MAROC
09/07/2018 10h:50 CET | Actualisé 09/07/2018 12h:39 CET

Cette BD d'un jeune dessinateur marocain bègue risque de vous émouvoir

Et parlera à tous ceux qui ont du mal à prendre la parole en public.

Mohamed Haiti

BANDE DESSINÉE - Parler est une action qui peut sembler complètement anodine pour la plupart des gens mais pour certains, il s’agit d’une réelle épreuve de force.

Pour son projet de fin d’études, un jeune dessinateur marocain qui souffre de bégaiement a choisi d’exprimer ses difficultés de diction et sa phobie sociale à travers une bande dessinée touchante.

Originaire d’Agadir et lauréat de l’Institut National des Beaux-Arts (INBA) de Tétouan, Mohamed Haïti, 21 ans, a publié vendredi 6 juillet sur Facebook les 27 planches de son projet que vous pouvez découvrir dans la publication ci-dessous:

Intitulée “Je...”, sa bande dessinée raconte de manière poétique et imagée ses difficultés à s’exprimer au quotidien et parlera à tous ceux qui, de manière générale, souffrent de leur timidité ou peinent à prendre la parole en public. Pour représenter son bégaiement, le jeune bédéiste a choisi une créature imaginaire, un peu monstrueuse, qui semble tout droit sortie d’un film de Tim Burton.

“Afin de personnifier le bégaiement et ses difficultés, il a fallu inventer une créature tyrannique, imaginaire au regard morne, à la physionomie apathique et à l’allure monstrueuse”, explique Mohamed Haïti au HuffPost Maroc. “Ce personnage s’acharne et angoisse sans cesse le protagoniste. Sa bouche étant cousue démontre l’incapacité de parler avec aisance et fluidité. Je pense que la personnification est un moyen très adéquat pour véhiculer de tels messages”, estime-t-il.

“Le bégaiement reste un problème incompris”

Étant lui-même bègue, le jeune dessinateur a voulu, à travers cette bande dessinée, que les lecteurs soit “plus éveillés et plus réceptifs au message transmis”. Selon lui, “le bégaiement reste malheureusement un problème incompris et très pris à la légère dans notre société”, explique-t-il.

“Au début, j’ai été très angoissé par les regards des autres, j’évitais de participer en classe, je ne faisais plus les connaissances normalement, j’évitais toute conversation qui pourrait occasionner chez moi une quelconque gêne ou malaise, je m’isolais afin de trouver un peu de réconfort. Avec le temps j’ai compris qu’il fallait compter sur soi et me faire confiance afin d’affronter ce handicap et sortir petit à petit de cet isolement”, confie-t-il.

Le jeune lauréat a toujours eu un penchant pour le dessin. Enfant, il s’est intéressé à l’art à travers les mangas et l’animation. Son passage par la filière “arts appliqués” au baccalauréat a été pour lui “un point de départ pour améliorer (s)es techniques artistiques”, peaufinées pendant son parcours à l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan. Cela lui a notamment permis, à travers des ateliers, stages et expositions, de développer ses compétences dans différents domaines artistiques tels que la peinture, l’illustration et les arts numériques, souligne-t-il.

Actuellement, Mohamed Haïti travaille sur des séries d’illustration miniatures inspirées de motifs architecturaux de villes et de formes organiques. “Je compte développer des projets de BD et d’illustration dans l’avenir”, conclut-il.