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20/08/2019 08h:56 CET | Actualisé 20/08/2019 08h:56 CET

Candidats aux élections, nous méritons mieux!

S’il fallait décrire le paysage politico-électoral actuel, un seul adjectif s’impose : décevant

NurPhoto via Getty Images

Il faut avouer qu’en assistant, impuissants et navrés, aux dérives que commettent électeurs et candidats, nous ne pouvons qu’affirmer que les uns et les autres font leur apprentissage d’une procédure qui leur est absolument inconnue. Et ils y vont comme ils sont : avec une bonne dose de maladresse et une amoralité des plus remarquables. Ces novices en démocratie, ont d’emblée emprunté les mauvais chemins: ceux où tous les coups sont permis et où sévit la malhonnêteté la plus triviale.

Il est, certes, des citoyens honnêtes et des candidats à la moralité sans failles, quelque soit leur niveau de compétences. Sans doute, sont-ils relégués au second rang, par les magouilleurs sans scrupules qui font du bruit et confèrent à ces élections une odeur nauséabonde. On ne parle pas assez des trains qui arrivent à l’heure ; seuls les retardataires font des dégâts, or nous avons beaucoup de retardataires….

Côté électeurs, le paysage n’est pas réjouissant. Commençons par l’ARP : nos députés recevraient de confortables dividendes pour apporter leur soutien à tel ou tel candidat. Même si certains d’entre eux ont agi selon leurs convictions, tous ceux qui se sont vendus éclaboussent l’assemblée d’un déshonneur absolu ! Voici nos députés qui cautionnent des individus poursuivis en justice… et cela sans états d’âme et sans la moindre once de dignité.

Certains de nos chers élus ont vendu leur nom à un présumé candidat, traînant derrière lui un mandat d’arrêt et réfugié à l’étranger. D’autres soutiennent un second candidat, propriétaire d’une chaîne télévisée, et qui, tout récemment encore, hantait les couloirs de la brigade financière, pour fraude fiscale. A de tels agissements, il est une explication et une seule : l’argent.

L’assemblée du peuple s’est transformée en une gigantesque « vente aux enchères », un bourbier où certains candidats viennent acheter  une obédience, à coup de dizaines de millions...En période électorale, la coupole du Bardo  est devenue une place boursière où le cours du député varie selon la tête du client !

Mais peut-on encore appeler députés ce ramassis d’individus sans scrupules qui, voyant arriver la fin de leur mandat, essaient de se remplir les poches par tous les moyens et sans aucune cohérence: voici que l’un d’eux, jusque-là farouche opposant à Ennahdha, se range aux côtés d’un « islamiste indépendant », même si ces deux derniers adjectifs mis, côte à côte, rendent un son cocasse. Il en est même qui apposent leur nom au bas de deux listes. J’en déduis qu’ils doivent aimer deux candidats à la fois et qu’ils ne sont pas parvenus à choisir. Eh oui, l’amour joue parfois des tours pendables !

Pour une fois, je vais mettre des noms sur mes affirmations, ces noms ayant été rendus publics : Faouzia Ben Fodha (Al Badil) favorable à Slim Riahi (UPL), Adnan Hajji (gauche) soutenant Hatem Boulabiar( Nahdha), 9 députés de Nida parrainant Nabil Karoui, 2 députés de Machrouu Tounes qui se rangent aux côtés de Mongi Rahoui, quelques députés UPL sur la liste de Selma Elloumi ; 2 députés dont les noms figurent en même temps, sur la liste de 2 candidats.

Cette valse indécente confirme l’absence totale de sens moral chez nos députés. Elle rend compte aussi de l’inconsistance de nos partis politiques : structures lâches, regroupements d’intérêts et non de programmes, partis créés par dépit ou par calcul. Résultat : au tourisme parlementaire qui a longtemps prévalu, a succédé un « tourisme électoral », où n’importe qui soutient n’importe qui, sans aucun respect pour les partis respectifs du député et du candidat.

En définitive, l’ARP a définitivement perdu le peu d’aura qu’elle gardait encore. Sur ses bancs, se pavane une bande de loubards avides et indécents. Nous les avons choisis pour nous représenter ; nous avons très mal choisi et nous sommes partie prenante dans le chaos qui règne aujourd’hui ! Nos députés ne représentent qu’eux-mêmes et leurs intérêts personnels. Rien d’autre. J’espère qu’au moment de choisir les prochains représentants à l’assemblée, nous nous  souviendrons tous de ces députés sortants qu’on pouvait acheter, telle une vulgaire marchandise…

Autre maillon faible (honteux) chez certains candidats : les pages sponsorisées, donc rémunérées en devises, et qui cautionnent le candidat en question. Comment accepter un tel état de fait, et ne pas considérer que ces agissements sont d’une parfaite illégalité ?  

