MAGHREB
16/11/2015 05h:47 CET

Le cancer du pancréas tue plus de 300.000 personnes chaque année dans le monde

ASSOCIATED PRESS
A nurse places Judith Bernstein's chemotherapy medication on an intravenous stand at the Fox Chase Cancer Center in Philadelphia on Tuesday, Aug. 4, 2015. Bernstein has had eight different types of cancer over the last two decades, all treated successfully. More people are surviving cancer and living long enough to get it again, because the risk of cancer rises with age. (AP Photo/Matt Rourke)

Redoutable, souvent synonyme d'une sentence de mort, le cancer du pancréas reste largement méconnu du grand public et attire peu de fonds de recherche bien qu'il tue plus de 300.000 personnes chaque année dans le monde.

"C'est un cancer en augmentation sensible dans les pays développés mais qui attire à peine 2% des fonds de recherche attribués au cancer et moins de 5% des essais cliniques", relève Mariella de Bausset, secrétaire générale de la fondation Arcad (aide et recherche en cancérologie digestive).

Avec d'autres experts et associations de patients, la Fondation s'apprête à lancer une plate-forme européenne sur internet (www.pancreaticcancereurope.eu), pour sensibiliser le grand public mais également les politiques, vendredi, à l'occasion de la journée mondiale du cancer du pancréas.

Ce cancer touche surtout les hommes et les plus de 65 ans.

Selon des estimations du Centre international de recherche du cancer (CIRC), agence de l'Organisation mondiale de la Santé, il a provoqué le décès de 330.000 personnes dans le monde en 2012 dont 78.000 personnes dans l'Union européenne et 9.500 en France.

Selon le CIRC, le cancer du pancréas représente la quatrième cause de décès par cancer en Europe (après les cancers du poumon, du colon et du sein), mais il pourrait, selon plusieurs experts, devenir la deuxième cause de mortalité par cancer en Europe à l'horizon 2020, derrière le cancer du poumon.

"Il survient souvent comme un coup de tonnerre dans un ciel serein", résume le Dr David Malka, cancérologue digestif au centre anticancéreux Gustave Roussy à Villejuif.

Contrairement à ce qui se passe pour le cancer du sein ou du colon, il n'existe pas d'"outil simple" permettant de réaliser un dépistage de masse.

Evolution silencieuse

Quant aux principaux symptômes "évocateurs" de la maladie (douleurs abdominales, jaunisse, amaigrissement rapide, diabète récent), ils n'apparaissent en général que tardivement, après une évolution silencieuse de la maladie qui peut durer quinze ans.

Huit cas sur 10 sont ainsi diagnostiqués alors que le cancer est déjà arrivé à un stade avancé, la plupart du temps inopérable.

Quant à la survie à cinq ans des patients, elle atteint à peine 5%, l'un des taux les plus bas observés pour un cancer, nettement moindre que celui du cancer du poumon (de l'ordre de 15%).

Pourtant, selon le Pr Pascal Hammel, cancérologue digestif à l’hôpital Beaujon (Clichy), il existe "des moyens de le prendre en charge plus tôt" en faisant par exemple un dépistage ciblé des personnes susceptibles de présenter des formes "familiales" de ce cancer (5% de l'ensemble des cas).

Pour les 95% restants, les médecins comptent sur la recherche pour mettre au point des marqueurs précoces de la maladie. "On peut imaginer que dans un avenir pas trop lointain, on puisse diagnostiquer ce cancer par un test sanguin", note le Dr Malka.

En attendant, les patients bénéficient de chimiothérapies plus efficaces qui ont permis de doubler l'espérance de vie de ceux qui ne sont pas opérables (environ 80%) de six mois à 12 mois, voire plus.

Et lorsque la chimiothérapie est utilisée avant ou après la chirurgie, la survie dépasse fréquemment les deux ans.

Des chercheurs travaillent sur plusieurs "pistes prometteuses" parmi lesquelles celles ciblant le métabolisme ou l'architecture de la tumeur.

Utilisées avec succès dans plusieurs types de cancers (leucémies, cancers du sein et du colon), les thérapies ciblées ne se sont en revanche pas avérées "très efficaces pour l'instant" sur le pancréas, selon le Pr Hammel.

Face à cette situation, la Fondation Arcad juge "urgent de se mobiliser pour lever davantage de fonds afin de financer les recherches".

"Il faut également sensibiliser et alerter les médecins et les patients sur la gravité de cette maladie", précise Mme de Bausset qui espère que la mobilisation conduira les pays européens à développer des plans pour s'attaquer à ce cancer.

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