MAROC
25/09/2018 18h:01 CET

Ce petit réfugié syrien s’apprête à vivre une nouvelle vie grâce au cinéma

"Il y a quelque chose de très triste dans ses yeux"

Gareth Cattermole via Getty Images

SOCIÉTÉ - En mai dernier, la vie de ce petit garçon au visage d’ange a pris un tournant surprenant, de la noirceur des camps de réfugiés au glamour des tapis rouges. Dévoilé lors du Festival de Cannes en France, pour le film “Capharnaüm” de Nadine Labaki, dans lequel il tient le rôle principal, Zain Al Rafeea, un jeune réfugié syrien de 13 ans, avait ému le public cannois. 

Aujourd’hui, le jeune garçon et sa famille s’apprêtent à entamer une nouvelle vie en Norvège, loin des camps de réfugiés de Beyrouth. Retour sur un parcours déjà bien chargé d’un adolescent qui a trouvé le salut dans le cinéma. 

Dans un reportage réalisé par l’UNHCR (l’agence des Nations Unies pour les réfugiés), on le voit affichant un sourire timide avant de monter sur scène prendre son prix lors du festival de Cannes. Le petit garçon ne semble pas réaliser ce qui lui arrive. Issu d’une famille syrienne, Zain n’avait que sept ans lorsque sa famille fuit la ville de Daraa dans le sud de la Syrie en 2012, pour trouver refuge à Beyrouth au Liban, où l’adolescent a été repéré par la réalisatrice libanaise Nadine Labaki.

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“Je me suis senti totalement paralysé”, se souvient Zain, face à la caméra de l’UNHCR lorsqu’il revient avec fierté sur cette nuit du mois de mai où son film “Capharnaüm” a remporté le prix du jury. “C’est la première fois de ma vie que je vois tout le monde debout en train d’applaudir. C’était la chose la plus merveilleuse qui soit.”

Personnage principal du film “Capharnaüm”, il joue un garçon sans-papiers vivant dans l’un des quartiers les plus pauvres de Beyrouth, contraint à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille au lieu d’aller à l’école. Zain s’inspire alors de sa propre expérience en tant que réfugié non scolarisé vivant dans des conditions difficiles pour interpréter le rôle avec une sincérité et une puissance qui ne laissent pas indifférent.

“Quand j’ai vu Zain, il était vraiment évident pour moi qu’il allait être notre héros”, a déclaré Nadine Labaki. “Il y a quelque chose de très triste dans ses yeux. Il sait aussi de quoi nous parlons dans le film, et ça se lit dans son regard”.  

“Cela a été difficile”, explique Zain à propos de son enfance en exil. “J’aurais aimé aller à l’école. Je me souviens du premier jour où nous sommes venus ici et je suis allé jouer. Je m’étais battu avec un gamin”. L’enfant livre ainsi une part de son parcours dans une interprétation touchante et attendrissante. 

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Le film aborde de nombreuses questions sociales touchant tant les Libanais que les réfugiés: travail des enfants, mariage précoce, apatridie et pauvreté, dans un pays qui compte actuellement plus de 976.000 réfugiés syriens enregistrés, dont plus de la moitié sont des enfants, faisant du pays le plus grand hôte de réfugiés au monde en proportion de la population.

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La caméra de l’UNHCR filme la famille de Zain se préparant à quitter leur petit appartement de Beyrouth pour s’envoler vers la Norvège. “Je suis à la fois heureux et triste. Mes cousins ​​ici me manqueront, mais là, je pourrai aller à l’école et apprendre à lire et à écrire” déclare le jeune adolescent.

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Aujourd’hui, Zain, ses parents et ses trois frères et soeurs se sont installés en Norvège où il a commencé à aller à l’école. Ils font partie des moins de 1% des familles de réfugiés dans le monde qui ont la chance de commencer une nouvelle vie dans un autre pays.

Un jour peut-être, Zain pourra décidé de poursuivre une carrière d’acteur à plein temps, mais pour le moment, le jeune garçon est heureux de pouvoir enfin réaliser son rêve d’aller à l’école.