mer: "L'humanité est le dernier souci de l'État Tunisien"

En réaction à l'indifférence de l’État qui n'a toujours pas aménagé de cimetière pour les migrants africains.

Chemseddine Marzouk

Chemseddine Marzouk, ce Tunisien qui s’est chargé depuis 12 ans maintenant d’assurer un enterrement digne aux cadavres de migrants africains échoués sur le côtes de Zarzis, dans le sud tunisien, s’attaque aujourd’hui à l’État tunisien qui reste indifférent à ses demandes pour un terrain où il pourra continuer à enterrer les naufragés.

Dans une déclaration accordée au HuffPost Tunisie, Chemseddine ne s’est pas retenu d’exprimer sa vive colère face à ce qu’il qualifie d’insouciance criante des autorités tunisiennes à l’égard du sort de ces cadavres.

Chemseddine n’a qu’un seul souhait: Avoir plus d’espace à sa disposition pour continuer sa mission.

Mais les choses semblent compliquées et le volontaire n’est toujours pas arrivé à obtenir un terrain à Zarzis.

 

L'humanité est le dernier souci de l’État tunisienChemseddine Marzouk

Pour lui, enterrer ces “africains” en toute dignité n’a jamais été une préoccupation de l’État.

“Comment peut-on être aussi insensible à la dignité humaine? Nous serons la risée du monde si jamais on découvre que notre gouvernement est incapable de fournir le minimum nécessaire pour assurer la dignité de ces pauvres gens” s’était-il écrié.

Chemseddine soupçonne un fondement raciste à la marginalisation nationale et internationale de cette question: “Certains pensent qu’ils sont moins que rien”, fustige-t-il.

Le croissant rouge tunisien qui s’occupe des migrants en Tunisie, s’entretient aujourd’hui, le 7 juin 2018, avec les parties concernées de l’État. Selon Chemseddine, il y aura également une réunion qui traitera de ce problème demain à l’ambassade de France.

S’agissant du rôle de l’ambassade de France dans la gestion d’affaires qui reviennent de toute évidence à l’État Tunisien, Chemseddine explique la délicatesse de la situation qui concerne également toute autre ambassade souhaitant apporter son aide.

En effet, selon lui, des ambassades ont exprimé à plusieurs reprises leur souhait d’apporter leur aide, en particulier lorsqu’il s’agit d’affaires humanitaires comme celle-là, mais, explique Chemseddine, “elles ne peuvent pas intervenir si l’État tunisien n’a pas clairement demandé de l’aide”.

Cette aide que Chemseddine souhaite tellement, ne sera jamais exprimée par le gouvernement tunisien pense-t-il.

L’histoire de la mission humanitaire volontaire de Chemseddine a été largement médiatisée l’année dernière après la grande vague d’immigration vers l’Europe qui a vu la mort de dizaines d’Africains sub-sahariens noyés et échoués sur les côtes tunisiennes.

Plusieurs associations et personnes ont réagi à son appel, et chacun, avec le peu qui lui est donné, a essayé de faire passer le message.

La chaîne de télévision française France24 s’était invitée à Zarzis pour faire un reportage sur “Le cimetière des inconnus” dont s’occupe Chemseddine depuis des années. Son travail a été également couvert par TV5 Monde et l’Agence France Presse.

 

Le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux (FTDES) appelle, via un communiqué publié le 14 septembre, le gouvernement tunisien à assumer ses responsabilités et intervenir rapidement afin d’attribuer un des terrains appartenant à l’État ou à la municipalité de Zarzis, comme cimetière pour les victimes d’immigration clandestine.

Le communiqué est intitulé “Jusqu’à quand enterrerons-nous les morts dans une décharge municipale?”

Il a également appelé à fournir un véhicule pour le transport des cadavres, qui se faisait jusqu’alors dans des camions prévues au transport de déchets. 

FTDES

Chemseddine a d’ailleurs déclaré qu’il a à chaque fois énormément de difficultés à trouver comment transporter les corps. Il a ainsi généralement recours à des amis, ou encore à la voiture personnelle du président du croissant rouge à Médenine.

Selon lui, le FTDES lui a même proposé de l’aider dans l’identification des cadavres à l’aide de l’empreinte génétique (ADN).

“Une proposition pareille aurait dû venir de l’État.” déplore Chemseddine.

Après le naufrage de Kerkennah le dimanche 3 juin 2018, près de 20 cadavres de non-Tunisiens, issus essentiellement de pays de l’Afrique subsaharienne, ont été entreposés dans une morgue à Sfax, en attendant de trouver un espace où les enterrer. Les cadavres demeureront ainsi jusqu’à nouvel ordre.

Pour le moment, il n’y a selon Chemseddine, aucun signe de dénouement du problème.

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