TUNISIE
22/01/2019 18h:08 CET | Actualisé 22/01/2019 18h:08 CET

Ce qu'il faut retenir du rapport d'Oxfam “Services publics ou fortunes privées?”

Entre 2017 et 2018, il y a eu un nouveau milliardaire tous les deux jours sur la planète.

Mikael Vaisanen via Getty Images

En 2010, 388 milliardaires les plus fortunés du monde détenaient autant d’argent que la moitié de la population mondiale. Huit ans après, les choses ont totalement évolué. De nos jours, ils ne sont que 26 à disposer d’autant de richesse que les 3,8 milliards des plus pauvres de la planète.

Dévoilé par le récent rapport d’Oxfam, ce constat met en lumière les inégalités économiques planétaires et montre bien le creusement du fossé entre les riches et les pauvres à l’échelle mondiale. 

Comme tous les ans et en amont du Forum économique mondial, dont l’édition 2019 s’ouvre ce mardi, cette ONG britannique décortique l’évolution des richesses dans le monde. 

Voici donc une synthèse des plus importants chiffres évoqués dans ce rapport intitulé “Services publics ou fortunes privées”.  

2,5 milliards de dollars

La fortune des milliardaires a augmenté de 12 % l’an dernier, soit de 2,5 milliards de dollars par jour, tandis que les 3,8 milliards de personnes qui composent la moitié la plus pauvre de l’humanité ont vu leur richesse diminuer de 11 %.

5,50 dollars par jour 

Le rapport révèle que le nombre de milliardaires a presque doublé depuis la crise financière de 2008, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours entre 2017 et 2018, alors que 3,4 milliards de personnes vivent dans l’extrême pauvreté, avec moins de 5,50 dollars par jour.

1%

Accessoirement l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, possède une fortune qui s’élève à 112 milliards de dollars sur la liste Forbes de 2018.

Il est tellement riche que seul 1% de sa fortune avoisine le budget total du ministère de la santé de l’Éthiopie, un pays de 105 millions d’habitants.

Oxfam/Rapport

 50%

 La majeure partie des personnes les plus fortunées restent des hommes. Ces derniers, qui possèdent le contrôle de plus de 86% des entreprises dans le monde, détiennent 50% de richesses en plus que l’ensemble des ressources accumulées par les femmes. 

43 fois

Selon le rapport, si la totalité du travail de soin non rémunéré effectué par les femmes dans le monde était réalisée par une seule et même entreprise, cette dernière aurait un chiffre d’affaires annuel de 10 000 milliards de dollars, soit 43 fois plus que celui d’Apple, la plus grande entreprise au monde.

0,5%

Une augmentation de seulement 0,5% de l’impôt sur la fortune des 1% des plus riches permettrait de collecter assez d’argent pour assurer l’éducation des 262 millions d’enfants déscolarisés et de fournir les soins médicaux pouvant sauver la vie de 7 millions de personnes.

D’après le rapport, la fortune est soumise à une fiscalité particulièrement faible. “Pour chaque dollar de recette fiscale, seulement 4 cents proviennent de la fiscalité sur la fortune,” précise-t-il. 

De plus, dans certains pays comme le Brésil et le Royaume-Uni, les 10 % les plus pauvres s’acquittent d’une imposition sur le revenu proportionnellement plus élevée que les 10 % les plus riches.  

Oxfam/Rapport

7600 milliards de dollars

Les super-riches dissimulent 7 600 milliards de dollars aux autorités fiscales. Un chiffres alarmant qui dévoilent les manoeuvres et pratiques des multinationales pour dissimuler leurs richesses. 

Ces pratiques privent les pays en développement de 170 milliards de dollars chaque année, précise le rapport. 

10 mille personnes 

Dans son rapport, Oxfam a révélé que dans de nombreux pays, l’accès à l’éducation ou aux soins médicaux de qualité est devenu un luxe auquel seuls les riches peuvent prétendre.

Tous les jours, 10 000 personnes meurent par manque d’accès à des soins médicaux abordables. Dans les pays en développement, un enfant issu d’une famille pauvre est deux fois plus susceptible de mourir avant l’âge de cinq ans qu’un enfant né dans une famille riche. 

Oxfam/Rapport

Ainsi dans son analyse, Oxfam pointe du doigt la répartition des richesses accentuant l’inégalité et la pauvreté. Elle démontre, chiffres à l’appui, comment les gouvernements exacerbent les inégalités, d’un côté en sous-finançant les services publics, tels que la santé et l’éducation, et de l’autre en sous-imposant les grandes entreprises et les individus fortunés et en renonçant à combattre efficacement l’évasion fiscale. 

