ALGÉRIE
08/11/2019 20h:06 CET

"Cette révolution est une bénédiction": Une discussion entre un optimiste et un pessimiste

38e vendredi: Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Alger mais l'entêtement du pouvoir à ignorer la contestation et à vouloir tenir la présidentielle du 12 décembre agace de plus en plus de monde.

RYAD KRAMDI via Getty Images
Des manifestants lors du 38e acte du mouvement populaire à Alger, le 8 novembre 2019.

Retraité d’un poste de contrôleur dans le secteur du tourisme, Mokrane passe l’après-midi du vendredi à manifester depuis le 22 février, mais en ce 8 novembre, 38e rendez-vous du mouvement populaire, il a décidé de passer du temps à essayer de convaincre ce qu’il appelle un “pessimiste”. 

“Tu es ici, toi. Même si tu doutes, il faut continuer à sortir”, dit-il à Sid Ahmed, un manifestant quadragénaire qui a noté la baisse de la mobilisation depuis la semaine dernière et les grandes marches du 1er novembre et a exprimé des doutes sur la capacité du mouvement à faire échouer la présidentielle contestée du 12 décembre, contrairement à celle du 4 juillet annulée sous la pression de la rue.

La discussion a eu lieu aux alentours de la Grande Poste en attendant la fin de la prière du vendredi et l’arrivée du gros des manifestants qui ont marché plus tard sous la pluie cette fois.

 

Des dizaines de milliers de personnes ont marché contre la tenue la présidentielle et revendiqué l’instauration d’un “Etat civil et non militaire”. Ces manifestations interviennent au lendemain d’un énième discours du chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, dans lequel il a réaffirmé la volonté du pouvoir à faire aboutir l’élection.

L’entêtement des autorités fait face à un rejet de la rue qui exige comme préalable le départ des figures associées au président déchu Abdelaziz Bouteflika, à leur tête Ahmed Gaïd Salah mais aussi le premier ministre Noureddine Bedoui que beaucoup soupçonnent d’avoir superviser la fraude électorale quand il a été ministre de l’Intérieur.

“Ils sont déterminés cette fois, ils ont leurs candidats et tout. Il faudrait que des milliers sortent le jour de l’élection dans chaque commune pour qu’elle échoue”, explique Sid Ahmed devant son interlocuteur souriant, avant d’affirmer que ça se jouera entre Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune, les deux anciens premiers ministres sous l’ancien chef de l’Etat.

 

“Ce discours décourage les gens”

“J’entends beaucoup de personnes parler comme ça. Ce discours décourage les gens qui manifestent”, réplique Mokrane. “Le peuple peut boycotter massivement l’élection. Le pouvoir ne peut pas avoir de légitimité aux yeux du monde avec un taux de participation de 20%”, ajoute-t-il. 

Sid Ahmed, sceptique, lui explique que les autorités vont, selon lui, annoncer un taux qui les arrange. Ce à quoi le retraité répond que les choses ont changé cette fois, que les smartphones et la mobilisation vont aider à exposer la fraude électorale. 

“Cette révolution est une bénédiction. Il faut être optimiste pour la réussir”, ajoute Mokrane. Sid Ahmed croit de son côté que la tenue de l’élection sera un échec pour le mouvement populaire. 

 

Si Mokrane et beaucoup d’autres gardent la foi, de nombreuses personnes ont exprimé leur agacement après l’annonce, prévisible, des 5 noms retenus pour la présidentielle samedi 2 novembre, ignorant les manifestations géantes de la veille qui a coïncidé avec le 65e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération. 

“Et maintenant, on fait comment? On reste là à répéter des slogans et des chants?”, a écrit un jeune manifestant sur sa pancarte, utilisant son parapluie comme support. “Je ne sais pas quoi faire, mais il faut en discuter ici, car il est clair que les manifestations ne dérangent pas assez”, dit-il.

Hamdi Baala
Un manifestant lors du 38e vendredi du mouvement populaire à Alger, le 8 novembre 2019.

Selon la loi électorale, la campagne devrait commencer le 17 novembre prochain, quelques jours avant que le mouvement populaire ne boucle son neuvième mois. Une durée qui illustre une grande détermination mais qui explique à la fois la baisse relative de la mobilisation et la frustration que certains manifestants ressentent. 

“Neuf mois ou un an, ce n’est rien. La guerre de libération a duré 7 ans et nous avons obtenu notre indépendance à la fin”, relativise Mokrane.