MAROC
01/02/2019 16h:24 CET | Actualisé 02/02/2019 12h:16 CET

Cet appel au meurtre des homosexuels et trans diffusé sur Télé Maroc scandalise la toile

"Mes enfants ne seront pas comme vous, je saurai les éduquer".

SEXUALITÉ - Propos haineux, succession de clichés, dénigrement, insultes et même appel au meurtre... L’épisode de ce mardi 29 janvier de l’émission “Mintaka Mahdoura” (Zone interdite), traitant du thème de la transidentité et diffusé par Télé Maroc, la chaîne satellitaire lancée par Rachid Niny, en a choqué plus d’un. Pour faire le tour de la question, Salwa Maftouh a accueilli sur le plateau deux jeunes marocains transgenres et 2 “experts” en sexologie. Comme le montrait une vidéo depuis supprimée par Télé Maroc, et qui cumulait plus de 150.000 vues sur les réseaux sociaux, le débat a rapidement tourné au procès d’intention, comme on peut le voir dans l’extrait ci-dessus.

“C’est après le scandale de la diffusion des images du ‘travesti’ de Marrakech que nous avons choisi de traiter de ce sujet, pour faire la distinction entre homosexuel et transgenre. Nous voulions expliquer ce qu’était la transidentité”, précise au HuffPost Maroc la journaliste et présentatrice de l’émission, Salwa Maftouh, ajoutant que le comportement de la coach présente sur le plateau a quelque peu surpris l’équipe. Âgés respectivement de 19 et 21 ans, Ayman et Ayoub ont accepté de témoigner face à la caméra de Télé Maroc, l’un à visage découvert, l’autre sous couvert d’anonymat.

Mais celle qui a déchaîné les passions, c’est la “psycoach” présente sur le plateau. En plus de pointer du doigt les familles et en particulier les mères de ces jeunes, elle dénigre les invités en lançant un “vous n’arrêtez pas de parler, c’est la preuve que vous êtes bien des femmes”. Mais ce qui a le plus choqué c’est le fait qu’elle cite un hadith (dont elle n’est pas sûre) pour inciter à tuer toute personne qui s’adonne aux pratiques du peuple de Loth (actes homosexuels). Dans la confusion générale sur le plateau, on entend la présentatrice de l’émission tenter de modérer les propos de la “psycoach”, en rappelant qu’il s’agit là d’“un appel au meurtre”.

“Fatiha Melloul est conseillère psychologique et pédagogique. Elle aide les jeunes et les adolescents en difficulté à Témara. Nous l’avons invitée pour qu’elle livre ses conseils aux familles pour mieux comprendre leurs enfants, et savoir comment se comporter face à cette situation. Malheureusement ses propos étaient un peu extrêmes”, reconnait la journaliste interrogée par le HuffPost Maroc, soulignant que, de son côté, l’autre intervenant, Dr Abderrazak Moussaid, “médecin et sexologue reconnu, qui maîtrise parfaitement le sujet, avait simplement du mal à exprimer ses idées”. Sur les réseaux sociaux, les réactions ne se sont pas fait attendre.

“Lorsque j’ai été contacté, on m’a expliqué que j’était invité pour parler de la situation des transgenres au Maroc, en présence d’un sexologue et d’une conseillère en éducation et en sexualité. J’ai tout de suite accepté l’invitation. Dès notre arrivée sur le plateau, le malaise a commencé. La ‘psycoach’ nous dévisageait, elle nous regardait avec étonnement en nous demandant pourquoi nous nous comportions de cette manière, avant que l’équipe du tournage ne l’arrête”, nous raconte Ayoub, l’un des deux jeunes invités de l’émission.

On me propose souvent de fuir à l'étranger. Arrêtons de fuir. Dans ces pays, des gens se sont battus avant nous. C'est à notre tour de nous battre.

“J’ai voulu me montrer à visage découvert pour dire ‘arrêtons de nous voiler la face!’, pour que ceux qui sont dans le même cas arrêtent de se torturer”, poursuit-il.

“Une fois sur le plateau, nous avons été surpris de découvrir que les ‘experts’ ne maîtrisaient pas le sujet. Ils nous ont dit que nous étions malades, homosexuels et nous étions sous l’influence des réseaux sociaux. On ne s’attendait pas à ça!”, continue Ayoub.

“Pourtant j’ai raconté mon vécu depuis l’enfance, pour expliquer que je me suis toujours senti comme une fille dans un corps de garçon... J’ai raconté ma détresse à une époque où j’avais du mal à m’accepter, mes efforts pour être comme les autres garçons, j’ai fait de l’exorcisme parce qu’on m’a dit que j’été possédé, j’ai vu des psy, j’ai même songé au suicide... Mais rien ne change. Je n’ai pas choisi cette situation. Personne ne veut vivre cela: être frappé, rejeté, incompris”, se désole Ayoub.

Sur le net, d’autres Marocains vivant la même situation qu’Ayoub et Ayman ont décidé de faire entendre leur voix, et répondre à ceux qui les accusent. Comme ce jeune trans surnommé “Nefertiti” qui a choisi de publier une vidéo où il s’adresse directement à la coach, suite à la diffusion de l’émission.

“J’aimerais dire à cette consultante en psychologie, ma chère, tu n’as rien à voir avec la psychologie parce que tu n’as aucun sens du dialogue et que toutes tes interventions sont à base d’insultes, d’injures et de dénigrement des invités. Ajoutons à cela l’incitation au meurtre, que tu as ouvertement déclarée dans une émission télévisée à grande audience... Si nous étions un pays qui respecte ses citoyens, on t’aurait retiré ta licence d’exercer”, souligne l’internaute dans sa vidéo, en lui demandant de mieux se renseigner sur ce sujet.

Pour rappel, Télé Maroc, qui a fait son entrée dans le champ audiovisuel marocain en 2017, est une chaîne satellitaire privée diffusée depuis Madrid. La chaîne qui se dit “libre et indépendante”, lancée par le journaliste et chroniqueur Rachid Niny, échappe ainsi à l’autorité de la HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle).