TUNISIE
15/03/2019 20h:57 CET | Actualisé 16/03/2019 13h:17 CET

Ce que vous devez retenir de la conférence de presse de la commission d'enquête sur la mort des nouveau-nés à Tunis

... Il y aurait une certaine négligence humaine.

La commission d’enquête sur la mort de nouveau-nés au centre d’obstétrique et de gynécologie de l’hôpital Rabta à Tunis vient de rendre son verdict, établissant un nombre définitif de 15 décès en relation directe ou indirecte avec une infection nosocomiale, selon une déclaration de son président Mohamed Douaji, à l’occasion d’une conférence de presse tenue aujourd’hui.

Celui-ci explique que le nombre initial de décès suspectés d’être en relation avec ce drame était de 22, mais qu’après autopsies et analyses, il s’est avéré que 7 cas n’ont aucun lien avec l’affaire.

Les causes de la mort de ces derniers sont variées et constituent des morts “normales” dans un service de néonatologie, explique Douaji.

Il a également indiqué que près de 15000 bébés naissent chaque année dans le service de néonatologie Wassila Bourguiba, dont 500 à 600 se retrouvent dans le service des soins intensifs et réanimation au 3ème étage.

En 2011, le service comprenait 5 médecins spécialistes, dont quatre avait quitté depuis, pour être ensuite remplacés par 4 autres médecins. “Parmi ces 4 nouveaux venus, deux ont quitté. Le service se retrouve finalement avec seulement 3 médecins.” a-t-il ajouté, précisant qu’une des trois médecins est en congé de maternité depuis deux mois maintenant.

Négligence humaine

Il a admis par ailleurs la présence d’un dysfonctionnement au sein du service, et que les résultats préliminaires de l’enquête laissent croire à la présence de négligences.

Selon lui, la cheffe du service en question s’était aperçue le 8 mars d’une anomalie au niveau la préparation destinée aux nourrissons, décidant immédiatement l’arrêt des perfusions.

Douagi a par contre affirmé qu’aucun produit périmé n’a été relevé au cours de l’enquête, et que la contamination est survenue au cours de la préparation de la perfusion.

La préparation de ladite perfusion est désormais confiée à d’autres hôpitaux, afin d’éviter toute nouvelle contamination, explique-t-il.

Selon lui, aucun décès lié à une contamination de la perfusion n’a été enregistré depuis le 10 mars, expliquant par ailleurs que certains nourrissons étaient morts après seulement 20 minutes de la perfusion, alors que d’autres ont succombé après quelques heures.

14 des 15 nouveau-nés décédés sont des prématurés selon Douagi, ce qui explique leur présence en service de soins intensifs, loin de leurs mères.

“Des analyses ont été faites sur tous les équipements susceptibles de transmettre un virus.” a-t-il ajouté, précisant que les résultats ne seront pas prêts avant des jours, et qu’aucune information médicale à ce sujet ne sera fournie avant le 27 mars.

Le drame

La mort des 15 nouveau-nés au centre d’obstétrique et de gynécologie de l’hôpital Rabta est au coeur d’une polémique nationale depuis plusieurs jours.

L’affaire avait commencé par le signalement de parents de la mort de leurs bébés, et que les services de l’hôpital s’étaient abstenus en premier temps de les en informer.

Suite à cela, les cas se sont multipliés pour atteindre 12 décès. Face à la gravité de la situation, le ministre de la Santé a immédiatement démissionné, et une enquête a été ouverte à ce sujet.

Après le drame, la ministre de la Santé par intérim, Sonia Ben Cheikh, a ordonné le limogeage de la directrice générale de la Santé Nabiha Borsala Falfoul, la directrice générale du laboratoire national de contrôle des médicaments Senda Bahri, ainsi que la directrice du Centre de Maternité et de Néonatalogie de La Rabta Hayet Thabet.

De son côté, le Chef du gouvernement Youssef Chahed, a accusé les responsables de laxisme et de manque de discipline. “On ne peut pas continuer comme ça.”, martèle-t-il, appelant à prendre les choses en main.

L’affaire a également remis en question le délabrement de l’état des hôpitaux en Tunisie, et les conditions extrêmes dans lesquelles une majorité de médecins travaillent.

Un Hashtag (#BalanceTonHôpital) a même été lancé pour dénoncer la situation désastreuse dans les hôpitaux, et lever le voile sur le calvaire quotidien des médecins.

L’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) avait par la même occasion appelé à la mise en place d’un plan de sauvetage “urgent” des hôpitaux publics.

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