TUNISIE
16/03/2018 16h:10 CET

Cet ancien membre du Conseil de sécurité nationale de l'administration Obama dénonce l’insouciance de Trump à l'égard de la Tunisie

Donald Trump tient visiblement à la réduction de l'aide à la Tunisie.

Jonathan Ernst / Reuters
Donald Trump, Béji Caid Essebsi et Angela Merkel au sommet du G7, le 27 mai 2017.

L’ancien membre du Conseil de sécurité nationale de l’administration Obama, directeur adjoint de la politique au POMED, et chercheur non-résident à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, dénonce dans un papier d’opinion publié par le Washington Post, l’insouciance de l’administration Trump face à la transition démocratique de la Tunisie, et ses propositions de réduction de l’aide américaine, pour la deuxième fois consécutive.

Miller évoque un désintérêt manifeste pour la Tunisie depuis l’investiture de Donald Trump, dont l’administration s’est investie dans la réduction des dépenses et donc de l’aide étrangère. Il cite cependant le Secrétaire d’État, Rex Tillerson, qui avait qualifié la Tunisie de “partenaire important”, ou encore le Secrétaire d’État adjoint John Sullivan, qui a déclaré que les États-Unis étaient “fiers de soutenir les efforts de la Tunisie”.

Selon Miller, si Trump ne s’intéresse pas à la Tunisie, c’est parce qu’elle ne possède pas le même poids en comparaison à des pays comme Israël, l’Arabie Saoudite, ou l’Égypte. De plus, selon lui, Trump avait ouvertement affiché son affinité avec les dictateurs, et que le fait qu’Obama qualifie la Tunisie de seule réussite du printemps arabe expliquerait davantage son comportement.

Miller estime qu’il ne faut pas être idéaliste ou “rêveur” pour comprendre l’importance que représente la Tunisie pour les intérêts américains.

Toujours selon Miller, les dictateurs arabes actuels adoptent une politique de menace envers leurs peuples, leur faisant comprendre que le sort de leurs pays pourrait être similaire à celui de la Syrie ou la Libye, et profitant de cette peur pour instaurer des mesures de plus en plus répressives. Selon Miller, cette politique de manipulation ne peut pas servir les intérêts des États-unis.

Il prend à titre d’exemple le régime égyptien qu’il considère comme pro-américain, estimant que même pour le cas de l’Égypte, les implications ne seront pas dans l’intérêt des États-unis.

Mais la Tunisie se distingue de tout cela, selon le chercheur, elle démontre la capacité de dialogue entre le peuple et le gouvernement, un peuple qui milite constamment pour l’aboutissement de la transition démocratique.

Le chercheur cite des militants de la société civile marocaine qui avaient affirmé que la Tunisie leur donnait l’espoir d’un changement démocratique dans leur pays.

La Tunisie est aujourd’hui un mélange d’espoir et de risque, qui rend l’assistance américaine indispensableAndrew Miller

Andrew Miller ne manque cependant pas de souligner les difficultés économiques préoccupantes par lesquelles passe la Tunisie, et le semblant de retour à l’autocratie et à des pratiques de répression, une question plusieurs fois soulevée par bon nombre d’acteurs politiques et autres.

Lacunes de gouvernance, retard des élections municipales, ou encore la Cour constitutionnelle pas encore mise en place, Miller souligne ces difficultés qui devraient selon lui être une raison pour le renforcement de l’aide américaine à la Tunisie.

Il qualifie d’ailleurs la situation de la Tunisie de “mélange d’espoir et de risque qui rend l’assistance américaine indispensable.”

Miller attire également l’attention sur les résultats de la coopération tuniso-américaine en matière de lutte anti-terroriste, une coopération fructueuse qui doit selon lui continuer, car une rupture de celle-ci donnerait selon lui l’impression aux Tunisiens que les États-unis se désengagent au moment où leur pays a grand besoin de soutien étranger.

Espérons que Trump revienne à la raison avant qu’il ne soit trop tard pour la transition démocratique tunisienneAndrew Miller

Selon Miller, même si les propositions de Donald Trump sont rejetées par le congrès, et même si le congrès soutient la Tunisie, cela reste insuffisant et ne remplace pas l’intérêt de la Maison Blanche. Il estime que pour que le soutien financier des États-unis à la Tunisie porte ses fruits, il faut également un engagement au plus haut niveau, en l’occurrence de la part du président Trump.

Il s’agit de la deuxième fois que l’administration Trump propose la réduction de moitié de l’aide financière apportée à la Tunisie.

Ainsi, dès son investiture, il avait appelé à des coupes au niveau de l’aide financière étrangère, une proposition qui avait provoqué de vives réactions de la part de plusieurs experts, notamment de la spécialiste de la Tunisie et du Moyen-Orient à la Fondation Carnegie Endowment for International Peace, Sarah Yerkes, également ancienne membre de la section Afrique du nord du département d’État américain, qui avait, dans une lettre ouverte, appelé Trump à revenir sur sa proposition.

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