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08/08/2019 13h:42 CET | Actualisé 08/08/2019 15h:27 CET

Cheikh Mourou, le Makários tunisien?

Chypre a eu l’archevêque Makários, la Tunisie aura (peut-être) cheikh Mourou.

Nicolas Fauqué via Getty Images

Chypre a eu l’archevêque Makários, la Tunisie aura (peut-être) cheikh Mourou.

La République de Chypre a été présidée avant et après sa partition par l’archevêque orthodoxe Makários III. Il a été élu démocratiquement président en 1959, il restera en fonction jusqu’à son décès en 1977 à part une courte période de quelques mois durant laquelle il a été déposé en 1974 au moment de la partition de l’île. Makários était président, portait la barbe et le couvre-chef noir des moines orthodoxes. Bref, c’était un religieux orthodoxe avec son look de religieux orthodoxe à la tête de l’État. Il était connu comme un équilibriste politique, un homme qui n’appartenait à aucun axe et un personnage charismatique.

Cheikh Mourou président aura quelque chose de Makários. C’est un religieux. Certes la jebba et la chechia sont nos habits traditionnels et ne sont pas des habits religieux. Il n’y a pas que les religieux qui les portent mais Mourou est un religieux et “la3méma” (le turban blanc) qu’il porte autour de sa chéchia le confirme. Donc Mourou président fera de lui une sorte de Makários tunisien. Maintenant, venons-en au personnage.

Abdelfattah Mourou est l’un des trois pères fondateurs de l’islamisme tunisien avec Rached Ghannouchi et Hmida Ennaïfer. Ils sont à l’origine du premier noyau de ce qui deviendra le MTI (Mouvement de la tendance islamique). Ce mouvement traversera la décennie 1970 dans la clandestinité et sera boosté à l’Université suite à la révolution islamique de Khomeini en Iran en 1979. En 1981, c’est la fondation officielle du MTI. Il deviendra Ennahdha en 1989. Cheikh Mourou accompagna tout le cheminement du mouvement islamiste tunisien, de la période de recrutement dans les mosquées jusqu’à l’annonce mardi 6 août 2019 par Ennahdha qu’il sera son candidat à l’élection présidentielle de septembre prochain. Il aura connu la prison dans le début des années 1980 puis l’exil en Arabie saoudite et le retour en Tunisie en 1988. Puis, de cette année jusqu’en 2011, son passeport fut confisqué et il restera surveillé de très près. Il a vécu plus de deux décennies dans une guerre des nerfs que lui a livré cyniquement l’ancien régime. Après 2011, sa relation avec son vieux compère Ghannouchi connaîtra des hauts et des bas.

Il tranche par sa différence de personnalité avec le chef historique des islamistes tunisiens, Rached Ghannouchi. Ghannouchi est un calculateur froid, un homme distant, dépouillé de charisme et rusé. Quant à cheikh Mourou, tout le monde reconnait son charisme, son humour et le lien qu’il a tissé avec les Tunisiens. Beaucoup de personnes qui ne sont pas partisans d’Ennahdha ont été séduites par l’urbanité et le charisme du personnage. Il n’en demeure pas moins qu’il s’est toujours fait remarqué par sa roublardise et sa versatilité politique. D’où son surnom de caméléon sur les réseaux sociaux. Une capacité à dire tout et son contraire. Sans parler de l’ambiguïté du personnage. Les Frères musulmans, de par le monde, s’opposent ouvertement au soufisme, le considèrent comme relevant de l’hérésie (bid’ah) et le condamnent ouvertement. C’est l’un des très rares, peut-être le seul islamiste qui n’a rien contre le soufisme et qui se rend lui-même au mausolée de Sidi Belhassen Chedly.

Sa personnalité singulière dans la sphère islamiste ne peut en rien occulter son identité politique islamiste, son passé qui est celui de l’un des pères fondateurs de l’islamisme tunisien et de personnalité connue et reconnue dans l’International islamiste (Attandhim al dawli lil Ikhwèn al moslimin) où il a représenté Ennahdha à plusieurs reprises. Il sera candidat d’Ennahdha à l’élection présidentielle du mois prochain et je pense que c’est normal. Tout parti qui se respecte doit présenter un candidat à l’élection présidentielle et assumer cette participation quelque soit l’issue du scrutin. On verra bien si Cheikh Mourou deviendra ou pas le Makários tunisien.

Note de l’auteur: Cette tribune est une lecture du profil et de la personnalité de Cheikh Abdelfattah Mourou. La lecture et l’analyse de cette candidature a été réalisée par le journal Le Maghreb et vient compléter cette contribution”

 

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