MAROC
17/05/2018 10h:36 CET

Cannes: Standing ovation pour le film marocain "Sofia" de Meryem Benm’Barek (PHOTOS)

”'Sofia' démarre comme un thriller social avant de basculer vers l’étude sociologique."

Sofia

CANNES - Premier long-métrage de la franco-marocaine Meryem Benm’Barek, “Sofia” a connu un grand succès hier soir à Cannes, à l’occasion de sa présentation dans la catégorie “Un certain regard”, dans le cadre de cette 71e édition du festival de cinéma. La projection du film a été saluée par un tonnerre d’applaudissements au générique de fin.

“Les gens n’ont pas été arrêté d’applaudir, nous avions tous les larmes aux yeux”, déclare au HuffPost Maroc l’actrice Sarah Perles, encore émue de la réaction du public cannois. La réalisatrice Meryem Benm’Barek était accompagnée des acteurs principaux du film pour fouler, ce mercredi 16 mai, les marches du festival et se prêter au traditionnel photocall.

Festival de Cannes

Pour sa première longue production, Meryem Benm’Barek a choisi de raconter, “sans porter de jugement”, ce que peuvent traverser les “150 femmes célibataires stigmatisées qui accouchent chaque jour au Maroc” et qui “encourent la prison”, rapporte la réalisatrice.

C’est l’épreuve que va traverser le personnage principal du film, Sofia. Jouée par Maha Alemi, que le public a découvert dans “Much Loved” de Nabil Ayouch, cette jeune casablancaise vit un déni de grossesse et ne réalise qu’elle est enceinte que quelques heures avant son accouchement. Prise de douleurs, elle se rend à l’hôpital accompagnée de sa cousine Lena, interprétée par Sara Perles, actrice découverte dans le film “Burn Out” de Nour-Eddine Lakhmari . L’enfant ayant été conçu dans une relation hors mariage, l’hôpital lui accorde un délai de 24 heures pour fournir les documents du père du nouveau-né, avant d’alerter les autorités. Si les deux cousines se lancent à la recherche du père, le film ne se réduit pas à une quête menée par ces personnages féminins. 

Sofia

″‘Sofia’ démarre comme un thriller social avant de basculer vers l’étude sociologique”, explique Benm’Barek dans un communiqué. “L’enjeu est moins de savoir qui est le père de l’enfant que de montrer la pression qu’impose une société qui ne conçoit pas une naissance sans mari. Du coup, le drame familial prend le pas et les jeux de pouvoir se font jour entre les personnages.”

Le choix des deux personnages principaux n’est donc pas anodin. À travers Sofia et Lena, la réalisatrice a voulu représenter deux aspects de la société marocaine.

“Sofia représente le milieu plus traditionnel avec les rêves que ça implique, et sa cousine Lena, franco-marocaine, qui vient d’un milieu plus privilégié, représente le regard occidental porté sur le Maroc”, explique la réalisatrice à la Fondation Gan pour le cinéma dans l’interview ci-dessous.

“Avant chaque scène, Meryem nous expliquait les enjeux que la scène représente  mais nous n’avions pas vraiment eu besoin de nous préparer à nos rôles car les acteurs qu’elle avait choisis correspondaient parfaitement à chaque personnage”, explique Sarah Perles au HuffPost Maroc.

Le tournage du film s’est déroulé durant 6 semaines dans la ville de Casablanca où, d’après la réalisatrice, la fracture sociale est la plus visible au Maroc.

Sofia

“Tout le monde converge à Casablanca pour trouver du travail et essayer de progresser dans l’échelle sociale”, explique Benm’Barek dans le communiqué. “Les différents quartiers qui composent la ville sont un parfait résumé de la société marocaine. J’ai filmé ceux qui étaient à mes yeux les plus adaptés à mon sujet: Derb Sultan, le centre-ville, et Anfa”, raconte la réalisatrice.

Les cinéphiles pourront découvrir “Sofia” dans les salles en France à partir du 19 septembre. Aucune date n’a encore été annoncée pour la sortie du film au Maroc, mais la réalisatrice espère qu’il pourra y être projeté. 

“J’ai fait en sorte qu’aucune image ne soit censurable dans ce film. Il est important pour moi qu’il soit visible par tous afin qu’un vrai débat puisse être ouvert quant aux problématiques soulevées par le film. J’espère que le public se retrouvera dans cette histoire que j’ai voulu la plus accessible possible. Je me suis imposé de manière rigoureuse d’éviter toute caricature”, assure Benm’barek.

Bio express

Meryem Benm’Barek est née en 1984 à Rabat au Maroc. Elle a étudié l’arabe à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris avant de rejoindre en 2010 l’INSAS à Bruxelles pour y étudier la réalisation. Elle y a réalisé cinq courts métrages, notamment “Nor” en 2013 et “Jennah” en 2014. Ce dernier a été en sélection pour les Oscars 2015 et dans de nombreux festivals internationaux. La réalisatrice est également intervenue pour la création de design sonore et a exposé au Victoria and Albert Museum de Londres. “Sofia” est son premier long métrage.