MAROC
04/10/2018 14h:20 CET | Actualisé 04/10/2018 16h:01 CET

Cette entrepreneure marocaine veut faire revivre le rituel post-partum des qablas

Un savoir marocain ancestral qu'elle souhaite partager avec le reste du monde.

Layla B

SANTÉ - “Elle a retiré son foulard de sa tête, m’a allongée sur le sol et a commencé à m’envelopper de la tête aux orteils”. C’est ainsi que Layla B. Al Nuiami, une entrepreneure anglaise d’origine marocaine, a fait la découverte des techniques ancestrales de la qabla, cette femme qui prend soin de la jeune mère après l’accouchement.

En rendant visite à sa mère au Maroc, juste après avoir donné naissance à son deuxième enfant, Layla a été surprise par la question de Nabila, une amie de la famille, qui lui avait demandé si on lui avait “fermé les os”. La voyant intriguée, Nabila, fille de qabla, a commencé son rituel fait pour les nouvelles mères. 

Layla passe alors le reste de son séjour au Maroc à essayer d’en savoir plus sur le sujet, et revenait chaque année pour aller à la rencontre des qablas, sages-femmes et des mères marocaines. Depuis 2015, Layla, qui travaillait dans la finance, a décidé de se consacrer entièrement à son projet dans le but de partager ce savoir marocain avec le reste du monde en lançant “The Nafsa project school”, la toute première école en ligne dédiée au rituel post-partum dont les cours et les ateliers ont cette année démarré le 1er octobre. 

La formation en ligne dure près de 4 mois et a déjà attiré une centaine de participantes. Ces dernières en ressortiront avec un certificat de qabla mais pourront surtout, comme l’espère Layla, changer leur façon de prendre soin des nouvelles mères et faire ainsi revivre cette tradition marocaine. 

“Dans un monde idéal, tous les abonnés à mon site participeraient à des ateliers pour mettre en pratique les techniques des qablas, mais les vidéos sont assez spécifiques et explique étape par étape ce rituel marocain. Les articles, basés sur des études et recherches en la matière, sont aussi très détaillés pour déléguer ce savoir ancestral”, explique au Layla B. HuffPost Maroc. 

Layla organise également des wébinaires, des séminaires en ligne auxquels elle invite une vingtaine d’expertes de différentes nationalités et domaines de compétence, notamment une qabla, une sage-femme, une psychologue et une herboriste, qui partagent leur savoir avec les milliers d’internautes prenant part à l’événement. Le dernier wébinaire gratuit a eu lieu en septembre dernier et a pu attirer plus de 4000 personnes. 

Pour compléter cette formation en ligne, Layla B propose chaque année à 15 femmes de participer à un séminaire entre Tanger -sa ville natale-, Assilah et Chefchaouen. Les participantes ont droit à des séances de yoga, au rituel du hammam de la nouvelle mère, ou encore à un cours de cuisine de Rfissa, plat traditionnellement préparé pour les femmes qui viennent d’accoucher. 

Une alternative plus saine?

Si cette technique ne peut remplacer le soutien d’un médecin, elle peut cependant, selon Layla, réduire, voire supprimer les doses de médicaments absorbées par la nouvelle mère et l’aider à mieux se sentir physiquement et émotionnellement après l’accouchement, en lui évitant par exemple la célèbre dépression post-partum.

Ce rituel, souvent effectué par deux qablas, se fait pendant les 40 jours après l’accouchement, la période où la nouvelle mère est la plus vulnérable, d’après Layla. Les qablas commencent par des prières avant d’envelopper la femme à l’aide d’un tissu de la tête en descendant vers les pieds, pour “fermer” toutes les parties de son corps et aider les os, les muscles, et les organes à retrouver progressivement leur état d’avant grossesse, comme l’explique Layla. 

“Lors des 40 jours, on nourrit la femme avec des plats réchauffant, doux, faciles à digérer et très nourrissants. On l’emmène aussi au hammam où plusieurs plantes thérapeutiques sont utilisées pour son bain”, ajoute Layla.

Après “fermeture” complète, la femme est couchée sur le côté et ses jambes sont massées et frottées énergiquement et une légère pression est appliquée sur son os pelvien. Les jambes, les bras et le ventre de la femme sont quant à eux massés à l’huile d’olive.

“Ces techniques auraient même été utilisées auparavant pendant la guerre, lorsque les soldats marocains revenaient après une dure journée et devaient être ‘fermés’ pour reprendre leurs forces”, souligne l’entrepreneure, qui a elle-même ressenti les bienfaits de ces techniques ancestrales.

“Quand Nabila [voir vidéo ci-dessous] et sa mère ont pris soin de moi, je ne m’étais jamais sentie aussi bien surtout en comparaison avec mon état lorsque j’ai eu mon premier bébé”, confie cette mère de trois enfants au HuffPost Maroc. 

Ce savoir peut s’étendre aussi à la période de grossesse et pendant l’accouchement pour éviter de recourir à une péridurale ou une césarienne, que les médecins, “surtout dans les cliniques privées, dit-elle, ont tendance à effectuer à tort et à travers pour avoir plus d’argent”, regrette Layla, qui a donné naissance à ses deux derniers enfants à l’hôpital, mais sans le recours aux médicaments.

“J’étais plus instruite sur le sujet, je savais ce que je voulais. Je n’ai pas non plus accouché dans une position allongée. Les femmes ont besoin des médecins mais elles n’ont pas toujours besoin de médicaments”, assure-t-elle.

Grâce à ses cours en ligne, Layla espère répandre cette pratique pour que les nouvelles mamans, au Maroc comme ailleurs, aient davantage recourir aux services d’une qabla comme il est le cas aujourd’hui pour la doula, personne qui prend soin de la femme enceinte et l’accompagne durant sa grossesse, pendant et après l’accouchement, en complément avec le suivi du médecin, puisque la doula n’est souvent pas de formation médicale.

“Beaucoup de personnes ignorent ces traditions, même au Maroc”, regrette Layla. “Et nous nous devons de les conserver et de les passer au générations futures. Certes, nous avons tous besoin de soins médicaux, mais nous devons également nous souvenir de nos racines et de la médecine traditionnelle utilisée depuis des générations par nos ancêtres qui savaient exactement ce dont la nouvelle mère avait besoin”, explique Layla.

L’entrepreneure reviendra au Maroc lors d’un grand séminaire, en juin 2019, qui regroupera plusieurs expertes dans le but de contribuer à améliorer la culture et les convictions autour de l’accouchement au Maroc.