MAROC
17/12/2018 17h:04 CET

"Casablanca, nid d'artistes", le livre qui raconte la capitale économique sous l'angle artistique

Près de 115 artistes racontent leur Casablanca.

TinasDreamworld via Getty Images

LECTURE - La voix des artistes. L’auteure franco-marocaine Leïla Slimani et la journaliste culturelle, critique littéraire et éditrice marocaine Kenza Sefrioui viennent de publier un ouvrage commun, dans lequel elles donnent la voix aux artistes qui s’inspirent et créent dans la capitale économique: “Casablanca, nid d’artistes”, publié chez Malika éditions. Ils y racontent “leur” Casablanca.

L’idée de cet ouvrage a vu le jour dans la tête de Leïla Slimani et de Malika Slaoui, la directrice de Malika éditions. Ensemble, elles voulaient consacrer un livre aux artistes de Casablanca. “Le projet initial était de parler de la nouvelle scène artistique de la ville”, souligne au HuffPost Maroc Kenza Sefrioui. “J’ai beaucoup aimé le titre du livre, ‘Casablanca, nid d’artistes’, qu’elles avaient choisi. Il m’évoquait cependant quelque chose de plus large et j’ai donc souhaité y associer des gens de plusieurs générations, de plusieurs disciplines qui n’étaient pas seulement en lien avec la nouvelle scène urbaine qui s’exprime depuis les années 2000”, ajoute-t-elle. 

Musiciens, écrivains, comédiens, cinéastes, danseurs, performeurs, photographes, peintres... Près de 115 artistes ont alors raconté leur vision de Casablanca à la journaliste. “Je voulais que ce soit une promenade émotionnelle dans Casablanca et que cela puisse donner lieu à des expressions intimistes et personnelles”, nous explique Kenza Sefrioui. A chacun, elle a posé la même question: “Quelle est l’émotion que Casablanca vous inspire?”.

“Les artistes ont la parole la plus profonde qu’on puisse avoir sur une ville parce qu’on est au-delà du cliché. On n’est pas non plus dans une dynamique touristique. Seulement dans une expression très intense et très sincère, qui touche”, ajoute la journaliste. 

Une ville qu’on adore détester mais qu’on a du mal à quitter

Souvent, dans ses entretiens, Kenza Sefrioui retrouve la même idée, “un rapport très passionnel à la ville”, détestée mais difficile à quitter. Et ce, même chez ceux qui l’ont laissée: Casablanca continue de les inspirer.

Ainsi, le réalisateur marocain Nabil Ayouch la décrit comme une ville “violente, insolente, sale, bruyante, agressive, autant que généreuse et inspirante. L’air qui la traverse est tout aussi pollué que rempli d’une énergie vibrante qui me donne envie de voler au-dessus des immeubles et de la voir se mouvoir de tout en haut. Casa est faite de galaxies multiples qui s’entrechoquent, se nourrissent l’une l’autre. J’ai aimé cette ville par sa périphérie, par la rage, les cris qui s’en dégagent, par les rencontres qu’on y fait et qui nous gardent attachés. Attachés et en vie”.

C’est un sentiment que Kenza connaît aussi, elle qui est venue s’installer à Casablanca à l’âge de 24 ans. “Les anciens étaient plus dans la nostalgie ou dans le témoignage de ce qu’avait été Casa à une certaine époque. Dans le regret de ce que Casa est devenu aussi, parfois. C’est une ville qui ne laisse pas indifférent”, souligne-t-elle. 

Dans l’ouvrage, on ne retrouve pas que des textes. Pour accompagner les paroles des musiciens ou des performeurs, les auteures ont inséré des QR Code qui renvoient à des liens où on peut écouter de la musique, découvrir un bout de film ou un bout de performance. “Les peintres et photographes, tout ceux dont l’expression est visuelle, ont été invités à choisir une image, une oeuvre, qui représentait le mieux leur propre rapport à Casa, en plus de leur texte”, ajoute Kenza Sefrioui. 

Le couple de photographes Cécile Tréal et Jean-Michel Ruiz a également été invité à prendre des photos des différents quartiers en s’inspirant des textes. “Ils sont allés faire des photos de Hay Mohammadi, des Abattoirs, des Habbous, d’Ain Diab, de l’avenue Mohammed V... De différents quartiers de Casa pour ancrer ces émotions dans le paysage urbain”, précise l’auteure.

La difficulté de certains artistes 

Certains artistes ont profité de ces échanges pour dévoiler leurs difficultés ou leurs espoirs à Kenza. Les musiciens de rue, qui ont connu récemment de nombreuses histoires avec les forces de l’ordre, sont de ceux-là. “J’ai une pensée particulière pour eux. Il y a là un vrai enjeu, celui de l’art dans l’espace public et de la reconnaissance de leur discipline comme une vraie expression artistique qui enrichit la ville et qui mérite d’être encouragée”. 

Avec “Casablanca, nid d’artistes”, l’auteur espère également faire prendre conscience de la vitalité du paysage artistique casablancais. “Ce qui m’a frappée, c’est de voir à quel point il y a une spontanéité artistique et très peu d’actions publiques qui les encouragent et les soutiennent. Cette ville pourrait être fabuleuse si on les laissait travailler”.

Une véritable réflexion pourra même être engagée à une autre échelle. Malika Slaoui souhaite en effet faire toute une collection sur les villes “nids d’artistes”. “Je crois qu’il y a Tanger en préparation et qu’il est question d’autres villes à l’étranger, dans le monde arabe et africain”, souligne Kenza Sefrioui. En attendant, “Casablanca, nid d’artistes” est déjà disponible dans les librairies et sur le site livremoi.ma.