TUNISIE
09/01/2019 15h:44 CET | Actualisé 09/01/2019 16h:14 CET

Cette ex-inspectrice générale au ministère de l'Éducation tire la sonnette d'alarme sur la situation du secteur

80% des enseignants du primaire n'ont pas de diplôme universitaire

La situation des recrutements au sein du corps éducatif, plus précisément dans les rangs des enseignants des écoles primaires, est alarmante, a affirmé Chadia Mhirsi, consultante, chercheuse et ex-inspectrice générale de l’éducation au ministère de l’Education, dans une interview sur Express FM, durant laquelle celle-ci a également tiré la sonnette d’alarme quant à la situation générale du système éducatif tunisien.

80% des enseignants du primaire ne sont pas diplômés universitaires

Selon elle, plus de 80% des enseignants du primaire ne sont pas diplômés universitaires. Un chiffre effarant quand on le compare à des systèmes éducatifs étrangers, où 80% des enseignants en primaire détiennent un diplôme universitaire.

Elle impute ce chiffre aux défaillances de recrutement des enseignants, qui ne sont généralement pas bilingues et ne possèdent pas de bonnes connaissances en informatique. Pour elle, les enseignants doivent également avoir un bon niveau en sciences.

“Il faut avoir le courage d’introduire un enseignement multilingue des sciences. Les enfants se retrouvent à changer de langue d’enseignement des sciences entre le primaire et le secondaire” estime-t-elle.

“Une décision très grave”

Revenant sur le retrait de la Tunisie du programme PISA, Chadia Mhirsi déplore cette décision du ministère, la jugeant grave.

“Nous avons cassé le thermomètre. Nous recevions plein de données utiles sur notre éducation, mais malheureusement cette décision hypothéquera encore plus l’éducation en Tunisie” a-t-elle regretté, soulignant qu’au moment où d’autres pays comme l’Algérie et le Maroc s’apprêtent à entrer dans ce programme, la Tunisie décide de se retirer.

“C’est une décision qui pourra influencer aussi les décisions de financement de la Banque Mondiale et du FMI” ajoute Chadia Mhirsi.

L’abandon scolaire touche le primaire

Ce retrait s’accompagne d’un recul des performances des élèves en Tunisie, où le taux de redoublement a augmenté atteignant les 18%, un taux déterminant d’un phénomène qui mène directement à l’abandon scolaire. “Un élève sur cinq redouble, ceci est extrêmement grave”.

Le taux de réussite au concours de Baccalauréat a également diminué affirme Mhirsi, ajoutant que l’abandon scolaire touche également le cursus primaire.

“Certains élèves âgés de 9 et 10 ans sont toujours en première année primaire, et passent à l’année suivante par l’ancienneté. Les systèmes éducatifs qui se veulent efficaces agissent en amont, afin d’éviter ce genre d’échec” explique-t-elle, indiquant que l’analphabétisme a atteint 20% en Tunisie, pour une moyenne mondiale de 18%.

Plus de 100 mille élèves quittent l’école chaque année en Tunisie, et plus de 10 mille pour le primaire.

À ce sujet, le ministre de l’Education, Hatem Ben Salem avait déclaré en mai dernier que seulement 28% des élèves, poursuivent leurs études jusqu’au baccalauréat. Ainsi, 72% des élèves n’atteignent pas le niveau du baccalauréat, soit en abandonnant les cours ou en optant pour d’autres circuits, selon des statistiques du ministère de l’Education.

D’un autre côté, de plus en plus de parents inscrivent leurs enfants dans des écoles privées, principalement à cause des défaillances des écoles publiques.

“Pour y remédier, il faut se concentrer sur les fondamentaux et surtout sur le primaire. Il faut également mettre l’accent sur la qualité du recrutement” a ajouté Chadia Mhisri.

Le dernier rapport du programme PISA

En 2016, la Tunisie avait reculé d’une place par rapport à l’année précedente, se plaçant à la 65e place, sur 70 pays, selon le classement PISA, sur la qualité, l’efficacité et l’équité des systèmes scolaires, réalisé par l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE).

Les élèves avaient alors été soumis à des épreuves de sciences, de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de résolution collaborative de problèmes.

Les scores réalisés par la Tunisie restent largement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, que ce soit en sciences, en mathématiques ou en compréhension.

Le Syndicat de l’Enseignement secondaire VS le Gouvernement

L’éducation en Tunisie souffre depuis plusieurs mois d’un conflit opposant le gouvernement à la Fédération générale de l’Enseignement secondaire, qui revendique le classement de leur profession parmi les métiers pénibles, le départ à la retraite à l’âge de 55 ans, mais également l’augmentation des primes spéciales et la réforme du système éducatif.

N’ayant pas trouvé un terrain d’entente, le gouvernement avait menacé de prendre des mesures punitives à l’encontre des professeurs, sans que cela n’apporte de solution à la crise.

Un série de “journées de colère” a d’ailleurs été lancée aujourd’hui par la fédération, se résumant en des rassemblements d’enseignants, et des marches afin de faire entendre leur voix.

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