22/05/2015 10h:54 CET | Actualisé 22/05/2015 10h:55 CET

CFC Authority soutient la digitalisation de l'Afrique

RÉVOLUTION DIGITALE - CFC Authority vient d'organiser une conférence sur la digitalisation de l'Afrique et les opportunités qu’elle ouvre pour les opérateurs économiques. Le Huffington Post Maroc y était. Compte-rendu.

"Africa 2.0: opportunités et défis de la digitalisation sur le continent". Voici le thème de la conférence organisée par CFC Authority le 19 mai dernier. La première d'un cycle de rencontres lancé cette année par l'autorité gestionnaire de la place financière de Casablanca à l'adresse de son écosystème composé jusque-là de plus de 70 compagnies nationales et internationales.

"La révolution digitale ne fait que commencer et nécessitera une prise de conscience généralisée accompagnée d'une vision stratégique et d'une implication forte des diverses parties prenantes afin de saisir pleinement le potentiel numérique en Afrique", notent les organisateurs. Pour discuter de cette révolution digitale et de ses implications sur le continent, CFC Authority a donné la parole à un parterre d'intervenants de grande qualité: Mohamed Dembele de PWC, Bastien Moreau du site marchand Jumia Maroc, le spécialiste du management et de la communication interculturel Denis Lannel, Salima Haddour de l'agence Hopscotch Africa ou encore Emmanuelle Herve, dirigeante de l'agence Astrolab, basée à Paris et opérant en Afrique depuis Casablanca.

Un gap à rattraper

Présentant l'état des lieux de la digitalisation du continent, le spécialiste des télécoms Mohamed Dembele a établi un diagnostic sans concession. Selon lui, l'Afrique est encore à la traîne dans ce domaine, comparé à d'autres continents. "Alors que l'on parle aujourd'hui dans le reste du monde de la 5G, on compte en Afrique à peine 5 opérateurs qui disposent de la 4G", constate-t-il.

Pour lui, d'énormes difficultés subsistent encore, comme l’électrification du monde rural. "Comment peut-on parler de révolution digitale alors que le taux d’électrification en Afrique est d'à peine 30%. Dans certaines contrées, les gens n'ont même pas de quoi recharger leur mobile", ajoute-t-il.

Le continent présente malgré tout un fort potentiel en termes de digitalisation. Les indicateurs présentés par le dirigeant de PWC sont à ce titre à édifiants. Avec 650 millions d'abonnés en 2013, l'Afrique reste en effet la région la plus dynamique du monde en terme de croissance du mobile. Idem pour Internet, où le taux de pénétration progresse en moyenne de 24% depuis 2009.

Cette croissance d'Internet alliée à l'explosion du mobile permettra selon les différents intervenants de sauter des générations technologiques, le fameux Leapfrog.

S'adapter pour réussir

Le directeur général de Jumia Maroc ne dit pas autre chose. Pour lui, "l'accès à Internet en Afrique ne passe pas par l'ordinateur, mais par le mobile. C'est ce qui va accélérer la digitalisation du continent, et faciliter, entre autres, l'accès à la consommation", explique Bastien Moreau.

Exemple du Nigéria, où notre homme avait lancé la Marketplace de Jumia Nigéria. "Quand j'ai visité la première fois le pays, j'ai été choqué par le manque d'espaces commerciaux. A Lagos, ville de 20 millions d'habitants, il n'y a pas de centre-ville où les gens peuvent faire leur shopping. La digitalisation permet donc de faciliter l'accès de la population aux produits de consommation", témoigne-t-il. Seule condition: s’adapter aux spécificités du continent.

"Jumia a dû adapter son business model pour percer en Afrique. Sur le continent par exemple, la majorité des transactions sont payées à la livraison, contrairement à ce qui se fait aux USA ou en Europe. On a dû aussi développer des plateformes bilingues pour répondre à la diversité linguistique des pays où on est présent", explique-t-il.

L'Afrique se socialise

Au delà du commerce pur et dur, cette digitalisation permet selon les intervenants d'ouvrir de nouveaux espaces de communication pour les entreprises et les dirigeants. Chams Diagne en sait quelque chose, lui qui était en charge de l'expansion du réseau professionnel Viadeo en Afrique, entre 2011 et 2015. "L'Afrique est confrontée actuellement à la problématique des ressources humaines, il faut des cadres qualifiés pour accompagner le développement du continent. Le digital permet justement aux entreprises de toucher de nouveaux cercles, d'élargir leur base de recherche à l'international, et d'attirer ainsi des talents de la diaspora par exemple", signale-t-il, citant l'exemple de LinkedIn et de Viadeo, deux plateformes qui comptent à elles deux pas moins de 400 millions de membres. Autant de candidats pour booster les performances des entreprises africaines...

Du RP sur Facebook

La montée en puissance de réseaux comme Facebook ou Twitter est aussi une opportunité pour les compagnies africaines. Moins axés sur le recrutement ou le tissage de réseaux professionnels, ces deux canaux connaissent également un fort engouement sur le continent.

Preuve par ce chiffre : le nombre d'utilisateurs de Facebook sur le continent a doublé en moins d'une année pour atteindre 100 millions de membres en 2014. "L'individu africain est aujourd'hui de plus en plus connecté, informé et engagé. Cela représente une belle opportunité pour les entreprises qui veulent communiquer sur leurs marques ou produits et entretenir leur image auprès des consommateurs", explique la spécialiste de la communication d'entreprise, Salima Haddour de l'agence Hopscotch Africa.

Une agence basée à Casablanca, labellisée CFC et qui met en place des campagnes de relations publiques digitales à l'échelle du continent. Des outils nouveaux de com' qu'il ne faut surtout pas prendre à la légère, comme l'a si bien précisé la dirigeante d'Astrolab, Emanuelle Herve, grande spécialiste de la gestion de la réputation.

"Dans les réseaux sociaux, on parle souvent d'un effet Tripadvisor. On fait plus confiance à quelqu'un qui nous ressemble. Jamais aux journalistes, ni aux décideurs. C'est donc là où il y a la vérité, mais aussi le pouvoir", explique-t-elle, citant des cas de campagnes ou d'opérations mal gérées qui ont tourné au scandale. Une donne qui fait d'Internet et des réseaux sociaux une zone de non droit, et appelle donc son utilisateur à connaître d'abord l'outil, la culture de ses utilisateurs, avant de décider de s'y jeter.

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