MAROC
28/01/2019 18h:14 CET

Censuré dans les années 70, le premier film du cinéaste marocain Mostafa Derkaoui sort enfin de l'oubli

Le film n'a jamais été dévoilé au public.

L'Observatoire

CINÉMA - Belle consécration pour l’une des oeuvres majeures du cinéaste marocain Mostafa Derkaoui. 45 ans après avoir été tourné à Casablanca et censuré, son premier film “De quelques événements sans signification” sera projeté en février, dans sa version restaurée, au Festival international du film de Berlin, plus connu sous le nom de Berlinale.

Le film marocain a été sélectionné pour figurer au programme de la section “Forum, Archival Constellations” de la 69e édition du festival allemand. Il figure aux côtés d’une vingtaine d’anciens films étrangers restaurés et numérisés.

À la recherche du film perdu

“Tourné à Casablanca en 1974, censuré et longtemps invisible, le premier film du cinéaste marocain Mostafa Derkaoui, aujourd’hui retrouvé et restauré, sort de l’oubli pour enfin rencontrer son public”, écrit dans un communiqué la plateforme d’art et recherche L’Observatoire.

Basée à Casablanca, cette plateforme travaille depuis février 2016 avec la Filmoteca de Catalunya (Barcelone), où se trouvaient les négatifs originaux du film, et avec Mostafa Derkaoui et son frère Abdelkrim Derkaoui à la restauration de leur première œuvre cinématographique. 

Une copie du film en très mauvais état existait au Maroc, mais il a fallu plusieurs mois pour que L’Observatoire localise les pellicules originales en Espagne: le laboratoire espagnol qui les avait développées dans les années 1970 ne savait plus où elles étaient, raconte au HuffPost Maroc Léa Morin, coordinatrice du projet de restauration et de valorisation du film.

Le Casablanca des années 70

Le film raconte l’histoire d’une équipe de cinéastes qui cherchent un thème à traiter en interrogeant des jeunes casablancais sur leurs attentes et leurs rapports au cinéma marocain. “Lorsqu’ils assistent à un crime commis par un ouvrier du port insatisfait qui tue involontairement son chef, ils décident de s’intéresser à ce cas particulier”, indique L’Observatoire. “Cette investigation sur les mobiles du crime les poussera à réfléchir à leur conception du cinéma et au rôle de l’artiste dans la société.”

L'OBSERVATOIRE

“Produit dans des conditions atypiques, porté par un effort collectif de toute une génération de comédiens, cinéastes, musiciens, poètes, peintres et écrivains, nourrie d’utopies culturelles, sociales et politiques, le film porte une valeur cinématographique et documentaire unique”, souligne L’Observatoire. On y voit notamment le poète Mostafa Nissaboury, l’écrivain Mohamed Zafzaf et les musiciens de Jil Jilala.

Cette projection à la Berlinale est une première étape dans la valorisation de cette oeuvre cinématographique. Le film, qui restitue le Casablanca des années 70, ses rues, ses cafés, ses bars et les ouvriers du port, fera l’objet de nombreuses autres programmations au Maroc et ailleurs, d’une publication et d’une exposition, annonce L’Observatoire.

Deuxième vie

Une nouvelle vie pour cette oeuvre, puisqu’elle n’est jamais sortie en salles au Maroc, ni dans des festivals, explique Léa Morin. “Il était normalement programmé dans plusieurs festivals, comme à Khouribga en 1977, mais il n’a jamais eu l’autorisation pour être diffusé. Il y a eu une seule projection en France, en novembre 1975, au festival du cinéma des Champs Élysées, mais il a ensuite été interdit d’exportation”, précise la coordinatrice du projet. “La raison avancée était qu’il était ‘inopportun’ mais c’est surtout le propos libre et politique qui gênait dans les années 70”, souligne-t-elle.

Né en 1944 à Oujda, Mostafa Derkaoui a étudié à l’École de Cinéma de Lodz, en Pologne, avec son frère Abdelkrim Derkaoui, chef opérateur et réalisateur. Il est l’auteur de onze films, dont “Les beaux jours de Shahrazade” (1981), “La  grande allégorie” (1995) et “Casablanca by Night” (2003).

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