Pour mieux décortiquer ces chiffres, HuffPost Tunisie s’est adressé au responsable communication et médias d’Oxfam Tunisie, Slim Boussoffara, et lui a posé ces quelques questions. 

Oxfam n’est-elle pas en train de dénigrer la richesse? 

“Chez Oxfam, nous ne sommes pas «anti-richesse», nous sommes «anti-pauvreté». Les   personnes   et   les entreprises riches  et  prospères  n’ont  pas  à  porter  le  blâme  de  la  pauvreté  et des inégalités; elles créent de la richesse et des opportunités,” explique -t-il. 

Pour lui, il faut mettre un terme aux inégalités extrêmes, qui condamnent des millions de personnes à vivre dans la pauvreté. “Selon la Banque mondiale, si nous ne parvenons pas à combler l’écart entre riches et pauvres, il sera impossible d’éliminer l’extrême pauvreté d’ici 2030, et 200millions de personnes vivront toujours avec 1,90 dollar par jour d’ici là”.

“Le rapport de cette année met en avant la responsabilité des États dans l’aggravation des inégalités. Bon nombre d’entre eux soumettent les riches à des taux d’imposition trop bas et ne luttent pas suffisamment contre l’évasion fiscale. Dans le même temps, ils n’investissent pas dans des services publics essentiels pour la lutte contre la pauvreté, comme les soins de santé et l’éducation, par manque de fonds. Ça n’a aucun sens”.

Un  faible  niveau  d’imposition  n’est-il  pas  une  bonne  chose?

“L’idée selon laquelle une faible imposition des plus riches aurait des répercussions positives sur la croissance économique et la création d’emploi est largement contestée,” souligne-t-il.

“Le Fonds monétaire international (FMI) lui-même et le magazine britannique The Economist ont affirmé qu’il existait une grande marge de manœuvre pour taxer les plus riches sans nuire au développement économique, et qu’une telle redistribution de la richesse est nécessaire pour éliminer la pauvreté et les inégalités. Pour  être  forte,  une  économie  doit  pouvoir  compter  sur  un  personnel  de  santé  qualifié,  de bonnes  liaisons  de  transport,  un  réseau  de  communication  solide  et  le  respect de  l’État  de droit.  Tout  ceci  est  financé  par  nos  impôts. C’est  pourquoi  il  est essentiel que  tous  les membres de la société y contribuent à leur juste part”.

Qu’est-ce que la fiscalité sur la fortune ?

Interrogé si cette mesure aura-t-elle pour conséquence d’alourdir la pression fiscale sur monsieur et madame Tout-le-monde, Boussoffara a indiqué que :“la fiscalité sur la fortune porte sur le patrimoine ou sur les revenus issus du patrimoine. Elle comprend les impôts fonciers, les droits de succession et les taxes sur les transactions financières (taxes sur certaines opérations financières telles que la vente d’actions, d’obligations et de devises étrangères –également connues sous le nom de «taxes Robin des bois»). Lorsqu’elles sont bien conçues, ces taxes ne concernent que les citoyen-ne-s les plus riches et sont le gage de leur contribution équitable aux impôts”. 

Le secteur privé n’est-il pas en mesure de fournir des soins de santé et des services éducatifs de manière plus rentable? 


“Le  secteur  privé ne  répond  pas  aux  besoins  des  plus  pauvres  de  la  société.  En  effet,  les entreprises privées ont peu d’intérêt à fournir des services à des personnes qui n’ont pas les moyens de se les payer. Elles réduisent les coûts au détriment de la qualité des services, en offrant  par  exemple  une  rémunération  moindre  aux  enseignants tout  en  négligeant  de  les former. Seuls des services universels et gratuits de santé publique et d’éducation sont en mesure de garantir des soins de santé et une éducation pour tous”, confie-t-il.

Et d’ajouter: “Aucun pays au monde n’est parvenu à offrir à tous ses citoyen-ne-s des services de santé et d’éducation sans élargir à grande échelle les services fournis par le secteur public. Lorsque des fonds publics sont investis en faveur du secteur privé, ils finissent souvent par servir les intérêts des plus riches de la société aux dépens des plus pauvres. 

Les services publics ne devraient-il pas cibler les plus pauvres de la société au lieu d’essayer de répondre aux besoins de tout le monde?

“Le fait de dédier les services aux familles et aux personnes les plus pauvres est une tactique souvent inefficace, onéreuse et maladroite, ayant pour résultat de laisser de côté celles qui sont censées en bénéficier tout en accordant des prestations à celles qui ne sont pas considérées comme étant dans le besoin. À titre d’exemple, le programme de protection sociale ciblée de l’Indonésie exclut 93 % des personnes qui devraient y être éligible,“conclut-il.

  

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