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05/11/2018 17h:37 CET | Actualisé 05/11/2018 17h:37 CET

Ces faux humanistes qui veulent pérenniser l’homophobie en Tunisie

Il est temps de s’attaquer à la vraie cause empêchant l’abolition de l’homophobie, qui est le prétexte religieux. Prétexte et même mythe, car la preuve a été faite déjà que l’islam n’a jamais été homophobe!

MarijaRadovic via Getty Images

Qui ne sait la lourdeur de la procédure législative en Tunisie? Aussi, voter ou abolir une loi n’est pas aisé; ce qui fait qu’une fausse réforme n’est qu’un temps précieux perdu pour servir une cause éminente comme l’abolition de l’homophobie. Cela revient même à lui donner le coup de grâce!

C’est le cas quand elle vient, par exemple, amender une loi scélérate dont nul ne doute plus de la nécessité, et surtout l’inéluctabilité, de son abolition. Cela revient, en effet, à la légitimer sinon en la pérennisant, du moins en la maintenant encore un temps pendant lequel on continuera à brimer les innocents impunément. Et c’est un salut inespéré pour un texte scélérat condamné à aller assez vite dans la poubelle de l’histoire.

C’est ce le cas de la proposition de loi qu’on annonce pour début novembre sur l’interdiction du test anal. En effet, au lieu de s’attaquer à la cause pour l’abolir, l’article 230 du Code pénal, elle se limite à se soucier d’un aspect dérisoire, présenté comme étant la cause de la cause, alors qu’il n’en est que l’effet qui ne supprimera nullement la cause véritable. Aussi, les députés défendant la cause anti-homophobie ne doivent pas se tromper ni croire ce que leur assurent les cryptohomophobes qui les trompent en volant au secours des homophobes acculés à lâcher du lest sur la question.

Une proposition de loi vicieuse 

 

Il n’est pas étonnant, au demeurant, que cela arrive au moment même où l’islam politique est au plus mal en Tunisie, le parti Ennahdha, représentant le corps de députés le plus important au parlement, étant empêtré dans ses contradictions flagrantes et ses mensonges sur sa mutation démocratique. Acculé par ses soutiens occidentaux à manifester par des actes concrets ses prétentions à une démocratie islamiste, il est plus que jamais prêt à céder sur les questions des libertés, notamment sur certaines questions sensibles, dont celle de l’homosexualité.

Mais il le fait à sa manière hypocrite, simulant un humanisme affiché qui cache mal une homophobie latente, à peine occultée. C’est ce qui nous fait assister à ces menées pour le moins surprenantes au parlement où l’on prétend s’attaquer à l’homophobie, non pas de front, en éliminant sa cause, mais de biais; ce qui revient assurément à la légitimer pour encore un temps pour le moins, sinon pour toujours.

Le plus surprenant est que c’est le fait aussi de députés se présentant comme humanistes et démocrates qui, sans s’en rendre compte, agissent contre l’humanisme et la démocratie, au service des homophobes, en prenant la responsabilité de présenter la proposition de loi d’inspiration faussement libérale à visée essentiellement intégriste. C’est bien le cas des promoteurs de la dernière initiative de loi pour interdire le test anal en Tunisie.

Les vrais humanistes et les démocrates intègres ne doivent pas se laisser abuser en tombant dans ce piège qui n’a pour ultime visée que de pérenniser l’homophobie en Tunisie. En effet, au prétexte qu’on souhaite faire quelque chose en direction de cette catégorie de citoyens tunisiens brimés par la loi homophone, on décide non point d’abolir la cause, qu’est l’article 230, mais de la maintenir, s’y référer même, en n’interdisant que le test anal qui n’en est qu’une manifestation, nullement la condition d’application. 

Pour justifier ce texte machiavélique, on prétend à tort que c’est le test anal qui permet l’application du texte scélérat; or, il ne fait que le justifier pour faciliter une condamnation qui existe déjà du fait même de l’article 230. Par conséquent, l’interdiction du test anal sera un bien mauvais cadeau à faire aux militants LGBT puisqu’elle permettra non seulement le maintien, mais aussi une justification a contrario, de l’homophobie. Celle-ci est ainsi loin d’être appelée à disparaître faute de test anal; elle sera même renforcée en obtenant, grâce à ce texte s’y référant, une nouvelle confirmation. Et on continuera à arrêter les innocents au motif d’une sexualité pénalisée, trouvant d’autres moyens pour prouver leur homosexualité.

Aussi, les députés véritablement démocrates et humanistes ne doivent ni appuyer ni accepter cette manoeuvre qui n’est qu’une ultime tentative éhontée de confirmer la légitimité de l’homosexualité dans le droit tunisien. Ils ont plutôt intérêt à se focaliser sur l’essentiel consistant à démontrer l’illégitimité de l’homophobie, et ce non seulement eu égard au droit et aux principes humanistes, mais aussi à l’islam au respect des valeurs duquel renvoie la Constitution. 