Venons-en aux citoyens ! Leur comportement à l’égard des candidats (aux présidentielles, tout comme aux législatives), atteste d’une puérilité touchante et d’une totale inexpérience. Voici des mois, voire des années qu’ils acceptent les largesses de certains candidats, qui, le cœur sur la main, n’ont ménagé ni leurs efforts ni les deniers qu’ils ont récolté à tout va, pour distribuer nourriture et vêtements à des compatriotes dans le besoin. Les généreux donateurs ont toutefois pris soin de ne pas être discrets : aider les miséreux, soit, mais qu’au moins on y gagne un audimat bien mérité, en filmant la distribution de largesses puis en la diffusant aux heures de pointe sur la chaîne qu’on possède ! On prétend même que l’obtention des subsides exigeait du citoyen qu’il donne son nom et le numéro de sa carte d’identité… Tout cela au vu et au su de la HAICA qui n’a pas réagi ! Telle autre candidate aux législatives, rattrapée sur le tard par l’amour du pays, a allégrement bravé la loi, sautant à pieds joints d’une association caritativo-culturelle (à peine créée en novembre 2018), vers une activité politique. Cette candidate a, elle aussi, « aidé les citoyens », réparant des écoles, offrant cartables et subsides, allant même jusqu’à mettre en place un centre culturel au Djebel Semmama. Toutes ces actions sont éminemment louables ; dommage qu’elles soient gâchées par l’annonce de la participation de la donatrice aux élections législatives. En tête de liste, bien entendu !

Côté candidats, la situation est toute aussi nauséabonde : pour un grand nombre d’entre eux, deux principes prévalent : le premier est « qu’avant l’heure, c’est quand même l’heure » ; le second stipule que tous les coups sont permis, des deux côtés de la ceinture. Ainsi, certains ont commencé leur campagne électorale, bien avant la date fixée. L’un d’eux a pris sur lui de présenter publiquement ses vœux à la nation, à l’occasion de l’Aïd El Kebir. Inutile de se demander à quel titre il a fait cela ! Tout simplement en tant que candidat piaffant d’impatience de se jeter dans la bataille, avant la date légale. Autre élément : des informations sulfureuses sont régulièrement postées sur les réseaux sociaux, par des candidats souhaitant noyer leurs adversaires. De préférence des vidéos fuitées, confirmant l’absolue mauvaise foi de certains candidats, tout comme la verdeur de leur langage ; il y a aussi quelques  révélations croustillantes concernant untel ou untel : sa fortune, les passe-droits qu’il a à son actif, et même la filiation de son épouse… Que ce soit vrai ou qu’il s’agisse de « fake », peu importe ! Le coup est parti.

Autre anomalie : le cautionnement de certains candidats par des citoyens à l’insu de ces citoyens. Quelle n’est pas leur surprise en découvrant leur nom accolé à celui d’un candidat qu’il n’a jamais soutenu ! Il y a manifestement un vice de forme, une récupération de voix, provenant d’une source certainement rémunérée.

Au sein du gouvernement, la décision de Youssef Chahed de cumuler jusqu’au bout les casquettes de chef du gouvernement et de candidat aux élections présidentielles, jette désormais son ombre sur toutes les décisions émanant de la Kasbah. Comment départager, à travers les apparitions publiques de Chahed, entre ce qui revient aux prérogatives d’un chef du gouvernement et ce qui dore le blason du candidat à la présidentielle ?  Ainsi, que penser d’un limogeage, annoncé samedi après-midi par le ministère de l’intérieur ? Celui du gouverneur de Sfax, qui s’est montré incapable de fermer la SIAPE, même par l’usage de la force. Le voici remplacé par un conseiller auprès du chef du gouvernement, lequel conseiller a occupé en 2017 les fonctions de PDG de la SNCFT, sans que son passage n’ait résolu les problèmes dans lesquels cette société est embourbée ! Sfax est une place forte, qui finance bien des noms dans cette campagne. Sans doute n’est-il pas judicieux pour un chef du gouvernement, qui est aussi candidat, de se mettre à dos la capitale du sud ! Voilà qui suinte le militantisme et le sens patriotique, n’est-ce pas ?

En définitive, s’il fallait décrire le paysage politico-électoral actuel, un seul adjectif s’impose : décevant. Oui, décevant de bassesses et de magouilles. Décevant devant l’impardonnable émiettement du camp centriste, où tous les « jeunes loups » caracolent vers Carthage, chacun pour soi et les urnes pour tous… Décevant car oublieux des programmes électoraux, pour se focaliser sur les faits et gestes des candidats. Décevant car peu respectueux des tunisiens qu’on achète comme du bétail, à coup de couffins de nourriture, ou de chèques délivrés sous la coupole de l’ARP. En définitive, nous méritons mieux que cela, mais qu’avons-nous fait pour obtenir mieux ?   

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