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05/11/2018 10h:59 CET | Actualisé 05/11/2018 10h:59 CET

Causes du déclin de la participation électorale en Tunisie postrévolutionnaire: Quelques explications

Une jeune démocratie, comme celle tunisienne, doit être en redéfinition continuelle pour répondre aux besoins d’une société en perpétuel mouvement et maintenir un lien dynamique avec la population.

Zoubeir Souissi / Reuters

Face à la situation de forte abstention depuis les élections présidentielles et législatives de 2014, nous avons droit à chaque fois au couplet des ténors de la politique qui viennent à tour de rôle accuser les simples citoyens de favoriser les extrêmes en ne votant pas. Ce constat ressort clairement d’un certain nombre de facteurs dont la méfiance et la désaffection accrues des électeurs vis-à-vis des blocs politiques ce qui peut risquer un glissement vers les extrêmes (gauche ou droite) pour les élections futures. 

Les personnalités les plus en en vue des partis “traditionnels” mènent donc de grandes campagnes pour éveiller les consciences et faire en sorte que les électeurs reprennent le chemin des urnes. On les voit aussi régulièrement sur les plateaux de télévisions commenter la nouvelle réalité politique (surtout suite aux élections municipales de 2018) et se lamenter du taux d’abstention qui ne cesse de grimper à cause, bien entendu, de “l’autre”, celui qui n’a pas assumé son rôle de citoyen.

Régulièrement on aborde le sujet, des chiffres et des courbes viennent nous interpeller par écrans interposés. Puis, l’élection passée, le soufflé et la culpabilisation du devoir non accompli retombent vite et l’on se donne les excuses, éculées mais tenaces, pour se justifier.

D’un côté, les abstentionnistes qui sont persuadés que le fait de voter ne sert à rien parce qu’“ils sont tous pareils” ; de l’autre, les votants, qui accusent les non-votants de plomber la démocratie, persuadés qu’il faut s’exprimer même si on sait que cela ne changera pas grand-chose et que le choix est parfois limité, voir identique.

Laisser l’abstention se répandre et gagner un terrain de plus en plus important à mesure des élections, c’est donc, à terme, favoriser l’émergence de deux catégories d’individus qui ne pourront que s’éloigner les uns des autres et creuser le fossé, toujours plus profond, de ceux qui seront en bas dans la pénombre (la classe populaire) et ceux qui seront en haut à la lumières (l’élite économique, intellectuelle et politique). C’est pourquoi il faut comprendre pourquoi on en est arrivé là?

Une explication de type psychanalytique s’impose de prime abord. Il est clair pour une bonne partie des tunisiens que la classe politique est de plus en plus éloignée des préoccupations de ceux qu’elle est censée représenter. Plusieurs études et enquêtes démontrent qu’il y a un espèce de phénomène de neutralisation de la faute qui peut être prépondérant chez ceux qui s’estiment appartenir à la caste des décideurs. La suite logique est un déni total de la responsabilité et pour beaucoup une paranoïa du complot à leur égard. C’est pourquoi une grande majorité de leaders politiques de l’ère de la Deuxième République ne vivent que dans des cercles où personne n’ose remettre en cause ce qu’ils disent, ni leurs actions ou leurs demandes, fussent-elles en dehors des clous.

Au milieu de ce cercle de proches et de “compagnons de route” il devient difficile de dire les choses comme elles sont. On laisse faire, on regarde ailleurs, on trouve des excuses, mais on ne s’interpose pas.

L’abstention peut donc être une façon de refuser de légitimer le système actuel. Elle peut également traduire un consentement tacite à l’égard des parlementaires ou du régime en place. Une troisième voie veut que les abstentionnistes acceptent simplement le choix de la majorité. On croit toutefois que l’abstentionnisme traduit généralement un mécontentement global envers le système en place. Somme toute, cette façon de participer indirectement à la vie politique n’est d’aucune conséquence sur le plan électoral à l’heure actuelle, puisque les abstentions ainsi que les votes annulés ou non-conformes n’ont aucune valeur juridique et n’entraînent aucune conséquence politique.

Une jeune démocratie, comme celle tunisienne, doit être en redéfinition continuelle pour répondre aux besoins d’une société en perpétuel mouvement et maintenir un lien dynamique avec la population. Il est possible que la baisse de participation soit le symptôme d’un désintérêt populaire envers la chose politique telle qu’on la connaît aujourd’hui, mais il est davantage probable qu’il s’agisse d’un signe annonciateur d’une nouvelle ère de participation civique mieux adaptée aux enjeux et au mode de vie des démocraties contemporaines. 

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