Démystifier l’empêchement faussement religieux

Il est temps de s’attaquer à la vraie cause empêchant l’abolition de l’homophobie, qui est le prétexte religieux. Prétexte et même mythe, car la preuve a été faite déjà que l’islam n’a jamais été homophobe ! Ce qu’on colporte de faussetés sur l’interdiction d’un sexe parfaitement naturel est une création jurisprudentielle qui pouvait se justifier en son temps, mais qui est parfaitement dépassée. Surtout, elle n’a aucune légitimité en islam pur où ni le Coran ni la Sunna authentique ne condamnent un sexe parfaitement accepté en terre d’islam. 

Je l’ai démontré dans pas mal de livres, dont les plus importants sont en vente libre en Tunisie; j’ai démontré aussi la nature parfaitement bisexuelle du sexe arabe et maghrébin. C’est sur quoi je reviens dans mon dernier livre qui vient d’être publié à Tunis, évoquant les traits caractéristiques de la libido en Tunisie (L’Exception Tunisie, tome 2 : I-slam : islam postmoderne vs tradition judéo-chrétienne, Arabesques, septembre 2018). Au reste, j’y republie deux manifestes pour la dépénalisation de l’homosexualité avec le texte du projet de loi qui est de nature à être voté par le parti islamiste si les députés sérieux osent le proposer; car le chef du parti islamiste s’est engagé à l’accepter auprès de ses amis occidentaux. C’est ce qui explique ce projet bâtard et vicieux qui, au prétexte de servir la cause homosexuelle (ou homosensuelle selon ma terminologie), ne fait que la desservir par la résilience pour longtemps de l’homophobie.

C’est une question de morale et de logique : on croit au droit de tout un chacun à une vie intime libre et on abolit donc l’article 230; ou on ne le croit pas. Aussi, il ne sert à rien de voter un texte pour interdire la pratique parfaitement et unanimement réprouvée du test anal quand elle ne nécessite qu’un arrêté ministériel. Ne nous trompons donc pas de combat et de valeurs ! Osons plutôt rappeler que c’est bien le respect de l’islam qui commande incontinent d’abolir l’homophobie, car c’est une injustice flagrante aussi bien à l’égard de ceux qui ont été créés ainsi par Dieu que d’une religion éminemment tolérante et humaniste en son essence. 

À ceux qui prétendent qu’il s’agirait par ce texte vicieux d’un pas vers l’abrogation du honteux article 230 du Code pénal, il faut répondre que ce serait un pas en arrière, agissant pour sa pérennisation encore un temps plus ou moins long alors que jamais la conjoncture n’a été plus favorable pour son abolition. Ce se sont bien les intégristes, n’en doutons pas, qui sont à la manoeuvre derrière le paravent de supposés humanistes.

Sur l’homophobie, il ne doit pas y avoir de demi-mesure. De deux choses l’une : soit on n’est pas homophobe et on abolit sa base légale, soit on l’est et il ne sert à rien de vouloir jouer au plus malin avec des textes subalternes qui ne changeront en rien la criminalisation d’une homosexualité qui n’a rien à voir avec l’islam, relevant de la tradition judéo-chrétienne qui y a été introduite.         

Adresse à Madame Khawla Ben Aïcha

Nous nous adressons donc ici à la députée du bloc Al Horra, Khawla Ben Aïcha, qui a annoncé son intention de déposer, début novembre, la proposition de loi destinée à amender ledit article : si vous croyez sincèrement que l’article homophobe est liberticide et inconstitutionnel, ne servez pas les intérêts des homophobes qui veulent le maintenir, abolissez-le plutôt! C’est parfaitement possible!

Je ne doute pas de votre indignation par la pratique moyenâgeuse du test anal ni de votre sincérité à prendre à cœur la défense de cette cause juste et de mettre fin au plus vite à cette ignominieuse violation des droits humains basiques. Mais faites-le en osant proposer le texte qui, contrairement à ce qu’on vous fait croire, est assuré d’être voté par le parti le plus nombreux dans l’Assemblée.

Je l’ai déjà dit et démontré : il y a eu déjà un engagement en la matière du plus éminent des islamistes en Tunisie. De plus, c’est agir vite aussi comme vous le souhaitez, pour peu que l’on y fasse la publicité médiatique nécessaire; il ne finira donc pas, soyez-en assurée, dans les tiroirs du parlement. Car il y a eu pas mal de littérature sur la question et les esprits y sont désormais prêts, outre les experts pour en parler !

Madame Ben Aïcha, le seul changement crédible et utile aujourd’hui pour une législation en phase avec les libertés individuelles inscrites dans la nouvelle constitution est le texte que je reproduis encore ici tel quel ou inséré dans un autre plus large, en prise avec l’actualité de l’égalité successorale, étendant même encore plus la marge des libertés. C’est le projet 3 en 1 proposé ici . Pourquoi ne pas le reprendre à défaut du texte se limitant à l’homosexualité ? Vous avez ainsi l’embarras du choix pour agir utile et efficacement.

Ce serait alors la meilleure manière d’ouvrir le débat sur les trois sujets les plus sensibles dans le pays (homophobie, égalité successorale, alcool) et qui, ne nous y trompons pas, ne se heurtent pas à une société conservatrice, mais à ses élites qui le sont ou la croient ainsi. Si le Tunisien est effectivement fortement attaché à ses croyances et ses traditions, ces dernières elles moins  religieuses que spirituelles; il suffit de lui tenir le discours de la raison et du coeur pour le vérifier et s’en rendre compte.

