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23/08/2018 09h:47 CET | Actualisé 29/08/2018 16h:41 CET

Ce qu’on retiendra du FIFAK 2018

Cette année, le festival ne nous a pas seulement fait rêver, il nous a secoués avec un message.fort: le monde va mal, agissez!

 

Attention, ce papier concerne les happy many, les fanatiques du cinéma amateur, les fidèles amoureux du FIFAK, ceux qui refusent de quitter le théâtre malgré l’orage, et pas les happy few, ces festivaliers qui passent leur temps à attendre les afters, parlant de films qu’ils n’ont pas vus et n’assistant surtout pas aux activités parallèles du festival.

“On ferme les yeux, on rêve, on ouvre les yeux, on voit la lumière” : c’est ainsi que Moussa Touré, l’ami fidèle du festival, a défini le cinéma durant la soirée de clôture du FIFAK.

Nous avons voyagé à travers 23 pays en 79 films, on a parfois éclaté de rire, parfois pleuré, mais toujours rêvé.

Cette année, le festival ne nous a pas seulement fait rêver, il nous a secoués avec un message.fort: le monde va mal, agissez!

Comme à chaque fois, le festival a mis en contact direct les apprentis du cinéma avec des grands pionniers du métier.

Le Faucon d’or, cette année, n’a pas voyagé bien loin, puisqu’il est allé au club de Hammam-Lif pour leur film Offrande de Halim Jerbi et Youssef el Behi.

La 33ème édition nous a offert un riche choix de films, avec une forte présence de films documentaires, un bon nombre de films de fiction, mais aussi de films expérimentaux, et d’animation, qui, cette année, étaient d’une qualité surprenante.

Inégalité des chances entre les genres, le film d’animation marginalisé

Il y avait 24 films documentaires répartis entre la compétition nationale et la compétition internationale, face à 23 films d’animation et 22 films de fiction.

Avec un seul film d’animation en compétition nationale, ce genre avait mathématiquement très peu de chances de gagner face aux documentaires et aux fictions.

Il serait peut-être temps de donner à ce genre - le film d’animation - toute la place et la reconnaissance qu’il mérite dans la programmation du prochain festival, à travers des ateliers, des master classes, un focus sur un grand réalisateur comme Miyazaki, en invitant des réalisateurs, et pourquoi pas choisir un film d’animation pour la soirée d’ouverture: cela encouragera les clubs, les écoles et les indépendants à produire des films et à acquérir de l’expertise. 

Le palmarès: Polémique et déception 

Première question banale: est-ce que les membres des jurys, qui ont la liberté et l’autonomie totale des choix, ce qu’on apprécie et qu’on encourage, sont au courant des prix remis lors des éditions précédentes? Est-ce qu’ils sont conscients de la spécificité de ce festival et de ses lignes directrices (un festival qui se veut populaire et le reflet des préoccupations de la société)?

Deuxième question: quels sont les critères objectifs de leurs choix, s’ils en ont?

Une chose est sûre, de l’avis général des festivaliers: les palmarès accordés cette année ne correspondent pas forcément à la qualité des films, mais reflètent les tendances et peut-être les préférences personnelles des membres des jurys.

Le premier prix au film d’Azyz Ayari, de l’idéalisme surdosé

Un film excellent d’un point de vue technique, digne d’Al Jazeera ou de National Geographic, et qui, après tous les films nous parlant des problèmes brûlants du monde, vient nous apaiser en décrivant un idyllique village des montagnes algériennes, où tout va bien depuis que le colonisateur en a été chassé. Bref, le paradis sur terre. 

15 de moyenne et zéro pointé

Le film Away we go d’Alaeddine Hammami qui a obtenu le prix spécial du jury, est un véritable ratage à partir d’une bonne intention: celle de traiter de la désespérance de la jeunesse, qui ne songe qu’à quitter le pays. Répétitif et ennuyeux, le film ne répond à aucune question, ni à celle du pourquoi ni à celle du comment, et ne propose aucune alternative. On est certes bien triste pour la jeune fille qui se plaint de n’avoir pas été acceptée à la fac de médecine avec son 15 de moyenne au bac, mais tout le monde sait que la moyenne requise est 18, donc la détresse ne suffit pas à faire de vous des héros ou des martyrs.

2ème prix (spécial copinage habituel offert au club de Kelibia ): Dead-fish de Khalil Gobji

Une belle image certes, mais un texte incohérent, un peu trop de sujets mêlés ensemble. Puisse ce prix encourager l’auteur à faire mieux la prochaine fois. 

3ème prix pour Entre-deux

Le film de Sahar el Ecchi est un film plastique, féminin et intimiste, un montage professionnel mais comparé à d’autres films présentés dans la compétition nationale, on comprend à l’oeil nu sans avoir besoin de diplômes en la matière que c’est un film très limité, réalisé à la dernière minute, qui aurait pu peut-être être meilleur si la réalisatrice avait pris son temps.

D’autres films traitant de sujets d’actualité et qui surtout dessinaient des portraits authentiques de personnages attachants méritaient les premiers prix, comme La Combattante, d’Abbes Jlassi ou Okez, de Aziz Morjene

 

Compétition Internationale


Faucon d’or: ” Offrande ” de Youssef El Béhi et Halim Jerbi


Prix spécial du jury: ” Sitara “, Liban


2ème prix, ex-aequo: ” Baghdad Photographer ” (Irak) et ” Life in grey ” (Brésil)
 3ème prix, ex-aequo: “Les enfants du béton” (France) et ” To be ” (Iran)

Mes prix

Faucon d’or: Life in Grey, ex aequo avec A day in the Park (Espagne)

Prix spécial jury: Exist, Iran, ex aequo avec Irony (Australie)

Prix du public: Crossing (Liban) ex aequo avec Corp (Espagne)
Prix de la critique: Living like Beta (Suisse)

Les recommandations fortement recommandables des jurys

Les jurys ont émis une série de recommandations, que l’on ne peut qu’approuver:

  • Être plus rigoureux dans la sélection.

  • Intensifier les formations au sein des clubs, surtout dans l’aspect de l’écriture de scénarios

  • Penser à un prix du public, ce héros que la pluie ne fait pas fuir.

Une remarque:

Trop de prix parallèles risquent de gâcher le charme du festival

D’autres prix parallèles se sont ajoutés cette année, comme le prix de l’Association tunisienne du film documentaire, le Prix de la conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen, celui de l’Instance de lutte contre la corruption et j’en passe. Et toujours aucun prix du public, ni de la critique...

Le coup de coeur du programme off: la commedia dell’arte

Un atelier qui a remporté un succès populaire a été celui de Commedia dell’arte, dirigé par Andrea Laririo et Rabii Ibrahim: les participants se sont répandus aux quatre coins de la ville de Kelibia, créant une belle énergie autour d’eux. Leur performance en clôture du festival a suscité de longues ovations méritées. La longue tradition de la Commedia dell’Arte n’est pas étrangère au cinéma italien, qui y a puisé une de ses sources. Elle devrait faire partie de la formation de base des cinéastes amateurs.

Chers cinéastes primés, saisissez votre chance, faites-nous de meilleurs films pour la prochaine édition et dites-vous bien que le chemin de Kélibia à Cannes est encore très long (1196 km par voie maritime).

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