MAROC
17/11/2014 14h:22 CET | Actualisé 05/05/2015 06h:37 CET

Casablanca fête ses 100 ans d'urbanisme (PHOTOS)

Casablanca Avant/Après

ARCHITECTURE - Il y a tout juste 100 ans, le premier code de l'urbanisme était promulgué au Maroc suivi aussitôt par le premier plan d'urbanisme de Casablanca, communément appelé le Plan Prost. Le prélude d’une aventure urbaine.

Avec la signature du traité du Protectorat en 1912, Casablanca attire une importante population européenne en quête de bonne affaires et d'une nouvelle vie.

En 1905, sur 20 000 habitants, on recense 570 européens. Ils seront 31 000 en 1914 ! Auxquels vont bientôt se rajouter des milliers de Marocains, attirés par l'essor du nouveau port.

La petite cité d'Anfa est à la limite de l'explosion. Les constructions poussent comme des champignons en dehors des murs de l'ancienne médina. La spéculation foncière est féroce et les promoteurs détiennent entre leurs mains le destin de la ville. Faute d'une politique d'hygiène, le typhus et la variole font rage.

C'est dans ce contexte d'anarchie urbaine que débarque, en 1913, un corps d’architectes, sollicité par le premier Résident général au Maroc, le Maréchal Lyautey. A leur tête, Henri Prost, un jeune dandy parisien, grand Prix d'Architecture, membre de la Société française des architectes et des urbanistes.

Henri Prost est nommé par Lyautey "Directeur du service spécial d'architecture et des plans des villes", en février 1914. Malgré son savoir-faire, il redoute l'ampleur de la tâche qui lui incombe.

"Au commencement de 1914, la petite ville indigène était noyée au milieu d’un extraordinaire mélange de fondouks et d’habitations de tout genre, simples cabanes en planches, villas ou immeubles à cinq étages, s’éparpillant à plusieurs kilomètres des remparts", constate-t-il.

"A première vue, c’était un chaos invraisemblable, sans voirie possible, tellement le développement avait été rapide, partout à la fois et en tous sens".

Ville nouvelle, ville moderne

Henri Prost présente son premier plan d'urbanisme pour Casablanca en 1915 qui inscrira Casablanca dans l'histoire des villes modernes. Il dessine un plan semi-radioconcentrique autour de la médina, basé sur un système hiérarchisé de boulevards reliant les points structurants de la ville nouvelle.

Le boulevard circulaire réunit les quartiers résidentiels du sud-ouest et les quartiers plus populaires et industriels de l'est. S'inspirant des expériences allemandes et américaines en matière de zoning et d'occupation des sols, il découpe le centre-ville en parcelles suffisamment généreuses pour accueillir d'imposants immeubles.

Tout un arsenal juridique est élaboré pour permettre la percée des nouveaux boulevards, le remembrement des parcelles ainsi que les servitudes (alignements, gabarits et autres arcades).

Casablanca devient une référence internationale, sachant que la mise en pratique d'une telle réglementation urbaine ne pourra se faire, en France, qu'après la première guerre mondiale.

Henri Prost réserve d'importants emplacements à quelques grands parcs et squares, et dessinent de belles et larges avenues plantées.

Cependant, son plan comporte une faiblesse qui est de taille, il n'inclut pas l'ancienne médina qui est, selon lui, vouée à disparaître. Ce en quoi il se trompe lourdement.

Dès 1917, il envisage la construction d'une nouvelle médina, sur la colline Mers Sultan, pour loger la population rurale des bidonvilles qui se multiplient aux abords de la cité, conséquence du développement trop rapide de la ville.

La réglementation établie par Prost restera en vigueur à Casablanca jusqu'à la fin des années 1940. Lors d'une conférence donnée à Paris en 1926, Lyautey reconnaît que c'était bien "le grand urbaniste M. Prost qui fut réellement l'inspirateur de nos villes nouvelles".

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