Bien évidemment, je me tiens à votre disposition pour mieux vous éclairer sur la position de l’islam en la matière et vous faire tenir certains de mes ouvrages ayant clarifié de la manière  la plus scientifique le statut de l’homosexualité (mais aussi des autres questions) aussi bien en islam que dans notre société.   

Je ne le répèterais jamais assez : ce sont les minorités au pouvoir qui ont inventé le mythe d’une société tunisienne conservatrice alors qu’elle est libertaire dans l’âme. Il y a juste ce fait à ne pas oublier, à savoir que les lois scélérates, auxquelles tiennent nos élites déconnectées des réalités, obligent les masses à pratiquer ce que je nomme jeu du je, une hypocrisie sociale afin de survivre au milieu de contraintes légales et se préserver des violences des minorités dogmatiques, qui sont aussi bien religieuses que salafistes profanes.

Par conséquent, il faut avoir le courage aujourd’hui de cesser de se cacher derrière une opinion publique introuvable pour prétendre tabous certains sujets qui ne le sont que pour des minorités. Et je le répète, l’homosexualité n’est pas tabou dans la société; elle est même une pratique banalisée; c’est juste d’en parler qui est non pas un tabou, mais un interdit du fait de la loi scélérate et des désagréments que cela suppose. Il faut donc cesser de répéter la logomachie intégriste consistant à dire qu’il ne faut pas bousculer le religieux, car c’est l’homophobie qui le bouscule et le défigure, non son abolition qui sera bel et bien un retour à l’esprit sain de la foi selon ses visées et non son interprétation humaine imparfaite et frelatée.

Les députés qui, comme vous, Madame Ben Aïcha, croient qu’on aidera à la dépénalisation de l’homosexualité en se limitant à se focaliser sur la violation de l’intégrité physique et morale et les droits fondamentaux de tout être humain doivent se rendre à l’évidence que bien loin de rendre caduc l’article 230 en mettant un terme aux tests annaux, ils permettront à un texte moribond un sursaut inespéré se vitalité, car on trouvera bien un tas d’autres moyens pour son application; et l’esprit vicieux ne manque pas de ficelles. En tout cas, on n’arrêtera pas de harceler des innocents au nom de cette honte; est-ce acceptable pour de vrais humanistes?

Pour qui parle, maintenant, de la politique des étapes, citant à tort Bourguiba,  rappelons que cela a été appliqué en politique et non en matière sociale où le Combattant suprême a toujours tranché dans le vif. D’ailleurs, s’il n’avait pas procédé ainsi, la femme n’aurait pas eu à ce jour sa liberté qui permet de résister à l’intégrisme rampant ! Qu’on médite donc mieux l’exemple de Bourguiba et qu’on ne doute surtout pas de la nécessité de la radicalité de l’arme législative.

Surtout, il ne faut pas douter qu’on n’aura aucun mal à passer un texte salutaire comme celui que je n’arrête de proposer, qui rappelle que c’est tout autant au nom du droit et de la religion qu’on agit à abolir l’homophobie, cette violation de la justice et de l’esprit d’équité qui sont tout à la fois la quête de la loi suprême en Tunisie que de la religion à laquelle elle renvoie. 

Le revoilà en rappel. Que Madame Ben Aïcha le retienne en lieu et place du texte sur lequel elle planche qui ne fera que du tort à la cause qu’elle est supposée défendre, légitimant a contrario l’homophobie contre laquelle elle croit lutter:

PROJET DE LOI

Abolition de l’homophobie en Tunisie

 

Attendu que l’homophobie est contraire aux droits de l’Homme et au vivre-ensemble paisible, à la base de la démocratie,

 

Attendu que l’orientation sexuelle relève de la vie privée que respectent et l’État de droit tunisien et l’islam,

 

Attendu que l’article 230 du Code pénal viole la religion musulmane qui n’est pas homophobe étant respectueuse de la vie privée de ses fidèles qu’elle protège ;

 

L’ARP décide :

Article unique 

La vie privée étant respectée et protégée en Tunisie, l’article 230 est aboli.

 

مشروع قانون في إبطال تجريم المثلية

فصل وحيد 

 

حيث أن كراهة المثلية مخالفة لحقوق الإنسان في حياة مجتمعية آمنة، وهي أساس الديمقراطية؛

وحيث أن التوجه الجنسي للبشر من حياتهم الخصوصية التي تضمن حريتها دولة القانون والإسلام؛

وحيث أن الفصل 230 من القانون الجنائي يخرق الإسلام وينتهك تسامحه، إذ لا كراهة فيه للمثلية لاحترامه لحرمة الحياة الخاصة للمؤمن وضمانه التام لها؛

فإن مجلس نواب الشعب يقرر ما يلي :

 

نظرا لأن الحياة الخصوصية محترمة ومضمونة دستوريا بالجمهورية التونسية، لذا، أُبطل الفصل 230 من القانون الجنائى.  

                     

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