MAGHREB
26/04/2014 13h:19 CET | Actualisé 26/04/2014 13h:22 CET

Une pièce de théâtre canadienne dans le sous-sol du ministère de l'Intérieur (PHOTO, VIDÉO)

Yanick Macdonald
Le cadavre de Mohamed Bouazizi dans une pièce de théatre canadienne

Mohamed Bouazizi emballe les planches théâtrales canadiennes.

"Besbouss, autopsie d'un révolté", du metteur en scène québecois Dominic Champagne (sur un texte écrit par Stéphane Brulotte), raconte un moment de l'Histoire tunisienne connu de tous: la mort du jeune Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant de Sidi Bouzid harcelé par les autorités, qui s'est immolé en décembre 2010.

"Besbouss" ("petits bisous") est le surnom donné à Mohamed Bouazizi, une façon de lui donner une dimension affectueuse et maternelle.

Un huis clos dans lequel le protagoniste principal est le médecin légiste de Bouazizi. Celui même aura la lourde tâche d'examiner le cadavre calciné du jeune homme.

Le monologue de 80 minutes renvoie à un dilemme, comme l'explique le journaliste Luc Boulanger de La Presse.

Imbibé par des idéaux révolutionnaires, le médecin sera submergé par l'émotion de cet acte ultime de résistance tout en étant incapable d'accepter le geste désespéré de cet homme qui a l'âge de son propre fils. Un dilemme qui s'accentue puisque le médecin doit désormais collaborer avec le pouvoir pour maintenir la loi et l'ordre.

Le médecin légiste est interprété par un acteur d'origine marocaine, Abdelghafour Elaaziz, qui a notamment joué dans le film canadien de Denis Villeneuve "Incendies".

Contacté par le HuffPost Maghreb, Dominic Champagne le justifie modestement par un "gros coup de coeur".

"J'ai auditionné de nombreux acteurs d'origine maghrébine, j'ai eu un coup de coeur pour lui". Il explique modestement le choix d'un marocain pour jouer le rôle d'un Tunisien: "C'est une pièce jouée en français. Pour être franc, au Québec nous ne faisons pas la distinction entre les accents."

"Le geste de Mohamed Bouazizi a finalement créé une vague de révoltes. Sous fond d'insécurité et de violences ressenties, j'ai senti en Tunisie, une humanité et une douceur qui persistait", indique Dominic Champagne, qui est venu une seule fois à Tunis, l'an dernier, à l'occasion du Forum social mondial international (FMSI).

L'acte de Bouazizi "est un geste ultime, l’absurdité de sa situation a fait qu’au bout du compte, il ne prend pas les armes contre l’oppresseur, mais contre lui-même. Cela pose plusieurs questions fondamentales comme celles du sens de la vie, de la révolte ou de l’engagement", explique le metteur en scène.

Au Canada, ils ont vécu le "printemps d'érable", mouvement social québécois de contestation en 2012.

Pour Dominic Champagne, l'immolation de Bouazizi a provoqué ces mouvements de foule "par effet papillon". Traiter l'origine de cet embrasement populaire était pour lui "un gros défi".

Une pièce qui pourrait débarquer sur les planches tunisiennes?

"Besbouss, autopsie d'un révolté" n'est pas encore programmé en Tunisie ou dans un pays du Maghreb, mais Dominic Champagne travaille dans ce sens.

"J'ai invité Leila Toubal (comédienne et directrice du théâtre El Hamra) pour qu'elle puisse voir la pièce et avoir l'avis d'une femme de théâtre qui a aussi vécu la révolution".

Plein d'humour et de modestie, Dominic Champagne suppose que la pièce n'aurait pas pu être écrite par un Tunisien.

"Nous avons une distance, un recul par rapport à cette révolution. On voit les choses de l'extérieur. Nous n'avons pas non plus la même blessure que les Tunisiens".

Réaliste sur la vision d'un metteur en scène canadien sur la situation tunisienne, Dominic Champagne affirme également que présenter sa pièce au public tunisien et maghrébin serait pour lui "une grande fierté".

Le metteur en scène en profite pour donner son avis sur la Tunisie actuelle, trois ans après. "En Tunisie, j'ai eu le sentiment que les Tunisiens sont admirables d'humanité, et sont un exemple à suivre pour tous".

Abdelghafour Elaaziz dans le rôle du médecin chargé de l'autopsie

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