MAROC
15/05/2018 11h:57 CET | Actualisé 15/05/2018 12h:02 CET

Carburants: Les pétroliers font payer leurs investissements aux consommateurs

Entre 13 et 17 milliards de dirhams de marges supplémentaires.

FADEL SENNA via Getty Images

SCANDALE - Après plus de 9 mois d’investigation, la mission d’information parlementaire chargée d’étudier la situation du marché des hydrocarbures a rendu son verdict. Son rapport, dont le HuffPost Maroc détient copie, sera présenté aujourd’hui au Parlement.

14 milliards de surplus de marges depuis la libéralisation

Deux versions circulent sur Internet. Une première, composée de plus d’une centaine de pages, semble être la plus critique à l’égard des professionnels du secteur et aurait été “allégée” des passages les plus sensibles pour obtenir la deuxième version (78 pages), plus consensuelle.

Selon Yabiladi, qui cite une source proche du dossier, c’est un membre de ladite mission qui aurait fait fuiter les deux versions suite “aux pressions extérieures” exercées sur lui et ses collègues pour caviarder le rapport. Les sociétés de distribution de carburant seraient intervenues pour éviter que certaines informations ne soient publiées dans le rapport final.

Et elles auraient réussi. Ainsi, l’évolution de leurs marges a disparu de la version finale alors que la première version les estimait à une moyenne de 0,96 dirham de marge supplémentaire par litre de gasoil et 0,76 dirham par litre d’essence, soit un total de 14 milliards de dirhams depuis la libéralisation totale du secteur des hydrocarbures.

Plus de 3 milliards de dirhams à rendre à la caisse de compensation

Un surplus de plus de 80% sans compter que certaines compagnies, présentent sur plusieurs pays, profitent de consortiums créés à l’international pour réduire davantage les frais d’acquisition, tandis que d’autres opèrent dans le transport, la distribution et la vente au détail, ce qui grossit encore plus les marges engrangées.

Autre chiffre choc occulté, 3,08 milliards de dirhams reçus par les compagnies dans le cadre de subventions étatiques pour la mise en place d’unités de stockage afin de préserver le niveau de réserve stratégique de carburant. Le rapport affirme que ces fonds n’ont pas été investis et demande, dans ses recommandations, la restitution de cette somme à la Caisse de compensation. Des lignes qui ont disparu du rapport final.

Il n’en pas fallu plus pour crier au scandale. Alors que la campagne de boycott n’a toujours pas désenflé, certains lui ont trouvé un souffle nouveau dans ce scandale et appellent à rendre ces marges indécentes récoltées au détriment du consommateur. C’est le cas du député de la Fédération de gauche démocratique (FGD) Omar Balafrej qui estime à 17 milliards de dirhams et recommande l’instauration d’une taxe exceptionnelle pour récupérer ce “montant empoché de manière non-éthique”.

De leur côté, les sociétés de distribution d’hydrocarbures essaient tant bien que mal d’éteindre l’incendie. Dans différentes sorties publiques, le Groupement des pétroliers du Maroc (GPM) avance le chiffre de 10 milliards de dirhams consentis sur 5 ans afin de mettre à niveau les stations-service (notamment en équipements d’affichage des prix) et pour améliorer les capacités de stockage.

Investissements obligatoires? C’est le consommateur qui régale

À cela s’ajoute le montant de 8 milliards de dirhams qui représentent le prix de l’acquisition de 900.000 tonnes de carburants qui assurent une réserve de 30 jours. “Cela donne un total de 18 milliards de dirhams qui couvrent entièrement le surplus de marges encaissé par les sociétés”, confie au HuffPost Maroc une source proche du dossier. “D’ailleurs, la totalité de ce montant a été allouée aux programmes d’investissements exigés par l’État”, poursuit notre source.

En d’autres termes, c’est donc le consommateur qui aurait finalement financé la totalité des investissements des pétroliers alors que ces derniers continuaient d’engranger les mêmes bénéfices. Une aberration qui risque bien d’exacerber les échanges lors de la discussion du rapport et qui place le gouvernement dans une position délicate puisque, de l’aveu même de la commission parlementaire, “aucune procédure d’accompagnement qui permettrait de suivre avec précision l’évolution des prix et d’intervenir si nécessaire” n’a été prévue.

Après un ras-le-bol diffus exprimé sur Internet dès le lendemain de la libéralisation du secteur des hydrocarbures et un mouvement de boycott à grande ampleur ciblant une compagnie pétrolière, la hausse des prix des carburants reste une épine agaçante que le PJD n’arrive toujours pas à ôter de son pied.

Conscient des conséquences qu’une telle inflation pourrait avoir, l’équipe d’El Othmani a tout fait pour s’attribuer les faveurs de la population. Au point de pousser le Chef de gouvernement à consentir un déplacement spécial, avec toute une cohorte de ministres, pour le lancement d’une application mobile qui compare les prix entre les différentes stations-service. Mais face aux nouvelles révélations apportées par ce rapport, il en faudra plus pour calmer les mécontents.

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