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06/11/2018 10h:26 CET | Actualisé 06/11/2018 10h:26 CET

C'est en quittant la Tunisie, qu'on la voue à l'échec

Il est temps de faire de la réussite de chacun la priorité de tous, le temps de comprendre la nécessité de créer pour partager et d’arrêter de voir dans le succès de l’autre l’ombre de son échec personnel.

Anadolu Agency via Getty Images

Je suis une enfant du monde, je suis persuadée que le savoir et l’expérience se gagnent en sortant de sa zone de confort, pour comprendre le fonctionnement de systèmes différents du notre, en allant au devant de nouvelles aventures, je pense que l’ouverture sur le monde et ses populations est la plus précieuse des richesse, et que les plus grands biens qui puissent être apportés à la Tunisie sont justement l’ouverture, le partage et la connaissance. Et mon autre grande conviction est que ceux qui sont partis pour revenir partager ce qu’ils ont durement appris sont, en un sens, ceux qui nous permettrons de rêver à un avenir meilleur (à condition qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent bien sur).

Je pense qu’il est facile de mettre en évidence ce qui ne va pas, il l’est beaucoup moins de rester pour le combattre. Certes, celui qui quitte ses repères pour une vie meilleure est courageux mais celui qui reste au front envers et contre tout, lui, est téméraire. Il semble évident que la Tunisie ne repose pas sur son économie fleurissante, la puissance de sa monnaie et encore moins sur la fiabilité de son appareil étatique, la Tunisie d’aujourd’hui ne repose que sur ses jeunes, ses entrepreneurs, ses cerveaux. Qu’on décide d’y voir une vielle dame qui se repose sur sa canne, ou une jeune enfant qui s’accroche à un coin de table pour marcher, nous sommes ce qui tient notre pays debout. Car la seule chose contre laquelle nos détracteurs ne peuvent rien c’est l’amour du drapeau.

Je fais parti de ceux qui ont fui la Tunisie des soirées insipides, des conversations sans envergures, et des relations sans profondeur, mais il y a une Tunisie que je ne fuirai jamais et qui me manquera toujours: celle qui nous a permis de vivre des moments historiques, qui nous a inspirée, défendus, qui nous a offert de grands moments de fierté, celle des militants, celle des entrepreneurs, la Tunisie multiculturelle, qui captive, qui fait couler les plus chaudes larmes, celle qui met la boule au ventre et la chaire de poule, celle qu’on admire, qu’on chérit, celle qui redonne un nouveau sens à des vers vieux de plus de 80 ans à chaque fois qu’elle entame son hymne à l’unisson. Et à laquelle nous avons hâte de revenir apporter notre contribution. Et même de loin, il faut se rappeler que la Tunisie où nous voulons ou pas vivre, c’est celle que nous décidons. Ce n’est pas parce qu’on est partis qu’il faut pointer du doigt la nation qui nous a bercés. Mais ce n’est pas parce que nous sommes restés qu’il faut accabler ceux qui ont fait le choix de partir, parce qu’accabler de loin n’est jamais porté à aucun crédit. Il est facile de stigmatiser les cerveaux et d’expliquer que c’est leurs fuite qui condamne notre pays, il l’est beaucoup moins de comprendre que rester c’est les condamner, eux. C’est plus facile de donner des leçons de morale que des raisons de revenir.

Le patriotisme de chacun nous permettra de travailler mais ne travaillera pas pour nous. Si nous attendons le retour des cerveaux, il faut se tenir prêt à les accueillir en leur offrant un environnent de travail qui, à défaut d’être parfait, serait au moins l’expression de la volonté de changement. Il est temps de faire de la réussite de chacun la priorité de tous, le temps de comprendre la nécessité de créer pour partager et d’arrêter de voir dans le succès de l’autre l’ombre de son échec personnel.

Que vous ayez décidé de partir ou de rester, le patriotisme ne se mesure pas au nombre de kilomètres. La Tunisie a besoin de ses cerveaux, plus que jamais, de là où vous êtes, et peu importe ce que vous y faites, comprenez que le premier pas vers l’avancée c’est d’arrêter de chercher le coupable et de commencer par faire sa part des choses.

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