MAROC
29/01/2019 15h:08 CET

Casablanca: Un sans-abri va sortir de la rue grâce à la mobilisation de Jood et des internautes

Après un entretien, Mounsif a directement pu bénéficier d'une formation.

Jood/Facebook
La président de l'association Jood, Hind Laidi, et Mounsif après les entretiens.

SOLIDARITÉ - Un nouveau départ. Le 23 janvier, l’association Jood partageait le curriculum vitae d’un sans-abri de Casablanca. Grâce au soutien indéfectible de l’association et la mobilisation rapide des internautes, Mounsif a commencé une formation payée, 5 jours seulement après l’appel.

Âgé de 33 ans, Mounsif a connu un parcours classique. Au début des années 2000, il obtient son baccalauréat option lettres modernes et rejoint l’université en filière littérature française. Après la première année, il rejoint les forces armées royales d’où il sort, six ans plus tard, avec un grade de sergent. Agent de sécurité, télé-vendeur, agent commercial... Mounsif s’essaye à plusieurs domaines par la suite.

“Malheureusement, il a vécu une petite période de dépression durant laquelle il a perdu son emploi. C’est la raison pour laquelle il a voulu venir à Casablanca.  De nombreux jeunes hommes ont honte et n’assument pas de vivre dans leur famille sachant qu’ils ne pourront pas ramener un revenu et participer aux frais de la maison. Ils préfèrent partir, chercher du travail et revenir dans la famille la tête haute, en étant fier de pouvoir les aider”, souligne au HuffPost Maroc Hind Laidi, la présidente de Jood.

4 mois de rue avant des entretiens

Quand il arrive à Casablanca, Mounsif trouve du travail dans un centre d’appels. Mais rapidement après son embauche, l’entreprise doit réduire ses effectifs. Mounsif fait partie de ceux qui ont dû la quitter. Sans revenus pour payer le loyer, il se retrouve à la rue. “Une personne qui se retrouve à la rue, c’est une descente aux enfers. Très rapidement, elle devient sale, ses habits s’usent et ça devient très difficile de se relever”, souligne la présidente de Jood.

L’association qui aide quotidiennement les sans-abris à Casablanca, El Jadida et Marrakech a voulu faire bouger les choses et offrir une autre vie à Mounsif. Le 23 janvier, Hind Laidi lance un appel à l’aide sur la page Facebook de l’association. “Il est très bien éduqué et son élocution en langue française est excellente, son seul souhait est de travailler pour se permettre une vie décente et digne et il est motivé et prêt pour n’importe quel travail”, disait-elle dans son post. “Nous nous occuperons de lui trouver des vêtements corrects et de lui payer le loyer des premiers mois et quelques meubles dès qu’on a une promesse d’embauche”.

“Les internautes ont réagi tout de suite à mon appel à l’aide. Mounsif a eu près de 12 appels pour des entretiens. 9 venant de centres d’appels et 3 venant de sociétés”, souligne Hind Laidi. 

La présidente de Jood lui demande d’attendre le lundi qui suit pour passer les entretiens. En attendant, elle lui offre 4 nuits d’hôtels à Bab Marrakech, dans la médina, pour que Mounsif puisse se reposer, se doucher, aller chez le coiffeur. “Nous lui avons ramené des vêtements. Avant de passer ses entretiens, c’était important qu’il ait une période de transition. Lundi, il est arrivé au rendez-vous méconnaissable”. 

Mounsif trouve une formation payée

Ce lundi 28 janvier, Hind Laidi a annoncé la bonne nouvelle sur Facebook. “Il a passé son premier entretien aujourd’hui et après avoir exprimé sa motivation et sa détermination à être à la hauteur, il a été admis de suite et à déjà débuté la formation pour devenir constateur pour une entreprise d’assistance”.

“Pendant l’entretien, il a tout de suite montré sa volonté de se surpasser pour être à la hauteur des attentes. Le patron de la société, voyant sa motivation, a tout de suite accepté”, souligne la présidente de l’association à notre rédaction. A la fin de l’entretien, Mounsif était directement envoyé en formation. “Il lui a remis de l’argent pour l’aider, a décidé de le payer dès le premier jour et de le déclarer à la CNSS”, explique Hind Laidi. L’employeur a même promis d’aller plus loin: il a demandé à Jood de lui proposer d’autres profils à embaucher, comme Mounsif. 

De son côté, le jeune homme de 33 ans est très reconnaissant envers tous ceux qui l’ont aidé. “Sans la mobilisation des internautes, il n’aurait pas pu s’en sortir. Entreprise ou particulier, les gens ont peur d’une personne qui vit à la rue. Mais ce ne sont pas tous des criminels. Il y a des gens pour qui la vie a mal tourné à un moment et une petite main tendue peut rapidement changer leur destin”. 

Un appel aux dons a été lancé par Jood pour aider Mounsif à payer ses deux premiers mois de loyer. “Nous lancerons également d’autres appels pour pouvoir loger à l’hôtel les personnes que nous allons présenter pour des entretiens d’embauche”, précise Hind. L’association doit compter sur l’argent de la trésorerie en attendant de recevoir des dons.