TUNISIE
18/01/2019 11h:15 CET

Ce que pense l'économiste Elyès Jouini de la révolution tunisienne huit ans après

“Rien n’a été fait à l’échelle à laquelle il faudrait faire les choses,” déplore-t-il.

FETHI BELAID via Getty Images

Huit ans sont passés depuis la chute de Ben Ali en 2011, qu’est ce qui a changé en Tunisie? Pour l’économiste franco-tunisien Elyès Jouini, le pays semble encore débordé par une société en plein bouillonnement. 

“Rien n’a été fait à l’échelle à laquelle il faudrait faire les choses” déplore-t-il dans une interview accordée à France Culture. 

De son bureau de Paris-Dauphine, Jouini observe de près l’évolution de la Tunisie. Il estime que l’avancement des travaux n’est pas vraiment en phase avec l’aspiration du peuple. Forte de son slogan “Travail, dignité et liberté”, la révolution tunisienne peine à tenir ses promesses.

En effet, les régions intérieures du pays demeurent encore déshéritées, explique-t-il. “Les écarts en matière de taux de pauvreté entre la côte et l’intérieur n’ont fait que se creuser. Certes, depuis les années 2000, donc avant la Révolution, mais ça ne s’est pas amélioré et on a aujourd’hui des écarts extrêmement sensibles” souligne-t-il.

Aujourd’hui, la baisse du pouvoir d’achat, la chute vertigineuse du dinar face aux monnaies internationales et la hausse en flèche de l’inflation, le tout conjugué à un taux de chômage atteignant les 15,4% minent le moral du pays.

Des chiffres qui se ressentent d’autant plus à l’intérieur pays où se trouvent pourtant certaines richesses . “On constate que les problèmes qu’il y avait déjà en 2008 dans l’industrie du phosphate sont toujours là”, précise Jouini en ajoutant que “la production est toujours très en dessous de ce qu’elle pourrait être” et “l’investissement est complètement à l’arrêt”.

De plus, l’aggravation des déficits pousse l’économie à sombrer davantage dans le chaos. 

“On a le sentiment qu’il n’y pas eu de prise de conscience de la part du gouvernement, des politiques dans leur ensemble, ou de la classe économique”, note l’ancien ministre. 

Pour lui, le scénario d’une nouvelle révolution n’est pas exclu. Il a fait savoir que la révolution de 2011 n’a pas été planifiée, elle était, en fait, motivée par la montée progressive de mouvements spontanés de colère et de tension. “Les même causes peuvent produire les mêmes effets” argue-t-il.

Selon lui, la Tunisie a fait de bons progrès sur le plan politique, mais sur le plan économique et social, il reste beaucoup à faire.  

“Tout de même, il y a certains nombres de facteurs encourageants. La Tunisie est sur les rails de la démocratie. Globalement, les choses avancent. Il faut juste s’attaquer au malaise économique et social avant qu’il ne soit trop tard” conclut-il sur une note positive. 

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