MAROC
10/04/2018 10h:02 CET

Carburants: La nouvelle application de Daoudi ne fait pas que des heureux

Les contrevenants devront dorénavant se justifier.

BlindTurtle via Getty Images

CONSOMMATION - Après plusieurs mois de retard, le comparateur de prix de carburants des différentes stations-service marocaines est enfin disponible. L’application “Mahatati”, disponible dès à présent pour les smartphones Android et iOS, permet un accès libre, gratuit et en temps réel aux prix des carburants dans les différentes stations de service à l’échelle nationale dans un rayon de 50 km.

Développée par le ministère délégué chargé des Affaires générales et de la gouvernance, en collaboration avec le Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), l’application vient répondre à un besoin d’information fiable concernant les prix de l’essence et du diesel. “Après la libéralisation des prix des carburants, le budget de l’État s’est allégé. Maintenant, c’est au tour de celui du consommateur”, a lancé Lahcen Daoudi lors du lancement officiel de la plateforme digitale.

Il faut dire que la question de la hausse des prix du carburant, mais surtout celle des différences constatées entre plusieurs stations d’une même région avait suscité l’ire des consommateurs. “Nous avons constaté des écarts de prix atteignant dans certains cas un dirham par litre entre deux stations. C’est inadmissible”, a déploré Saâdeddine El Othmani, présent également au lancement.

Avec Mahatati, il sera dorénavant possible de vérifier les prix de chaque station, mais également de voir les services qu’elle propose (restauration, lavage, réparation...). Grâce à la géolocalisation, l’application pourra également faire office de GPS pour guider l’utilisateur jusqu’à la station choisie. Cette possibilité de choisir en toute conscience, indisponible avant malgré la décision d’affichage des prix, va pouvoir mettre le consommateur à contribution dans la mise en œuvre des mécanismes de concurrences.

Les pompistes complètement impuissants

Une situation qui ne plaît pas forcément à tout le monde, à commencer par les propriétaires et gérants des stations-service. “La mise en place de cette application est un projet ambitieux que nous encourageons, car elle ne pourra qu’être bénéfique pour le consommateur, mais nous appelons à définir les responsabilités”, déclare au HuffPost Maroc Adam Elalaoui, vice-président de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations de services au Maroc.

Quelles responsabilités? L’administrateur de la Fédération restera vague à ce sujet et n’avouera qu’à demi-mot les maux de sa profession. “Les gérants et propriétaires des stations-service sont tout à fait impuissants et je peux vous assurer que nous n’avons aucune possibilité d’impacter les prix des carburants, que ce soit à la hausse ou à la baisse”, assure Elalaoui. Liés par des contrats commerciaux aux sociétés de distribution de produits pétroliers, qui importent et transportent les carburants, les gérants ne sont que le dernier (et plus faible) maillon de la chaîne. Ils sont pourtant les premiers interlocuteurs face au clients mécontents.

10 milliards de dirhams en 5 ans investis par les pétroliers

En amont, les sociétés de distribution sont donc tout désignées pour profiter de la situation. Un avis partagé par le gouvernement puisque le département de Lahcen Daoudi avait alerté en juin dernier sur “la hausse de la marge bénéficiaire de certaines sociétés de distribution d’hydrocarbures en comparaison avec la situation avant la libéralisation des prix”. Un constat émis par le Comité de vigilance du ministère qui avait examiné l’évolution des prix des produits pétroliers, à l’échelle internationale, et ses répercussions sur le marché intérieur, à travers ceux appliqués sur la consommation par les pompistes, et ce depuis la libéralisation des prix.

De leur côté, les pétroliers se défendent de toute hausse abusive. “Les prix des carburants au Maroc sont une conséquence directe du prix du baril à l’international et dans une moindre mesure de la parité du dollar”, explique Adil Ziadi, président du GPM. “Sans compter que de gros investissements ont été consentis par les sociétés dans le cadre de la nouvelle loi sur la protection du consommateur”, ajoute-t-il. Estimés à 10 milliards de dirhams sur une période de 5 ans, ces investissements ont permis de mettre à niveau les capacités de stockages des stations, mais également d’acquérir les panneaux d’affichage des prix, obligatoires avec le nouveau texte de loi.

Il n’empêche que l’Exécutif ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin. Selon Saâdeddine El Othmani, l’application Mahatati n’est qu’une première étape et d’autres mesures en faveur du consommateur devraient suivre afin d’assainir le secteur. Un décret serait déjà dans le pipe, rapporte le quotidien Al Massae dans son édition du 9 avril, et devrait bientôt être publié au Bulletin officiel. Le texte législatif introduit un certain nombre de dispositions coercitives dont notamment une amende de 5.000 dirhams par jour pour non affichage des prix.

LIRE AUSSI: