MAROC
23/10/2018 17h:45 CET

Chaïbia, Fatima Hassan et Radia Bent Lhoucine réunies au MMVI pour un voyage aux sources de l'art

Une soixantaine d’œuvres iconiques de pionnières de l'art spontané au Maroc seront exposées.

Musée Mohammed VI d'Art Moderne et Contemporain

CULTURE - Après avoir reçu, en mars 2017, les œuvres de 26 artistes marocaines de différents horizons, le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) de Rabat met une nouvelle fois l’art féminin à l’honneur à travers une exposition qui nous plonge dans la mémoire collective par le biais de l’art pictural.

Baptisée “Chaïbia Talal, Fatima Hassan El Farrouj, Radia Bent Lhoucine: voyage aux sources de l’art”, cette exposition réunit les œuvres de trois pionnières de l’expression artistique spontanée au Maroc. Une exposition de formes et de couleurs à découvrir dès aujourd’hui et jusqu’au 23 janvier.

“Nous sommes très fiers de présenter le travail de ces trois grandes dames. C’est une façon pour nous de souligner l’importance de la femme en tant que moteur de la société, puisque Chaïbia Talal comme Fatima Hassan El Farrouj ou Radia Bent Lhoucine ont ouvert une voie de liberté à travers l’art pictural”, déclare Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées (FNM), ajoutant que l’événement est une sorte d’avant-goût de l’édition inaugurale de la Biennale de Rabat prévue pour 2019 et qui aura pour thème la création au féminin.

Le musée a ainsi choisi de proposer une lecture globale des travaux des trois artistes, qui s’articulent autour de plusieurs thèmes récurrents, allant des scènes de fêtes à l’ornement en passant par le portrait. Le tout, subtilement distillé en trois salles d’expositions auxquelles s’ajoutent trois espaces dédiés aux projections de films documentaires, pour une véritable balade dans l’imaginaire collectif de ces femmes qui ont comme point commun, outre l’approche non académique de l’art, leur origine rurale imprégnée par les traditions populaires du Maroc.

L’exposition met également en valeur la manière avec laquelle chaque artiste investit l’espace. “Quand on observe l’oeuvre de Radia Bent Lhoucine, on voit essentiellement des trames verticales et des lignes qui découpent son travail, ceci reflète le rapport de Radia avec le métier à tisser parce qu’elle était tisseuse”, nous explique Abdelaziz El Idrissi, directeur du MMVI et commissaire de l’exposition.

“Aussi, nous verrons chez Fatima Hassan une autre façon de traiter son espace, très imprégné par les dessins de tatouages au henné. Dans plusieurs de ses œuvres, on retrouve un style très africain, proche de la peinture malienne”, poursuit-il.

Fatima Hassan Farrouj
Fatima Hassan Farrouj (1945-2011)

“Lorsqu’on parle d’expression spontanée, on parle de couleurs remplissant une surface qui est parfois surchargée. Chez Fatima Hassan, nous retrouverons cette saturation. C’est également le cas chez Chaïbia, pendant une période. Ce qui est différent chez cette dernière, c’est qu’elle a su se développer parce qu’elle avait la possibilité d’avoir une ouverture sur l’extérieur. Son oeuvre est particulière pour ça” souligne Abdelaziz El Idrissi.

Chaïbia Talal
Chaïbia Talal (1929-2004)

Interrogé sur la polémique lancée notamment par Hossein Talal, le fils de Chaïbia, mécontent de voir les œuvres de sa mère présentées dans une exposition collective et non individuelle (comme ce fut le cas pour Ahmed Cherkaoui en mars dernier), Abdelaziz El Idrissi explique “ne pas vouloir alimenter une polémique qui n’a pas lieu d’être”.

“Nous avons reçu beaucoup de critiques concernant cet événement”, déplore-t-il. “Il faut savoir que nous ne sommes pas une simple galerie, mais une institution qui a avant tout un rôle pédagogique. Nous avons dû faire un réel travail pour donner une cohésion à l’exposition. Le but n’est pas de mettre en confrontation les œuvres de ces artistes - bien que cela soit la tendance actuellement des accrochages en Europe - mais de dévoiler un parcours pédagogique, simple et homogène”, se défend-il.

Radia Bent El Houcine
Radia Bent El Houcine (1912-1994)

Si les artistes ont plusieurs points communs, chacune d’entre elles se caractérisait par une sensibilité singulière et un penchant pour des thématiques particulières. Ainsi, le thème du portrait par exemple, récurrent chez Chaïbia, domine ses œuvres. De même, le thème des festivités, très cher à Fatima Hassan, lui sera plus ou moins consacré. Le thème bestial très présent dans les oeuvres de Radia Bent Lhoucine, est mis en lumière dans son travail.    

“Ce qui nous a intéressé, avec cet accrochage, ce n’est pas seulement la valeur marchande de l’oeuvre, mais sa valeur intrinsèque. C’est pour cela que vous verrez une oeuvre de grande dimension associée à une oeuvre de petite dimension ou encore des salles entièrement consacrées à une thématique”, explique encore le commissaire d’exposition.

En bref, le MMVI de Rabat nous propose un retour aux sources hautement coloré, qui se dessine comme une promenade dans les mondes imaginaires de trois icônes de l’art pictural marocain. Une soixantaine d’œuvres pour s’évader dans les univers féminins de ces artistes au destin exceptionnel.