MAROC
17/04/2018 12h:28 CET

CGEM: Hakim Marrakchi, itinéraire d’une ambition

Face à Salaheddine Mezouar, sera-t-il élu “patron des patrons”?

Capture ecran/Inwi

CGEM- Prenez dix adhérents influents de la CGEM, enfermez-les dans une pièce et demandez-leur quel est le favori pour présider le mois prochain l’organisation patronale marocaine, et vous n’obtiendrez probablement aucune réponse, tant l’attentisme semble être le sentiment qui prévaut au sein de l’institution. De mémoire de CGEM - habituée à la cristallisation du consensus longtemps avant la désignation de son patron- jamais l’on n’avait assisté à un duel dont l’issue semble aussi incertaine. Tour à tour présenté comme challenger, puis plus récemment comme favori, Hakim Marrakchi met en avant son profil d’entrepreneur pour prétendre au fauteuil occupé aujourd’hui par l’incontournable Miriem Bensalah-Chaqroune.

Taiseux en public mais volontiers volubile en privé et doté d’un humour décapant selon ceux qui l’ont cotoyé, Hakim Marrakchi se prévaut en effet de sa longue expérience d’industriel pour assoir sa légitimité pour présider aux destinées de la CGEM. Il compte également sur sa longue présence au sein des instances dirigeantes de cette dernière –il en fut vice-président de 2009 à 2012 et était jusqu’à hier le patron de l’international- pour convaincre ses pairs de porter leurs voix sur lui. Enfin, Marrakchi a construit au fil de ses années de présence au sein des associations professionnelles un véritable réseau d’alliances transversales, qu’il compte bien mettre à profit pour arracher le bureau d’angle de la CGEM.

″À la différence de son adversaire qui fut tour à tour salarié puis homme politique, Marrakchi est l’incarnation d’une certaine forme de capitalisme marocain familial, courante au sein du tissu de grosses PME de la capitale économique marocaine. Cela rassure un certain nombre d’adhérents qui se reconnaissent en lui, là où ils voient en Salaheddine Mezouar l’intrusion du politique dans leur agenda”, confie au Huffpost Maroc un dirigeant actuel de l’institution. 

Un connaisseur des défis de l’industrie marocaine

Diplômé de la prestigieuse école de commerce ESSEC, également mathématicien, Hakim Marrakchi dirige depuis de nombreuses années Maghreb Industries, une entreprise leader dans la production de confiseries et de chewing-gum, que les Marocains connaissent surtout à travers son produit star “Flash Wondermint”. Sous sa houlette, l’entreprise qu’il contrôle à travers la holding familiale HN Omal Holding s’est transformée profondément, inaugurant récemment de nouvelles unités industrielles flambant neuves financées grâce au concours de la BERD.

Au-delà du déménagement du siège, la majorité de l’énergie utilisée par ces unités industrielles est issue du renouvelable grâce à des panneaux solaires disposés sur les toits, ce qui constitue un motif de fierté pour Marrakchi, prompt à faire l’article de son entreprise, qu’il présente comme un “champion” de la transition climatique. Autre atout mis en avant par l’industriel: son savoir-faire en matière de négociation syndicale. Alors qu’une vingtaine de salariés s’opposait au déménagement de Aîn Sebaa vers Nouaceur en 2017, Marrakchi a réussi à dégager un accord majoritaire grâce un climat social basé sur la concertation, ce qui a permis à l’entreprise de surmonter cette phase toujours délicate.

Avec un chiffre d’affaires de 215 Mdh en 2016 et près de 400 employés, Maghreb Industries n’est toutefois pas un poids lourd industriel du paysage national, mais l’entreprise n’en constitue pas moins l’incarnation d’un passage de flambeau familial réussi, ainsi qu’un exemple de compagnie tournée vers l’export puisque ses produits sont commercialisés en Turquie ou aux États-Unis. Surtout, Maghreb Industries a constitué pour Hakim Marrakchi une plateforme d’observation unique des défis qui attendent l’industrie marocaine. Longtemps assise sur une position dominante grâce à ses produits phares notamment dans le Chewing-Gum, Maghreb Industries a dû faire face à l’entrée massive de produits concurrents au cours des quinze dernières années, et a su faire mieux que résister: elle s’est réinventée.

Un face-à-face serré

Reste désormais à l’entrepreneur à faire la démonstration de sa capacité à diriger une institution qui nécessite un subtil mélange de fermeté et de doigté, composée de baronnies à l’enchevêtrement complexe. Comme Mezouar, Marrakchi, s’il est élu à la tête de la CGEM devra surtout endosser un costume de “patron des patrons” à l’envergure démultipliée depuis le passage de Miriem Bensalah-Chaqroune. Or, paradoxalement, c’est précisément sur le terrain international, devenu ultra-stratégique sur fond d’offensive marocaine en Afrique, que Hakim Marrakchi aura le plus de mal à être opérationnel rapidement, malgré son expérience à la tête de la commission des affaires internationales de l’institution. En bref, face à Salaheddine Mezouar, le carnet d’adresse international de Hakim Marrakchi ne ferait pas le poids à l’heure ou la CGEM est devenu un instrument fondamental du “soft power” marocain.

Mais cette carence est balayée d’un revers de la main par ses soutiens, qui estiment qu’il vaut mieux “avoir Marrakchi comme président, car il aura la légitimité de diriger les patrons sans que ne lui soient prêtées des arrière-pensées politiques. De plus, Mezouar connait surtout des ministres à l’étranger, là où Marrakchi dispose d’un réseau de chefs d’entreprises”. Plus que quelques semaines avant de connaître le résultat de ce roman-feuilleton.