TUNISIE
02/10/2019 15h:50 CET | Actualisé 02/10/2019 15h:56 CET

"Ce que veulent réellement les Tunisiens est plutôt ambigu": L'analyse de Jacob Walles, ancien ambassadeur US en Tunisie sur l'élection présidentielle

Selon lui, la Tunisie "va vers l'inconnu"

Getty Editorial

L’ancien ambassadeur U.S en Tunisie Jacob Walles de 2012 à 2015, Jacob Walles a livré, lundi, son analyse de l’élection présidentielle tunisienne dans un billet publié par le Carnegie Middle East Center, indiquant que la Tunisie allait “vers l’inconnu”.

Selon lui, si les élections se sont bien passées, sans incidents, le résultat démontre lui “un changement marqué par rapport à la trajectoire de la Tunisie depuis le soulèvement de 2010-2011” puisque le second tour mettra au prise “deux outsiders (...) l’un est un constitutionnaliste sans plate-forme politique claire, tandis que l’autre est un nabab des médias actuellement en prison sous le coup d’accusations de blanchiment d’argent”.

Affirmant que le rejet des candidat de “l’establishment” n’était pas une surprise, il exprime cependant sa crainte de voir la Tunisie aller vers l’inconnu: “Les Tunisiens ont maintenant le choix entre deux candidats mal définis, laissant la seule démocratie du monde arabe face à un destin incertain”.

Après avoir analysé les profils des deux candidats, entre d’un côté Kais Saied “réputé pour ses idées très conservatrices sur les questions sociales” et de l’autre Nabil Karoui “dont l’équipe a mené une campagne populiste”, Jacob Walles estime que le premier cité “entre dans le second tour dans une position très forte”, grâce notamment à l’appui d’Ennahdha alors que le second n’a reçu de soutien que de la part d’un candidat ayant obtenu 0,3% des voix lors du premier tour.

Cependant, estime l’ancien ambassadeur, “s’il perd le second tour, il peut faire appel du résultat, ce qui pourrait éventuellement mener une bataille devant les tribunaux qui sera difficile à résoudre en l’absence d’une Cour constitutionnelle”.

Mais pour lui, les élections législatives, dans ce contexte, prennent une plus grande importance. Si Ennahdha fait toujours figure de favori, “l’antipathie du public à l’égard de la classe politique qui s’est manifestée dans le vote à la présidentielle, pourrait se prolonger jusqu’aux élections législatives et pourrait toucher Ennahda ainsi que les autres partis qui dirigent le pays depuis 2011” analyse-t-il indiquant que “la transition démocratique tunisienne entre dans une nouvelle phase”, bien moins “claire” que la période 2014-2019 dominée par le consensus entre Ennahdha et Nidaa Tounes.

“Une forte percée d’Ennahda aux législatives, éventuellement suivie de l’élection d’un nouveau président soutenu par Ennahda, pourrait contrarier les forces non islamistes et ramener la Tunisie aux turbulences politiques qui ont caractérisé la période gouvernée par la troïka de 2012 et 2013” affirme Jacob Walles.

Autre point qui mène la Tunisie vers l’inconnu selon lui, l’absence de programme économique et social clair des deux candidats, “mis à part quelques commentaires généraux sur la nécessité de réduire la pauvreté”. Dans un contexte où le pays fait face à de “graves défis économiques et sociaux”, ne pas prendre en considération un tel volet serait une menace dit-il estimant que “la vision de Saied sur la décentralisation du pouvoir pourrait rendre encore plus difficile l’adoption des réformes économiques nécessaires au niveau national”.

Mais le tableau n’est pas totalement noir estime Jacob Walles puisque ces élections ont démontré que “le système électoral a bien fonctionné”: “Cela suggère que les Tunisiens continuent de valoriser le système démocratique, même s’ils sont mécontents des politiciens et des partis qui dirigent le pays depuis 2011”. Pour preuve, la non percée de Abir Moussi candidat de l’ancien régime qui démontre que les Tunisiens ont clairement tourné cette page.

“Mais maintenant qu’ils rentrent en territoire inconnu, ce que veulent réellement les Tunisiens est plutôt ambigu” a-t-il conclu.

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