19/03/2018 11h:01 CET | Actualisé 19/03/2018 11h:01 CET

"Ceinture bleue": Comment le Maroc veut révolutionner le secteur de la pêche (ENTRETIEN)

Objectif: s'adapter au changement climatique et combler le manque d'informations sur les océans.

Youssef Boudlal / Reuters

HALIEUTIQUE - Lancée par le Maroc en 2016 lors de la COP22, l’initiative de la Ceinture bleue a été le thème d’une conférence organisée à Dakhla dans le cadre de la programmation du Forum Crans Montana. Le panel, consacré à l’économie de l’océan et à l’industrie de la pêche en Afrique, s’est inspiré de l’initiative marocaine afin de discuter de l’avenir du secteur à travers une coopération régionale Sud-Sud intégrée. Participant au débat, Abdelmalek Faraj, directeur de l’Institut national de la recherche halieutique du Maroc (INRH) est revenu avec le HuffPost Maroc sur les enjeux et les réalisations de cette initiative.

HuffPost Maroc: En quoi consiste l’initiative de la Ceinture bleue?

Abdelmalek Faraj: Il s’agit concrètement de la mise en place d’une plateforme collaborative. Le but étant d’arriver à transformer l’utilisateur des océans, qu’il soit pêcheur ou aquaculteur, en un utilisateur durable et respectueux de l’environnement. Pour ce faire, nous essayons de proposer des solutions pour transformer les modes d’exploitation que ce soit à travers la revue des outils de production ou des méthodes d’exploitation.

Cela n’empiète-t-il pas sur le plan Halieutis, lancé pour stimuler le secteur de la pêche au Maroc?

Cette initiative n’est pas là pour se substituer aux politiques nationales, mais plutôt pour les accompagner. Il faut savoir que les mises en œuvre de plans comme Halieutis sont trop souvent confrontées à des freins de la part des opérateurs et acteurs. Nos actions s’orientent donc vers les opérateurs afin qu’ils adhèrent à ces politiques.

Comment la Ceinture bleue peut-elle aider la coopération régionale Sud-Sud?

Il faut préciser que ce projet n’a pas uniquement une portée nationale. Parce qu’elle vise les zones côtières, l’initiative a vocation à être globale ou au moins continentale. Les problèmes dans le secteur étant partout les mêmes, les solutions sont également universelles. Tout pays, toute institution qui veut contribuer sont donc les bienvenus.

Avez-vous des objectifs concrets à réaliser?

L’un des objectifs importants sur lequel nous travaillons est d’arriver à régler le problème du déficit de l’observation des océans. Nécessitant des systèmes très coûteux qui ne sont généralement pris en charge que par les États, l’observation océanique est très réduite, ce qui induit un manque d’informations scientifiques pour mener à bien des politiques efficaces. Nous avons donc proposé, dans le cadre de la Ceinture bleue, d’utiliser le concept d’utilisateur-observateur.

Il y a des milliers, voire des millions de pêcheurs dans le monde qui vont en mer et qui ont une capacité d’observer. Nous voulons transformer leurs outils de production en outils d’observation afin qu’ils puissent transmettre cette information automatiquement et l’intégrer. Cela permettrait de constituer une banque de données scientifiques incroyable qui pourrait être utilisée et qui pourrait permettre aux scientifiques de mieux comprendre la dynamique des océans.

Nous travaillons également sur un autre projet en faveur du pêcheur. Vous savez, quand on demande à ce dernier de pêcher de manière plus respectueuse de l’environnement alors qu’il ne dispose que d’outils de production classiques qui sont destructeurs par définition, comment peut-il faire? Nous étudions actuellement de nouveaux prototypes et de nouveaux engins de pêche. Une fois qu’ils seront validés, nous les offrirons à ces opérateurs.

Vous l’avez dit, ces équipements sont coûteux. Qui prendra en charge le financement?

Les financements en général ne sont pas un problème puisque les bailleurs de fonds ont l’argent. S’ils ne le mobilisent pas, c’est qu’ils ne sont pas convaincus par la viabilité des projets. Pour être viable, un projet doit être bien construit et avoir fait l’objet d’analyse et de diagnostic poussés. Il s’agit également de s’assurer que l’effort fourni servira à quelque chose. Il y a donc tout un business plan à mettre en œuvre. L’initiative de la ceinture bleue ambitionne justement de réunir les expertises nécessaires pour réaliser les montages financiers de ces projets et aller taper à la porte de ces bailleurs de fonds.

Les équipements sont importants, mais ne sont pas d’une grande aide sans infrastructure adéquate. Qu’est-ce qui a été fait en ce sens?

L’infrastructure par définition concerne les pouvoirs publics. L’initiative de la Ceinture bleue est certes portée par l’État, mais il a en parallèle une politique publique. C’est elle qui doit s’occuper de l’infrastructure. Halieutis a justement beaucoup insisté sur le développement des installations à travers la construction de halles, de ports de débarquement, etc.

Quid de l’aquaculture?

Un grand projet aquacole est en train de prendre forme à Akhfenir, dans la province de Tarfaya. Il s’agit d’un projet d’algoculture, plus précisément de micro algues, porté par un opérateur privé. L’innovation est qu’il est parfaitement respectueux de l’environnement puisqu’il n’a besoin que de soleil, d’eau de mer et de vent pour arriver à produire jusqu’à 150.000 tonnes de micros algues par an. Cela représente une alternative à la farine de poisson pour l’alimentation et permettra ainsi de réduire la pression de pêche sur les stocks sauvages. Le projet s’inscrit également dans la lutte contre le réchauffement climatique puisqu’il contribue à la séquestration du carbone.

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